
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
L’administration Trump prépare un nouveau plan de paix destiné à mettre fin à la guerre en Ukraine, élaboré en étroite concertation avec Moscou mais sans impliquer réellement ni Kiev ni les alliés européens.
C’est ce que révèlent des sources américaines et russes au site Axios, qui a publié un compte rendu détaillé des négociations en cours. Le plan, structuré en vingt-huit points, s’inspire du succès revendiqué par Donald Trump dans la trêve conclue à Gaza et se déploie en quatre grands volets : paix en Ukraine, garanties de sécurité, sécurité européenne et future relation entre États-Unis, Russie et Ukraine.
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Le plan élaboré par Witkoff et Dmitriev
Aux commandes, l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, qui a longuement travaillé le document avec son homologue russe Kirill Dmitriev, directeur du fonds souverain RDIF et figure clé des relations entre Moscou et Washington, proche collaborateur de Vladimir Poutine. Dmitriev a passé trois jours à Miami, du vingt-quatre au vingt-six octobre, en compagnie de Witkoff et d’autres membres de l’équipe Trump, affichant un réel optimisme. Selon lui, la position russe serait enfin « véritablement entendue ». Le document devrait être finalisé avant la prochaine rencontre, encore incertaine, entre Trump et Poutine. Dmitriev souligne que le plan reprend les principes convenus par les deux dirigeants lors de leur entretien à Anchorage en août et vise une « sécurité durable en Europe, pas seulement en Ukraine ».
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Pour Kiev, une capitulation totale
S’il aboutissait, ce plan constituerait une quasi capitulation pour l’Ukraine. Selon Axios, il prévoirait la cession de facto à l’administration russe de l’ensemble du Donbass, y compris les zones encore contrôlées par Kiev, soit environ quatorze à quinze pour cent du territoire, en échange de garanties de sécurité américaines contre de futures agressions russes. Aucune force internationale de maintien de la paix n’est envisagée en Ukraine, tandis que Kiev devrait renoncer, pendant plusieurs années au moins, à rejoindre l’Alliance atlantique, l’une des exigences majeures du Kremlin.
D’après Oliver Carroll, correspondant de l’Economist, le plan prévoit une réduction non pas de moitié mais de deux fois et demie des forces armées ukrainiennes. Parmi les autres points figurent l’absence de troupes étrangères sur le sol ukrainien et l’interdiction pour Kiev de posséder ou de recevoir des armes à longue portée capables d’atteindre des cibles en profondeur en Russie, y compris Moscou et Saint-Pétersbourg.
Un haut responsable de la Maison-Blanche a affirmé à Axios que « le président veut arrêter les tueries et conclure un accord ». Donald Trump serait convaincu qu’une issue serait possible si toutes les parties faisaient preuve de « flexibilité ». Selon une autre source citée par la journaliste Dasha Burns, un accord-cadre pourrait même être atteint « dès cette semaine » ou, au plus tard, avant la fin du mois. Pour ce responsable, « l’Ukraine est en situation d’accepter l’accord négocié par Witkoff avec la Russie ». Quant aux Européens, la réponse a été sèche : « Ils ne nous intéressent pas particulièrement ».
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Une humiliation annoncée pour l’Europe
Si le plan devait aboutir, les États européens se retrouveraient confrontés à une humiliation politique majeure. Ces derniers mois, nombre de capitales ont adopté une ligne très dure afin d’empêcher un tête-à-tête russo-américain et de maintenir leur influence dans le dossier ukrainien. Le plan Trump, négocié à l’écart de l’Europe, viendrait démontrer leur marginalisation stratégique.
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Les réactions
Witkoff devait rencontrer Volodymyr Zelensky en Turquie, mais le déplacement a été repoussé. L’émissaire américain a néanmoins discuté du document avec le conseiller ukrainien à la sécurité nationale, Rustem Oumerov, à Miami. Un responsable de Kiev a confirmé qu’un plan était en préparation tout en précisant que l’Ukraine n’avait pas été associée à sa rédaction.
Le secrétaire d’État Marco Rubio a défendu publiquement l’approche négociatrice, affirmant qu’une paix durable exige « des concessions difficiles mais nécessaires des deux côtés ».
Selon le Financial Times, Kiev a catégoriquement rejeté le plan russo-américain, estimant qu’il répond largement aux exigences maximalistes du Kremlin. Les concessions demandées sont jugées « inacceptables » : cession territoriale élargie, réduction drastique des forces armées, renoncement à certaines catégories d’armements occidentaux à longue portée et limitations à la souveraineté militaire.
Les responsables ukrainiens parlent d’une « capitulation » et affirment que le plan ne pourrait être mis en œuvre sans modifications substantielles. Pourtant, les difficultés croissantes sur le front et le scandale de corruption touchant l’entourage de Zelensky pourraient finir par placer Kiev dans une position où refuser un accord russo-américain deviendrait presque impossible.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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