TECHNOLOGIE – Intel et le CHIPS Act : La nouvelle frontière de la souveraineté technologique américaine

TECHNOLOGIE – Intel et le CHIPS Act : La nouvelle frontière de la souveraineté technologique américaine

lediplomate.media — imprimé le 30/08/2025
Un ingénieur en salle blanche inspecte une plaquette de semi-conducteurs aux États-Unis, symbole du CHIPS Act, de la souveraineté technologique et de la compétition avec la Chine.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Des subventions aux participations

Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a déclaré que les fonds du CHIPS Act, le plan pluri-milliardaire destiné à relancer la production nationale de semi-conducteurs, devraient être convertis en participations dans Intel. Il ne s’agirait pas d’une acquisition assortie de droits de gouvernance, mais d’un mécanisme transformant les subventions en actions, renforçant ainsi le lien entre l’État et l’industrie technologique. 

L’idée, soutenue par la Maison Blanche de Donald Trump, répond à une logique claire : réduire la dépendance vis-à-vis des producteurs étrangers, surtout asiatiques, et garantir que l’argent public génère des retours concrets pour les contribuables.

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L’enjeu technologique

Intel est depuis des décennies un colosse mondial des semi-conducteurs, mais ces dernières années l’entreprise a perdu du terrain face à des concurrents comme TSMC (Taïwan) et Samsung (Corée du Sud). La crise des chaînes d’approvisionnement durant la pandémie et les tensions avec la Chine ont révélé la vulnérabilité américaine : plus de 70 % des puces les plus avancées sont produites à Taïwan, une île sous la pression militaire constante de Pékin. Ramener la fabrication de semi-conducteurs sur le sol américain n’est donc pas seulement un objectif économique, mais une question de sécurité nationale.

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La dimension géoéconomique

Le passage des subventions aux participations marque un changement de paradigme : non plus de simples incitations, mais une forme de co-participation publique au capital des entreprises stratégiques. Il s’agit d’une sorte de « nationalisation partielle » sans contrôle direct, qui permet à l’État de partager risques et profits. Ce modèle a déjà été expérimenté dans le passé avec le sauvetage des banques et des constructeurs automobiles, et s’applique désormais au secteur high-tech.

L’opération aurait des effets importants sur les marchés mondiaux. Une Intel plus solide, soutenue directement par le gouvernement américain, renforcerait la capacité des États-Unis à concurrencer les géants asiatiques et réduirait la marge de manœuvre de la Chine, qui cherche à atteindre l’autosuffisance technologique grâce à des champions nationaux comme SMIC.

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Les retombées stratégiques

Trump a fait du « reshoring » une priorité : rapatrier aux États-Unis les chaînes de production jugées vitales. Les semi-conducteurs sont au cœur de cette stratégie. Sans puces, pas de systèmes d’armes, pas de réseaux de télécommunications, pas d’intelligence artificielle ni d’infrastructures civiles modernes. Chaque rupture d’approvisionnement peut devenir une arme géopolitique. C’est pourquoi Washington ne veut plus dépendre de fournisseurs étrangers.

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Le modèle proposé par Lutnick indique également une orientation future : d’autres champions technologiques américains pourraient bénéficier de fonds publics sous forme d’investissements en actions, créant un écosystème plus intégré entre l’État et l’industrie. Une ligne qui rapproche les États-Unis des stratégies de puissances rivales comme la Chine, où l’imbrication entre politique industrielle et capital public est la norme.

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La proposition de transformer les fonds du CHIPS Act en actions d’Intel marque un tournant décisif : l’Amérique ne se contente plus de stimuler son industrie, elle entre directement dans la partie comme actionnaire. C’est un signal que la technologie n’est pas seulement un marché, mais un instrument de puissance stratégique. Dans un monde où les semi-conducteurs sont le « nouveau pétrole », Washington veut s’assurer que la sève vitale de son économie et de sa défense ne soit jamais otage de décisions prises à des milliers de kilomètres de distance.

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