ANALYSE – Dans le sillage du Président : Les éclaireurs de la France dans l’océan Indien

ANALYSE – Dans le sillage du Président : Les éclaireurs de la France dans l’océan Indien

lediplomate.media — imprimé le 15/04/2025
Macron
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

Le président français Emmanuel Macron entamera une tournée dans l’océan Indien à partir du 19 avril 2025, qui le conduira à La Réunion, Mayotte, Madagascar et Maurice. Lors de son séjour à Madagascar, du 22 au 24 avril 2025, il participera au 5ᵉ sommet de la Commission de l’océan Indien (COI) prévu le 24 avril à Nosy Be. Cette tournée vise à renforcer les liens diplomatiques et économiques entre la France et les nations de l’océan Indien.

Une tournée présidentielle aux allures de redéploiement stratégique

La tournée d’Emmanuel Macron dans l’océan Indien, prévue du 19 au 24 avril 2025, ne se résume pas à une simple séquence protocolaire. Elle s’inscrit dans une dynamique plus profonde de réaffirmation de la présence française dans une région à la croisée des intérêts géopolitiques mondiaux. À travers ses étapes à La Réunion, Mayotte, Madagascar et Maurice, le président cherche à raffermir des alliances historiques tout en réorientant la coopération vers des domaines d’avenir, tels que la transition énergétique, la connectivité numérique et la sécurité maritime.

Un enjeu diplomatique renouvelé

Sur le plan diplomatique, la France s’efforce de repositionner son influence dans une région de plus en plus convoitée par d’autres puissances – la Chine, l’Inde, les États-Unis – qui y multiplient les bases militaires, les partenariats économiques et les accords bilatéraux. La participation au sommet de la Commission de l’océan Indien (COI), à Nosy Be le 24 avril, permet à Paris de rappeler son attachement à une gouvernance régionale inclusive, fondée sur le droit international et la solidarité entre États insulaires.

Un agenda économique structuré

Mais c’est surtout l’agenda économique de la tournée qui retient l’attention. La France veut construire des partenariats de croissance avec les économies locales, notamment autour des infrastructures vertes, de l’agro-industrie, des technologies de l’information et de la valorisation des ressources maritimes. Le président est accompagné d’une vingtaine de chefs d’entreprise – dont les noms, révélés par Africa Intelligence, témoignent d’un engagement sérieux de grands groupes et d’investisseurs français dans la région. Ces acteurs cherchent à accroître leur ancrage dans des marchés à fort potentiel, tout en accompagnant les États partenaires dans leurs plans de développement.

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Un message politique à double portée

Enfin, cette tournée porte un message politique fort : la France entend conjuguer proximité territoriale – via ses départements ultramarins – et solidarité régionale avec ses voisins insulaires. En s’appuyant sur La Réunion et Mayotte comme têtes de pont, Paris veut offrir une alternative crédible aux influences extrarégionales grandissantes, en promouvant un modèle de coopération fondé sur le respect, la co-construction et l’innovation.

Il faut imaginer la scène, presque cinématographique : les pales d’un hélicoptère fouettent l’air lourd de l’aéroport d’Ivato, la chaleur colle aux chemises blanches, et les regards sont fixés vers la passerelle d’un avion présidentiel encore silencieux. Bientôt, Emmanuel Macron foulera la terre rouge de Madagascar, précédé non seulement par le protocole, mais surtout par une idée — celle d’un retour stratégique de la France dans un théâtre oublié de sa diplomatie : l’océan Indien.

Mais cette fois, le président ne vient pas seul. À sa suite, une escouade discrète mais déterminée : une vingtaine de chefs d’entreprise, triés sur le volet, figures de proue d’un capitalisme à la française qui rêve encore de nouveaux mondes. Ce ne sont ni des aventuriers, ni de simples accompagnateurs. Ce sont les éclaireurs d’une reconquête économique.

Selon Africa Intelligence, toujours à l’affût des mouvements feutrés de la diplomatie d’affaires, cette « short list » des invités présidentiels comprend quelques noms emblématiques. Hassanein Hiridjee, silhouette longiligne et œil de faucon, dirige le tentaculaire groupe Axian, pilier malgache de la télécommunication, de l’énergie et de la finance. À ses côtés, Hasnaine Yavarhoussen, à la tête de Filatex, construit des centrales solaires comme d’autres bâtissent des châteaux – sur le réel. Leurs homologues mauriciens ne sont pas en reste : Arnaud Lagesse du conglomérat IBL, Cédric de Spéville du groupe Eclosia, ou encore Jérôme Jaen, stratège d’Omnicane, tracent eux aussi des routes invisibles entre Port-Louis et Paris.

Ce ballet de noms, que Africa Intelligence dévoile partiellement à quinze jours du départ, n’est pas anodin. Il s’agit d’un dispositif bien rodé, pensé pour ressusciter les grands projets français dans une région où l’on parle encore de Louis Antoine de Bougainville, mais où l’on construit désormais avec les Yuans et les Roupies.

Le Medef International, tel un état-major en civil, a d’ailleurs précédé le chef de l’État à Antananarivo, rencontrant les cadres du Groupement des Entreprises de Madagascar (GEM). On ne prépare pas une opération d’influence à la légère. Des accords se dessinent déjà dans les couloirs : énergies renouvelables, transformation agroalimentaire, numérique. Ce ne sont pas des marchés, ce sont des batailles.

Car derrière les sourires diplomatiques et les communiqués feutrés, c’est une guerre d’influence qui se joue entre la France, la Chine et l’Inde. Et Emmanuel Macron le sait : Maurice, Madagascar, les Comores — ce sont des points d’ancrage dans une géopolitique maritime que l’on redécouvre à mesure que le monde se tend. En avançant ses pions économiques, la France tente de contenir les ambitions d’autrui, tout en se réinventant dans un arc indo-océanique encore marqué par les promesses non tenues.

Mais ce voyage n’est pas seulement géopolitique. Il est aussi intime, presque existentiel. Il s’agit pour la France de retisser des liens — non plus de domination, mais de coopération. Un partenariat d’égal à égal, nourri par la transition énergétique, la digitalisation, la formation. Les noms qui entourent le président, ceux que révèle Africa Intelligence, sont porteurs de cette ambition silencieuse : construire une présence économique française qui ne soit ni nostalgique ni défensive.

Dans les rues poussiéreuses d’Antananarivo ou dans les couloirs climatisés de Port-Louis, le message est clair : la France revient. Non pas en conquérante, mais en bâtisseuse d’alliances. Et cette fois, elle avance en ordre serré, le regard tourné vers un avenir indo-océanique qu’elle refuse d’abandonner.

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