DÉCRYPTAGE – Corne de l’Afrique, la nouvelle partie des alliances

DÉCRYPTAGE – Corne de l’Afrique, la nouvelle partie des alliances

lediplomate.media — imprimé le 19/02/2026
Corne de l'Afrique
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

La Somalie avance ses pions dans une Corne de l’Afrique de plus en plus saturée d’intérêts militaires, portuaires et énergétiques. L’accord de coopération militaire signé avec l’Arabie saoudite n’est pas un épisode isolé, mais la dernière pièce d’une stratégie par laquelle Mogadiscio cherche des protections politiques et des garanties de sécurité à un moment de pression sans précédent sur son intégrité territoriale.

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Sécurité recherchée, souveraineté en équilibre instable

Le gouvernement somalien relie ouvertement son activisme diplomatique à la crainte que la reconnaissance du Somaliland par Israël ne se traduise par une présence militaire durable dans la région séparatiste. Pour Mogadiscio, le risque n’est pas seulement symbolique : une base étrangère au Somaliland signifierait consolider une sécession jamais acceptée et réduire davantage le contrôle somalien sur les routes maritimes du golfe d’Aden, nœud vital entre la mer Rouge et l’océan Indien.

Dans ce contexte, les accords avec le Qatar et l’Arabie saoudite répondent à un besoin immédiat d’entraînement, d’équipement et de coopération sécuritaire, mais aussi à une logique politique : internationaliser la défense de l’unité somalienne en impliquant des puissances régionales dotées d’un poids financier et militaire.

Évaluation stratégique militaire

Du point de vue militaire, la Somalie demeure structurellement fragile. Ses forces armées restent dépendantes d’un soutien extérieur, de missions internationales et de programmes de formation. L’entente avec Riyad peut se traduire par de l’entraînement, un appui logistique et peut-être des fournitures, mais elle modifiera difficilement à elle seule les équilibres sur le terrain.

La véritable valeur stratégique est dissuasive : signaler que la Somalie n’est pas isolée et que d’éventuelles initiatives autour du Somaliland auraient des répercussions régionales. Toutefois, la dissuasion ne fonctionne que si elle s’appuie sur des capacités réelles. Sans renforcement interne de l’État et des forces de sécurité, le risque est que ces accords restent davantage politiques qu’opérationnels.

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Scénarios économiques et ports disputés

La dimension économique est tout aussi centrale. Le Somaliland a construit une partie de sa légitimité sur la gestion autonome du port de Berbera et sur ses ententes avec des acteurs du Golfe. La décision somalienne d’annuler tous les accords avec les Émirats arabes unis touche précisément ce nœud : ports, logistique, corridors commerciaux.

Contrôler les ports de la Corne de l’Afrique, c’est peser sur les flux entre Méditerranée, Asie et Afrique orientale. Si Mogadiscio perd du terrain sur ce front, sa souveraineté risque de devenir formelle tandis que les leviers économiques glissent ailleurs. Les investissements saoudiens et qataris peuvent offrir des alternatives, mais ils exigent stabilité politique et sécurité sur le territoire, deux ressources encore rares.

Géopolitique des rivalités du Golfe

La crise somalienne s’entrelace avec les tensions entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, visibles aussi dans les dossiers du Yémen et du Soudan. La Corne de l’Afrique devient ainsi un espace de compétition indirecte entre monarchies du Golfe à la recherche de profondeur stratégique le long des routes de la mer Rouge.

La Somalie, en théorie, tente d’exploiter ces rivalités pour obtenir du soutien. En pratique, elle court le risque inverse : devenir un terrain de confrontation entre puissances extérieures, avec une autonomie réduite. L’histoire récente de la région montre que lorsque trop d’acteurs externes investissent dans la sécurité et les ports, la politique locale finit souvent comprimée.

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Évaluation géoéconomique

Sur le plan géoéconomique, la partie se joue autour de trois éléments : routes maritimes, infrastructures portuaires, accès aux marchés d’Afrique orientale. Qui influence la Somalie et le Somaliland peut peser sur les flux commerciaux entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe. Ce n’est pas un hasard si les États du Golfe, Israël et des puissances mondiales regardent la zone avec un intérêt croissant.

Pour la Somalie, le défi est de transformer l’intérêt extérieur en développement, et pas seulement en dépendance. Sans institutions solides et stratégie économique nationale, les accords militaires risquent d’assurer une sécurité à court terme tout en transférant vers l’extérieur le contrôle des ressources stratégiques.

Une souveraineté à reconstruire

La fermeté de Mogadiscio face à l’hypothèse d’une base israélienne au Somaliland montre un gouvernement conscient des risques. Mais la souveraineté ne se défend pas seulement par des déclarations ou des ententes militaires : elle exige cohésion interne, légitimité politique et capacités économiques.

La Corne de l’Afrique revient au centre des cartes stratégiques. La Somalie tente de ne pas subir passivement ces dynamiques, mais la marge entre diplomatie active et dépendance stratégique est mince. Dans les prochaines années, on verra si Mogadiscio sera un joueur ou un terrain de jeu.

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