
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Le dernier remaniement décidé par Volodymyr Zelensky dépasse largement la logique d’un simple ajustement gouvernemental. Le passage de Mychajlo Fedorov, jusqu’ici vice-premier ministre et ministre de la Transformation numérique, au poste stratégique de ministre de la Défense marque un tournant profond dans l’architecture du pouvoir ukrainien. Ce choix n’est pas seulement générationnel ou technique. Il est politique, stratégique et résolument géopolitique.
Fedorov incarne une rupture nette avec l’Ukraine d’avant Zelensky. Né en 1991, entrepreneur du numérique avant même la fin de ses études, entré très tôt en politique, il représente cette nouvelle élite façonnée après Maïdan, sans attaches avec les anciens équilibres oligarchiques. Son profil tranche avec celui de Denys Shmyhal, évincé de la Défense, figure plus classique, issue du monde des grandes entreprises énergétiques liées à l’oligarque Rinat Akhmetov et pilier des premières années du pouvoir zelenskien.
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Ce changement s’inscrit dans une recomposition plus large, entamée à l’été. La nomination de Julija Svyrydenko au poste de Première ministre avait déjà donné le ton. Technicienne efficace, loyale au président, elle s’est distinguée dans les négociations sensibles avec Washington, notamment sur les terres rares, où elle a gagné la confiance des interlocuteurs américains. Ce n’est pas un détail. Dans l’Ukraine d’aujourd’hui, la crédibilité à Washington est devenue un capital politique déterminant.
La logique est la même dans le domaine sécuritaire. Lorsque Andriy Yermak, homme-clé des relations avec les États-Unis, se retrouve fragilisé par des affaires de corruption, Zelensky promeut Rustem Umerov comme négociateur central. Umerov est un produit assumé des réseaux américains : programme du Département d’État, formation et réseaux familiaux aux États-Unis, parfaite compatibilité avec les attentes de Washington.
L’accélération finale intervient avec la nomination de Kyrylo Budanov à la tête de l’administration présidentielle. Chef du renseignement militaire, formé et soutenu par la CIA, Budanov symbolise le cœur dur du partenariat sécuritaire entre Kiev et Washington. Son évacuation médicale passée vers le centre militaire de Walter Reed, aux États-Unis, en dit long sur le niveau de confiance et d’intégration atteint.
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Dans ce dispositif, Fedorov complète la chaîne. Formé dans des structures liées à l’OTAN en Ukraine, pivot des relations avec Elon Musk pour l’usage du réseau Starlink depuis le début de l’invasion russe, il incarne la convergence entre guerre technologique, dépendance stratégique et alignement transatlantique.
Les parcours parlent d’eux-mêmes. L’Europe reste utile : argent, armes, soutien politique. Mais pour Zelensky, l’allié indispensable, aujourd’hui comme demain, en guerre comme à la table des négociations, ce sont les États-Unis. L’Ukraine se dote ainsi d’une élite dirigeante non seulement pro-américaine, mais structurellement intégrée aux réseaux politiques, sécuritaires et technologiques de Washington.
Ce n’est pas une perte de souveraineté formelle. C’est une transformation plus subtile : le pouvoir ukrainien se recompose autour de cadres dont la légitimité, la formation et la survie politique dépendent directement du lien américain. Dans une guerre longue et coûteuse, ce choix est rationnel. Mais il fixe aussi une trajectoire : celle d’une Ukraine dont l’avenir stratégique se décide moins à Bruxelles qu’à Washington.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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