ANALYSE – Gaz, armes et finance : Le poids de la dépendance italienne aux États-Unis

Trump et Meloni
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie). 

En 2024, l’Europe a enregistré un record dans l’importation de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des États-Unis, avec l’Italie et l’Allemagne en tête des principaux acheteurs. 

Plus de la moitié du GNL importé en Europe provient désormais des États-Unis, remplaçant les approvisionnements traditionnels en gaz méthane, mais à des prix élevés, en partie dus aux spéculations financières orchestrées par les grands fonds américains. Derrière les entreprises énergétiques américaines, on retrouve les géants de la finance mondiale, les célèbres Big Three – BlackRock, Vanguard et State Street – qui détiennent d’importantes participations dans les principaux acteurs du secteur.

Parallèlement, l’Europe continue d’importer du GNL de Norvège et de Russie. Dans le cas russe, les sanctions occidentales semblent principalement avoir entraîné une augmentation des prix, bénéficiant paradoxalement à Moscou et pénalisant les consommateurs européens. Un éventuel retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, accompagné d’un rapprochement diplomatique avec Vladimir Poutine, risque d’accentuer cette tendance, maintenant des prix élevés de l’énergie au profit des producteurs.

Le cas norvégien est encore plus emblématique. Les entreprises énergétiques du pays sont sous contrôle étatique, mais les prix de vente du gaz sont alignés sur ceux du marché spéculatif, garantissant ainsi des revenus records. En 2024, la Norvège a enregistré des recettes de 221 milliards de dollars, dont une partie importante a été investie dans la finance, en particulier dans le secteur technologique américain. Le fonds souverain norvégien, le plus important au monde avec un capital de 1 750 milliards de dollars, est un des principaux investisseurs dans les grandes multinationales américaines, aux côtés des Big Three.

L’impact global de cette dynamique est une dépendance croissante de l’Europe et de l’Italie au GNL américain et norvégien, où les bénéfices économiques sont concentrés entre les mains des élites financières et industrielles, tandis que les économies nationales subissent le poids d’un coût énergétique de plus en plus élevé.

À lire aussi : ANALYSE – L’Ukraine coupe le Gaz Russe, mais la Chine et les États-Unis prennent le relais…

Les accords avec l’Arabie Saoudite : Un autre aspect de la subordination économique

L’influence des intérêts financiers américains se reflète également dans les accords commerciaux signés entre l’Italie et l’Arabie Saoudite, soutenus avec force par le gouvernement italien. Plus de 20 milliards d’euros ont été mobilisés par ces accords, avec une grande majorité des fonds destinés aux contrats militaires attribués à Leonardo, la plus grande entreprise de défense italienne.

L’État italien détient 30,2 % des parts de Leonardo, tandis que le reste appartient aux grands fonds financiers internationaux, principalement américains. Les contrats prévoient la fourniture d’avions, d’hélicoptères et de systèmes d’armement à l’Autorité générale de l’industrie militaire d’Arabie Saoudite, renforçant ainsi les liens entre Rome et Riyad dans le domaine de la défense.

Un autre élément préoccupant concerne le rôle de SACE, l’agence publique italienne spécialisée dans le soutien aux investissements à l’étranger, qui s’est engagée à faciliter le financement de projets saoudiens. Paradoxalement, des ressources publiques italiennes sont mises à disposition pour faciliter des opérations financières qui profitent avant tout à la grande finance mondiale et, indirectement, au système économique américain.

En résumé, les relations entre l’Italie et l’Arabie Saoudite aboutissent à :

•       10 milliards d’euros d’exportations d’armes,

•       Des gains financiers pour les fonds d’investissement américains,

•       Peu de retombées économiques directes pour l’Italie.

Tout cela se produit dans un contexte où l’Arabie Saoudite reste un régime autoritaire, dont les politiques sont régulièrement critiquées en matière de droits humains et de stabilité géopolitique.

Un système déséquilibré au profit de la finance mondiale

Le lien entre la dépendance énergétique au GNL américain et norvégien et les accords militaires avec Riyad met en lumière une stratégie économique qui favorise massivement la grande finance mondiale, au détriment de l’Italie.

L’augmentation des importations de GNL des États-Unis alimente les profits des fonds d’investissement de Wall Street, tandis que la Norvège réinvestit ses revenus gaziers dans les actions américaines, contribuant ainsi à l’expansion des marchés financiers américains. Parallèlement, les contrats militaires de Leonardo renforcent la domination des institutions financières américaines, puisque les actionnaires de l’industrie de la défense en tirent des bénéfices directs.Ces éléments soulèvent des questions fondamentales sur la stratégie économique à long terme de l’Italie. Plutôt que de développer une approche plus équilibrée et autonome, le pays reste dépendant de décisions influencées par des acteurs financiers mondiaux. Sans un plan clair pour réduire son exposition aux logiques spéculatives, l’Italie risque de payer un prix de plus en plus lourd, à la fois sur le plan économique et en termes d’autonomie stratégique.

À lire aussi : ANALYSE – Trump ne manque ni d’air ni de gaz mais de terres rares


#GNL, #GazNaturelLiquéfié, #Énergie, #Europe, #USA, #Norvège, #Russie, #Économie, #Finance, #BigThree, #BlackRock, #Vanguard, #StateStreet, #WallStreet, #DépendanceÉnergétique, #Géopolitique, #Gaz, #Pétrole, #Inflation, #PrixDuGaz, #MarchésFinanciers, #FondsSouverain, #NorvègeGNL, #Italie, #Allemagne, #Trump2024, #Poutine, #ArabieSaoudite, #Leonardo, #IndustrieMilitaire, #Investissements, #ÉnergieEurope, #GuerreÉconomique, #ÉconomieMondiale, #UE, #GouvernanceÉconomique, #Spéculation, #GNLUSA, #SouverainetéÉnergétique, #DetteÉnergétique

Retour en haut