DECRYPTAGE – L’Argentine de Milei : Autopsie d’un miracle libéral 

Homme en costume saluant une foule enthousiaste lors d’un rassemblement politique en Argentine, symbole de victoire électorale et de renouveau libéral dans le pays.
Capture d’écran

Par Angélique Bouchard

Comment le président « tronçonneuse » a terrassé l’inflation, reconquis les marchés, obtenu un chèque de 40 milliards de Washington – au prix d’une fracture sociale explosive – et dont le parti vient de remporter les dernières législatives de mi-mandat. Une victoire qui dément, une énième fois, les prévisions partisanes des « spécialistes Â» et des médias mainstream, ce qui nous pousse de nouveau à nous interroger sérieusement et urgemment sur la question de l’arrêt des subventions de la presse…

En attendant, ce succès consolide le pouvoir de Milei et ouvre la voie à un programme de réformes libérales ambitieuses dans une Argentine en crise.

Ce fut, au final, un raz-de-marée. Le parti du président Javier Milei, La Libertad Avanza (LLA), a remporté les élections législatives de mi-mandat en Argentine avec près de 41 % des voix au niveau national. 

L’opposition péroniste, regroupant le principal parti et ses alliés régionaux, a été distancée de neuf points de pourcentage. Dans un renversement spectaculaire, LLA a même triomphé dans la province de Buenos Aires, où elle avait pourtant essuyé une défaite de 14 points lors de l’élection provinciale du mois dernier.

Cette victoire, largement au-delà des prévisions des instituts de sondage et des attentes des marchés – qui tablaient sur un match nul ou une avance modeste –, confère à Milei un nouveau mandat politique pour poursuivre son remodelage radical de l’économie argentine.

Un virage politique inédit

Le président argentin Javier Milei a obtenu dimanche une victoire électorale décisive lors des élections de mi-mandat, renforçant considérablement sa majorité parlementaire et la légitimité de son programme économique ultralibéral.

Son parti La Libertad Avanza a remporté 41,5 % des voix dans la province de Buenos Aires, une percée historique dans un bastion traditionnellement dominé par le péronisme, qui recueille 40,8 % des suffrages. À l’échelle nationale, la formation libertarienne voit sa représentation à la Chambre des députés passer de 37 à 64 sièges, selon des chiffres rapportés par Reuters et Associated Press.

Cette victoire confère à Milei une marge de manœuvre politique inédite depuis son arrivée au pouvoir fin 2023. Le président pourra désormais défendre plus aisément ses décrets et ses veto présidentiels, instruments centraux de son programme de réformes visant à réduire drastiquement les dépenses publiques et à déréguler l’économie.

« Le résultat dépasse les attentes les plus optimistes », estime Marcelo Garcia, directeur pour les Amériques du cabinet Horizon Engage.

« Avec cette majorité, Milei pourra gouverner avec une stabilité politique qu’aucun président récent n’avait connue. »

Pour le politologue Gustavo Córdoba, ce scrutin illustre une « forme d’optimisme prudent » de la part des électeurs :

« Beaucoup veulent donner plus de temps au gouvernement pour juger ses réformes. Le triomphe est incontestable. »

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Le « shock and awe » économique

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2023, Milei a appliqué ce qu’il appelle lui-même une politique de shock and awe â€” « choc et effroi ».

En deux ans, il a ramené l’inflation annuelle de 211 % à 29,4 %, dégagé un excédent budgétaire primaire de 1,8 % du PIB et restauré 4,8 milliards $ de réserves à la Banque centrale.

Pour y parvenir, il a mis en œuvre la « mère de tous les ajustements fiscaux » :

– zéro émission monétaire pour financer le Trésor,

– 38 % de coupes budgétaires réelles (éducation – 42 %, santé – 37 %, énergie – 91 %),

– 366 décrets économiques en 22 mois, soit un toutes les 44 heures.

L’économie argentine, exsangue après des décennies d’instabilité, s’est brutalement réalignée sur les dogmes libéraux : austérité, désétatisation et confiance illimitée dans les investisseurs étrangers.

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Le laboratoire de la dérégulation

Sous Milei, le pays est devenu un vaste laboratoire de déréglementation.

La loi sur les loyers a été abrogée, supprimant toute limite à la hausse ;

– les indemnités de licenciement et cotisations obligatoires ont été plafonnées ;

– les licences d’importation ont été abolies ;

– les subventions énergétiques ont quasiment disparu.

