TRIBUNE – La dissuasion du Trump au Trump

TRIBUNE – La dissuasion du Trump au Trump

lediplomate.media — imprimé le 17/03/2025
Trump debout derrière son bureau les mains posées dessus et qui regarde l'objectif d'un air menaçant
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Julien Aubert

On connaît la dissuasion du faible au fort, selon lequel il suffit que les capacités nucléaires permettent de faire subir à un agresseur des dégâts équivalents aux dommages qu’il aurait infligés pour annihiler les bénéfices de son attaque. On connaît aussi celle du fort au fou, inaugurée par Nixon, qui consiste à se rendre imprévisible et laisser planer l’hypothèse d’un emploi d’une arme nucléaire pour faire reculer les États voyous. 

Trump, lui, a bâti un nouveau mode de dialogue qu’on pourrait qualifier de dissuasion du « fou au faible ». Le problème est que ce fou-là est aussi très fort, et fait donc très peur. Certes, il ne menace pas encore Londres ou Paris de l’arme nucléaire mais le bâton commercial ou les allusions à des annexions territoriales commencent à turlupiner les « faibles » pays européens, pourtant ses alliés. 

Face à une stratégie égoïste de l’Amérique, centrée sur ses seuls intérêts économiques, que peut faire l’Europe ? 

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Deux stratégies sont possibles. 

La première est d’accepter le joug du fou et face à la constitution d’une alliance Moscou – Washington de se battre pour en faire un « ménage à trois ». Dans Theory of International Politics, Kenneth Waltz appelle « bandwagoning » la stratégie consistant à renforcer le fort, en venant accrocher son wagon à la locomotive existante. 

Ce n’est pas une stratégie si déshonorante que cela. En son temps, le grand Winston Churchill lui-même, comprenant que Roosevelt avait besoin de Staline, a collé à son allié américain. 

Il en a résulté un moment de grâce. De 1942 à 1946, une alliance à trois, immortalisée par la photographie de la conférence de Casablanca, a permis d’accoucher d’une victoire sur le nazisme et du système des Nations-Unies. Dans ce scénario, il suffirait donc de considérer que Donald Trump revient à une stratégie de grande alliance abandonnée en 1946 par Washington pour faire entrer la Russie dans le monde Occidental. On peut le regretter au plan des valeurs, on peut le contester au plan de la faisabilité, mais l’idée n’est pas en soi illégitime. 

Cette stratégie de junior Partner dans le ménage (je n’ose écrire trouple) aurait alors au choix comme conséquence politique soit de devenir – sur un mode gaullien – une puissance à équidistance des deux Géants, soit – sur un mode churchillien – le meilleur ami de Washington en essayant de le mettre en garde contre la réalité russe. 

La seconde stratégie est l’inverse de la première. Ce que Waltz appelle « balancing » c’est à dire contrebalancer, en ralliant non pas le plus fort mais le plus faible. La Grande-Bretagne au XIXème siècle était passée maître de cette politique de culbuto, dont l’objectif affiché était d’éviter l’émergence d’un nouveau Napoléon. Pour le moment, l’Europe clame sa volonté de se rendre militairement indépendante mais s’émanciper d’un rapport de forces n’est pas le créer. Il s’agirait ici de chercher à faire véritablement contrepoids à l’axe Moscou – Washington. 

Cette stratégie, qui peut paraître loufoque, serait sans doute celle qui ferait le plus peur à Trump car elle viendrait fragiliser un postulat faisant l’Europe son (allié) obligé. Pour lui faire mal, les capitales européennes devraient donc se rapprocher de Pékin, par exemple en coordonnant les politiques de rétorsion commerciale de manière à en démultiplier l’effet (par exemple, sur les machines industrielles que les Etats-Unis important d’Europe et de Chine), et en essayant de fermer deux énormes marchés simultanément à des produits d’exportation américain (par exemple le soja). Pour rappel, la Chine et l’Europe ont environ 1700 Mds d’euros d’échange avec les États-Unis, mais seulement 700 entre elles. 

Il y aurait aussi des choses qui agaceraient Trump, comme par exemple lever les restrictions concernant Huawei en Europe. 

Il ne faut pas oublier que le moteur du trumpisme est la volonté d’abattre le challenger chinois. Si la quête de l’amitié russe conduit à renforcer la Chine, peut-être que Washington révisera sa copie. 

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