DÉFENSE – HERAKLES : L’Italie et le pari du canon électromagnétique

DÉFENSE – HERAKLES : L’Italie et le pari du canon électromagnétique

lediplomate.media — imprimé le 25/08/2025
Test de tir d'un projectile à Mach 7 par un canon électromagnétique à rail de l'US Navy réalisé en 2017. Photo : US Navy
Test de tir d’un projectile à Mach 7 par un canon électromagnétique à rail de l’US Navy réalisé en 2017. Photo : US Navy

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Technologie et ambition nationale

L’Italie a choisi de se lancer dans une course jusqu’ici réservée aux grandes puissances militaires. Avec le programme HERAKLES, intégré au Plan national de recherche militaire, Rome tente d’entrer dans le cercle restreint des pays capables de développer un canon électromagnétique hypersonique. Derrière la technologie, il y a une ambition politique : montrer que l’Italie peut être à la fois laboratoire d’innovation et acteur stratégique dans la défense européenne et mondiale.

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Une arme à double vocation

Le railgun promet de transformer l’artillerie moderne. Capable de projeter des projectiles cinétiques à plus de Mach 6, il offrirait une portée de plusieurs centaines de kilomètres sans recours aux explosifs. Une révolution pour la défense côtière, la lutte antichar ou la protection antimissile. Mais l’originalité d’HERAKLES réside aussi dans sa dimension duale : la même technologie pourrait servir au lancement de petits satellites à moindre coût, ouvrant pour l’Italie une perspective dans le domaine spatial, aujourd’hui dominé par les États-Unis, la Chine et les géants privés.

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Les défis techniques

Les promesses se heurtent à des obstacles redoutables. Chaque tir demande une énergie colossale, de l’ordre de dizaines de mégajoules, qui doit être générée, stockée et dissipée en quelques millisecondes. Les rails, soumis à des températures et des pressions extrêmes, s’usent très vite, limitant la durée de vie du système. À cela s’ajoute la difficulté de guider un projectile lancé à plusieurs milliers de kilomètres à l’heure. Pour surmonter ces défis, l’Italie s’appuie sur KairoSpace S.r.l., une startup spécialisée dans les matériaux avancés et l’électromagnétisme.

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Phases et financement

Le programme se déroule en trois étapes. La première, achevée en 2023, a permis de définir l’architecture du système. La deuxième, actuellement en cours, bénéficie d’un financement public-privé d’environ 1,8 million d’euros et vise à réaliser un démonstrateur technologique. La troisième, conditionnée aux résultats, devrait déboucher sur des prototypes opérationnels. Mais tout dépendra de la constance de l’engagement politique et de la disponibilité des ressources financières.

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Le contexte international

Les États-Unis, après avoir dépensé plus d’un demi-milliard de dollars, ont suspendu leur programme de railgun en 2021, faute de résultats concrets. Le Japon a déjà testé un prototype naval capable d’atteindre Mach 6,5. La Chine, elle, affirme disposer d’un système opérationnel depuis 2018. L’Europe, via le projet PILUM-THEMA, avance lentement mais cherche à rester dans la course. Dans ce paysage, l’Italie tente une voie autonome, avec l’espoir de transformer son handicap en opportunité.

Implications stratégiques et géoéconomiques

HERAKLES n’est pas seulement une arme : c’est un pari sur la souveraineté technologique. En cas de succès, Rome pourrait proposer à l’OTAN et à ses alliés une capacité unique et renforcer son industrie aérospatiale. Mais les risques sont réels : coûts élevés, incertitudes techniques, concurrence d’autres systèmes émergents comme les lasers ou les armes à micro-ondes. L’Italie doit choisir si elle veut investir massivement dans ce projet ou risquer de l’abandonner, comme tant d’autres programmes militaires européens.

Entre vision et réalité

HERAKLES est à la croisée des chemins. Il peut devenir un catalyseur d’innovation et offrir à l’Italie une place de choix dans la hiérarchie technologique mondiale. Mais il peut aussi finir comme un mirage coûteux. Dans un monde où la compétition entre grandes puissances redevient centrale, investir dans de telles technologies n’est pas un luxe, mais peut-être une nécessité. L’Italie se trouve devant une question simple et décisive : veut-elle être spectatrice ou protagoniste de la prochaine révolution militaire et spatiale ?

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