
Par Olivier d’Auzon
Depuis sa création, le BRICS – composé à l’origine du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud – s’est affirmé comme un bloc économique alternatif aux institutions dominées par l’Occident.
Une expansion stratégique qui redéfinit l’ordre économique mondial
En 2023, l’organisation a décidé de s’élargir, intégrant de nouvelles nations aux ambitions économiques et politiques diverses. L’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran et les Émirats arabes unis ont rejoint officiellement l’alliance en janvier 2024, portant le groupe à dix membres. Toutefois, l’Arabie saoudite et l’Argentine, également invitées, ont suivi des trajectoires différentes.
L’Arabie saoudite, acteur clé des marchés pétroliers, a adopté une position attentiste. Bien que le royaume participe activement aux discussions du BRICS, il n’a pas encore officialisé son adhésion, soucieux de ne pas compromettre ses relations avec les puissances occidentales. L’Argentine, quant à elle, a connu un revirement politique marquant. Alors qu’elle devait rejoindre le bloc le 1er janvier 2024, l’élection de Javier Milei en novembre 2023 a modifié la donne. Son retrait du processus d’adhésion traduit une réorientation vers une politique économique plus libérale et un rapprochement avec les États-Unis et le FMI, indique Peter C. Earle, Ph.D en économie de l’Université d’Angers, Senior Research Fellow à l’American Institute for Economic Research (AIER).
Un réseau d’influence en expansion
Au-delà des membres officiels, le BRICS a consolidé son influence en attribuant un statut de partenaire à neuf autres pays : l’Algérie, le Nigeria, l’Ouganda, le Kazakhstan, la Malaisie, la Thaïlande, l’Ouzbékistan, la Biélorussie et la Bolivie. Le Nigeria, entré en janvier 2025, illustre l’intérêt du bloc pour l’Afrique, une région riche en ressources et en potentiel démographique. L’intégration progressive de ces nations prépare le terrain pour une future expansion et renforce l’empreinte du BRICS sur l’échiquier international, souligne volontiers Peter C. Earle.
La dé-dollarisation : Un défi pour l’hégémonie américaine
L’un des objectifs stratégiques du BRICS réside dans la réduction de la dépendance au dollar américain. Cette tendance s’est accentuée lors du sommet de Kazan en octobre 2024, où les membres ont annoncé le développement de BRICS Pay, un système de paiement indépendant facilitant les transactions en monnaies locales.
En parallèle, les banques centrales des pays membres ont intensifié leurs achats d’or afin de diversifier leurs réserves. En 2024, les banques centrales mondiales ont ajouté 1 045 tonnes d’or à leurs réserves, poursuivant une tendance amorcée depuis trois ans. Cette accumulation d’or s’inscrit dans un mouvement de transition vers un système financier moins dépendant du dollar, aligné sur la théorie de Bretton Woods III.
Trois dynamiques majeures soutiennent cette évolution :
- La diversification des réserves internationales, visant à limiter l’exposition aux fluctuations du dollar.
- L’essor de nouvelles infrastructures financières, comme BRICS Pay, pour contourner le réseau SWIFT et favoriser l’usage des monnaies nationales.
- Le réalignement géopolitique, avec une influence croissante des puissances émergentes dans le commerce et la finance mondiale.
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Une nouvelle architecture financière en gestation
Le BRICS pourrait aller plus loin en instaurant une monnaie commune ou un système de règlement numérique destiné à concurrencer le dollar. Toutefois, ce projet reste confronté à plusieurs défis, notamment l’hétérogénéité économique des membres et leurs intérêts parfois divergents.
Si la Chine et la Russie poussent pour une intégration financière plus poussée, le Brésil et l’Inde préfèrent conserver une flexibilité stratégique. Le succès de la dé-dollarisation dépendra donc de la capacité du BRICS à coordonner ses initiatives tout en respectant les spécificités de chacun de ses membres.
Quels impacts pour les États-Unis ?
La montée en puissance du BRICS et ses efforts pour réduire la domination du dollar suscitent des inquiétudes à Washington. Une baisse de la demande mondiale en dollars pourrait entraîner une dévaluation de la monnaie américaine, avec des conséquences sur l’économie intérieure :
- Une hausse de l’inflation due à l’augmentation des prix des importations.
- Une perte d’influence des États-Unis sur les marchés émergents.
- Un risque accru de tensions commerciales, notamment si les États-Unis réagissent par des mesures protectionnistes.
Donald Trump a déjà évoqué l’éventualité d’imposer des droits de douane élevés aux nations du BRICS si celles-ci développent une alternative au dollar. Une telle approche pourrait cependant accélérer la fragmentation économique mondiale et renforcer le pivot des pays émergents vers de nouveaux modèles commerciaux.
Vers un monde multipolaire ?
L’expansion du BRICS et la montée en puissance des initiatives de dé-dollarisation marquent une transition vers un ordre économique plus équilibré. Si le groupe parvient à surmonter ses divergences internes, il pourrait progressivement s’imposer comme une alternative crédible aux institutions occidentales.
Reste à savoir si cette dynamique aboutira à un véritable basculement vers un monde multipolaire ou si le BRICS se heurtera à ses propres contradictions internes. Quoi qu’il en soit, son influence croissante est un indicateur clair du déclin progressif de l’hégémonie unipolaire américaine.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