Dans les faits, l’État argentin s’est retiré de la plupart des mécanismes de protection sociale.

« C’est une économie sous anesthésie réglementaire », résume l’économiste Nora Curia.

« La croissance revient, mais sans amortisseurs. »

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Des résultats économiques tangibles

Les indicateurs macroéconomiques soutiennent cette dynamique : Reuters rapporte que l’inflation est tombée de 12,8 % avant l’investiture de Milei à 2,1 % en septembre 2025. 

Le pays a enregistré un excédent budgétaire et engagé une vaste déréglementation des marchés, une rupture radicale après des années de crise chronique.

Dans le même temps, Associated Press indique que Washington a proposé à Buenos Aires un plan d’aide de 40 milliards de dollars, comprenant un échange de devises de 20 milliards et un fonds d’investissement équivalent, conditionné à la performance de Milei aux législatives. Cette offre, soutenue par l’administration Trump II, illustre un rapprochement stratégique entre les deux gouvernements.

Le 19 janvier 2025, lors de l’investiture de Donald Trump, Milei a signé un accord secret à la Maison-Blanche.

L’engagement tenait en une phrase : « Si vous tenez l’inflation sous 50 % et gagnez les midterms, nous vous donnons 40 milliards. »

Le jour même de la victoire, Washington a tenu parole :

– à 8 h 12, la FED confirmait un swap de 20 milliards $,

– à 8 h 47, le Trésor américain lançait une facilité de dette-investissement de 20 milliards $,

– à 9 h 03, les obligations argentines 2030 s’envolaient de 7,2 % à Tokyo.

C’est le premier cas documenté d’un président américain finançant directement un programme économique étranger avec de l’argent public.

Pour Trump, l’Argentine est devenue une vitrine libertarienne de son nouvel ordre économique mondial.

À Buenos Aires, les classes urbaines aisées savourent déjà les fruits du tournant.

Les prix des produits importés (iPhone, Nike, Samsung) ont chuté de 35 %, tandis que les loyers en dollars ont reculé de 43 % dans les quartiers huppés de Palermo ou Recoleta.

Les exportateurs agricoles profitent de la suppression des retenciones : le soja gagne 22 %, le blé 18 %.

Les investissements étrangers bondissent de 1,4 à 3,9 milliards $, et Buenos Aires se rêve en « Miami de l’Amérique latine Â», hub pour les fintech et les cryptomonnaies.

Mais pour une majorité de citoyens, la réussite de Milei rime avec désastre social.

Selon les chiffres officiels :

– 41 % des Argentins vivent sous le seuil de pauvreté,

– 21 % des jeunes sont sans emploi,

– 70 000 familles ont été expulsées en 18 mois,

– les syndicats ont perdu 1,2 million d’affiliés et 65 % de leurs revenus.

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Marchés et diplomatie en attente

Les marchés financiers ont immédiatement réagi : les obligations et actions argentines devraient connaître un rallye haussier, selon plusieurs analystes, portés par la perspective d’une gouvernance plus stable et d’une accélération des réformes.

Cette victoire consolide également le profil international de Javier Milei, déjà remarqué lors de la cérémonie d’investiture de Donald Trump à Washington en janvier 2025, où il a affiché son alignement idéologique avec les gouvernements conservateurs de Giorgia Meloni en Italie et Trump aux États-Unis.

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« Un tournant pour l’Argentine »

Saluant la victoire depuis Buenos Aires, Milei a qualifié le scrutin de « tournant pour l’Argentine », promettant de poursuivre ses coupes budgétaires et son combat contre « l’État obèse et corrompu ».

« Nous avons brisé les chaînes du passé. L’Argentine avance vers la liberté et la responsabilité », a-t-il déclaré devant ses partisans.

En résumé, cette victoire de mi-mandat donne à Javier Milei les moyens institutionnels de consolider sa révolution économique et de poursuivre son pari risqué : transformer une économie en crise structurelle en laboratoire du libertarianisme latino-américain, sous le regard attentif des investisseurs… et des chancelleries étrangères.

Javier Milei a gagné la guerre économique, séduit Trump, Wall Street et les classes moyennes urbaines.

Mais il gouverne désormais sur une poudrière sociale : 41 % de pauvres, 21 % de jeunes sans emploi, 70 000 familles expulsées.

La question n’est plus : « Peut-il réformer ? »

Elle est : « Combien de temps les Argentins accepteront-ils de payer le prix de son miracle ? »

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