ANALYSE – Le pivot libyen de la Russie, entre Tripoli et le Sahel

ANALYSE – Le pivot libyen de la Russie, entre Tripoli et le Sahel

lediplomate.media — imprimé le 17/05/2025
Poutine et du maréchal Haftar souriant et se serrant la main au Kremlin
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

Le 9 mai 2025, à Moscou. Tandis que les chars défilent sur la place Rouge pour le 80e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie, un invité discret attire l’attention des observateurs du jeu géopolitique en Afrique du Nord : le maréchal Khalifa Haftar. 

À ses côtés, son fils Khaled, chef d’état-major des forces de sécurité de l’Est libyen, scelle dans l’ombre un nouvel acte du partenariat stratégique avec Moscou.

Quelques jours plus tôt, le 4 mai 2025, Khaled Haftar signait avec le vice-ministre russe de la Défense Iounous-Bek Evkourov un accord confidentiel, probablement militaire. 

Ce dernier, architecte de “l’Africa Corps” — dispositif hérité du redéploiement post-syrien de la Russie — a fait de la Libye un pilier de sa stratégie au Sahel. Pour le Kremlin, la Libye est bien plus qu’un théâtre secondaire : c’est une tête de pont vers l’Afrique sub-saharienne.

La Russie cherche à compenser l’effondrement de son dispositif syrien en consolidant une présence pérenne en Libye”, explique Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe. “Elle y trouve une profondeur stratégique, loin de l’OTAN et des regards occidentaux.

Une guerre de succession dans le clan Haftar

Mais derrière les uniformes et les poignées de main, une rivalité familiale s’esquisse. Khaled, l’homme de Moscou, plaide pour une coopération militaire resserrée avec la Russie. Saddam, son frère, chef des forces terrestres, penche pour Washington. En avril, il était aux États-Unis pour rencontrer des proches de Donald Trump et des diplomates du Département d’État.

Ce clivage reflète l’ambivalence d’un clan tiraillé entre deux parrains globaux. L’administration Biden, tout en reprenant les tentatives de rapprochement initiées sous Trump, cherche encore à maintenir Khalifa Haftar à distance du Kremlin. Une entreprise périlleuse, alors que Moscou avance ses pions avec méthode.

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Bases, formateurs et livraisons militaires : La poussée russe

Depuis août 2024, les estimations placent entre 2 000 et 2 500 hommes russes du Corps africain en Libye, notamment à Brak al-Shati. La base stratégique de Maaten al-Sarra, proche du Tchad et du Soudan, est aujourd’hui sous contrôle de l’Armée nationale libyenne (ANL) avec bénédiction russe.

Nouvel acteur du jeu : la Biélorussie. Trente officiers auraient rejoint en mai la base de Tamenhant, à Sebha. Cinq vols cargos ont apporté du matériel militaire aux forces de Haftar. Si Wagner a disparu du théâtre libyen, ses formateurs opèrent désormais depuis la Biélorussie, où des soldats libyens ont appris début mars à manier des drones, près de Vitebsk.

Objectif Tripoli ?

L’objectif semble clair : renforcer l’ANL en vue d’une offensive à moyen terme sur Tripoli. Une revanche sur l’échec de 2019-2020. Et cette fois, Haftar pourrait compter sur une aviation renforcée — MiG-29 et Su-24 transférés de Syrie — dont les pilotes sont formés par les Biélorusses. Mais dans ce jeu d’ombres, la Russie pourrait déléguer la responsabilité diplomatique à Minsk, si une nouvelle guerre éclatait dans la capitale libyenne.

 Moscou, l’équilibriste diplomatique

La Russie ne ferme pas la porte à Tripoli. Fin avril, son directeur des affaires du Moyen-Orient, Alexandre Kinchtchak, rencontrait le Premier ministre Dbeïba. En parallèle, les militaires de l’Ouest, pro-Turcs, dialoguent aussi avec l’attaché militaire russe. Moscou joue sur tous les tableaux, renforçant l’Est tout en maintenant des lignes ouvertes à l’Ouest.

 La Libye devient pour Moscou un corridor stratégique vers le Sahel, une plateforme alternative post-syrienne, et un levier pour gêner les Occidentaux. Si offensive il y a, elle se jouera en coulisses, dans une guerre sans uniforme clair où Biélorusses, Russes et Libyens poursuivent un objectif commun mais aux responsabilités bien réparties.

Et si Haftar s’empare un jour de Tripoli, Moscou pourra toujours prétendre n’avoir été qu’un spectateur…

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