ANALYSE – Tigré : Une paix fragile sur un volcan

drapeau du Tigré en fond la carte de l'ethiopie

Par Olivier d’Auzon

Dans les rues de Mekele, la capitale du Tigré, l’inquiétude est palpable. Les files d’attente devant les distributeurs de billets s’allongent, les prix des denrées alimentaires grimpent, et les conversations chuchotées trahissent une angoisse grandissante. Près de deux ans et demi après la signature de l’accord de paix entre le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et le gouvernement fédéral éthiopien, la région semble à nouveau au bord du gouffre.

Les divisions internes au sein du TPLF mettent en péril un équilibre déjà précaire. Alors que certains dirigeants prônent une coopération accrue avec Addis-Abeba pour reconstruire et stabiliser la région, d’autres dénoncent le non-respect des engagements pris par le gouvernement central et jugent inéluctable une reprise des hostilités.

La guerre n’a jamais vraiment cessé

L’accord de Pretoria, signé en novembre 2022, était censé mettre un terme à une guerre dévastatrice qui a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes et déplacé des millions d’autres. Toutefois, la mise en œuvre de cet accord s’est avérée plus complexe que prévu. Le retrait des troupes étrangères et des forces amharas, qui avaient pris le contrôle de vastes portions du territoire tigréen, reste incomplet. Pendant ce temps, l’aide humanitaire arrive au compte-gouttes, alimentant frustrations et ressentiments.

Les tensions sont exacerbées par les jeux de pouvoir internes au sein du TPLF. Fragilisé par la guerre, le mouvement est déchiré entre une faction réaliste, qui reconnaît la nécessité d’une entente avec le gouvernement fédéral pour assurer la reconstruction, et une faction plus radicale, convaincue que seule une lutte armée peut garantir la souveraineté du Tigré.

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La fracture interne du TPLF : un parti au bord de l’implosion

Depuis la fin des hostilités, le TPLF, jadis puissant et structuré, est devenu un champ de bataille politique où s’affrontent diverses visions de l’avenir du Tigré. D’un côté, il y a ceux qui, épuisés par la guerre, prônent un pragmatisme nécessaire pour reconstruire une région exsangue. Ils plaident pour un dialogue avec Addis-Abeba, espérant garantir une autonomie relative au sein de l’État fédéral. De l’autre, les tenants de la ligne dure estiment que l’accord de paix n’est qu’un leurre et que la lutte doit continuer pour libérer pleinement le Tigré de l’influence fédérale.

Cette fracture interne s’est traduite par une méfiance croissante entre les différents clans du parti. Certains dirigeants, accusés de trahison, sont poussés vers la sortie, tandis que d’autres appellent à une remobilisation des forces armées locales. Cette confusion affaiblit la gouvernance du Tigré et alimente la peur d’un retour aux combats.

Une paix sous pression 

Ce climat d’instabilité laisse planer une menace réelle sur l’avenir du Tigré. L’armée fédérale éthiopienne, toujours présente aux frontières de la région, surveille de près l’évolution de la situation. Parallèlement, les forces amhara, rivales historiques du TPLF, pourraient profiter de cette fragilité pour revendiquer de nouveaux territoires.

Sur le plan diplomatique, l’Union africaine et plusieurs pays occidentaux tentent d’empêcher une escalade militaire, appelant à une mise en œuvre effective des accords de paix. Mais le manque de progrès tangibles et l’absence d’un véritable consensus politique au sein du TPLF rendent toute stabilisation durable incertaine.

Le spectre de la guerre 

Pendant ce temps, les habitants du Tigré, pris en étau entre des intérêts politiques divergents, redoutent un retour à la violence. 

Nous avons déjà tout perdu une fois, nous ne voulons pas revivre cela“, confie un résident de Mekele.

 Pour eux, la guerre n’est pas seulement une question de stratégie politique, mais une réalité tragique qui les a laissés démunis.

Si les divisions actuelles ne sont pas rapidement surmontées, la région pourrait sombrer à nouveau dans le chaos, avec des conséquences désastreuses pour toute la Corne de l’Afrique. Car au-delà du Tigré, c’est toute l’Éthiopie qui risque d’être ébranlée par une nouvelle crise. Et avec elle, l’ensemble de la région.

Entre résignation et espoir fragile, le Tigré retient son souffle

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