DÉCRYPTAGE – Iran : Succession au sommet et choc énergétique mondial

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La mort d’Ali Khamenei dans un raid conjoint israélo-américain, le 28 février, n’a pas provoqué l’effondrement que certains à Washington ou à Tel-Aviv espéraient. Au contraire, la désignation rapide de son fils Mojtaba Khamenei comme nouvelle Guide suprême de la République islamique montre que le système politique iranien possède encore une capacité de recomposition interne. Dans un moment de guerre ouverte et de pression maximale, le régime a choisi la continuité et la cohésion plutôt que l’incertitude.
La nomination de Mojtaba Khamenei, âgé de cinquante-six ans et étroitement lié aux Gardiens de la révolution, représente un signal politique clair : l’Iran ne se considère pas comme un régime sur le point de capituler. Pour Téhéran, cette succession signifie que la ligne stratégique restera inchangée, malgré la disparition du guide historique. Aux yeux des autorités iraniennes, il s’agit d’un message adressé à la fois à l’opinion interne et aux adversaires extérieurs : la République islamique entend résister.
Dans le système institutionnel iranien, la fonction de Guide suprême est le centre réel du pouvoir. Fondée sur la doctrine du Velayat-e Faqih, elle confère à son titulaire l’autorité ultime sur les orientations politiques, militaires et diplomatiques du pays. Dans ce contexte, la décision de l’Assemblée des experts d’installer Mojtaba Khamenei au sommet de l’État vise à éviter toute vacance de pouvoir dans une phase de confrontation directe avec les États-Unis et Israël.
Ironiquement, l’attaque qui a coûté la vie à Ali Khamenei a probablement facilité l’ascension de son fils. Avant la guerre, une succession familiale paraissait possible mais politiquement délicate. La République islamique, née de la révolution de 1979, s’est toujours présentée comme un régime idéologique et non dynastique. L’idée d’une transmission du pouvoir de père en fils rappelait trop le système monarchique des anciens shahs. Mais la guerre a modifié les équilibres. Dans un contexte d’urgence nationale, la continuité est devenue un facteur de stabilité plutôt qu’un problème de légitimité.
Au-delà de la dimension politique, le conflit produit déjà des effets économiques considérables. Le premier choc concerne l’énergie. Le prix du pétrole a franchi la barre des cent dollars le baril pour la première fois depuis 2022, atteignant même près de cent vingt dollars au moment le plus aigu des tensions. La hausse s’explique surtout par la paralysie du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial.
La fermeture de ce corridor maritime a provoqué une accumulation de cargaisons dans les terminaux de plusieurs producteurs du Golfe. L’Irak, les Émirats arabes unis et le Koweït ont dû réduire leur production faute de pouvoir exporter normalement. Dans ces conditions, les marchés financiers ont immédiatement réagi par une forte volatilité, tandis que les gouvernements du G7 envisagent déjà de libérer une partie de leurs réserves stratégiques pour stabiliser les prix.
Mais le choc énergétique n’est qu’une partie du problème. Les images qui arrivent de Téhéran montrent également les conséquences environnementales de la guerre. Des dépôts pétroliers et une raffinerie ont été touchés, provoquant d’immenses incendies qui ont obscurci le ciel de la capitale. Les fumées toxiques et les résidus d’hydrocarbures ont envahi les quartiers urbains. Dans un autre épisode révélateur de l’escalade, un raid américain aurait frappé une installation de dessalement de l’eau, entraînant une riposte iranienne contre une infrastructure similaire à Bahreïn.
Ces installations sont vitales dans une région frappée par une pénurie chronique d’eau. Les cibler revient à toucher indirectement les populations civiles plutôt que les structures militaires. Cette dimension du conflit rappelle que les infrastructures énergétiques et hydriques sont devenues des instruments stratégiques dans les guerres contemporaines.
Sur le plan militaire et géopolitique, la situation reste extrêmement incertaine. Les objectifs exacts de Washington ne sont pas clairement définis. Alors que la stratégie du gouvernement israélien apparaît relativement lisible — affaiblir durablement les capacités militaires iraniennes — les déclarations de l’administration américaine ont souvent été contradictoires. Certains responsables évoquent une opération limitée, d’autres la perspective d’un changement de régime.
L’hypothèse initiale semblait être que le pouvoir iranien, fragilisé par les protestations internes et les tensions sociales, pourrait s’effondrer rapidement sous la pression militaire. Mais l’effet produit a été presque inverse. L’attaque extérieure a resserré les rangs de l’élite politique et militaire iranienne. Téhéran a réagi en élargissant le champ du conflit, notamment en visant des États arabes du Golfe afin d’augmenter le coût stratégique pour les États-Unis.
Pour l’Europe, cette guerre représente une crise qu’elle n’a ni voulue ni préparée. À Bruxelles, les dirigeants européens redoutent deux conséquences majeures. La première est économique : une flambée prolongée des prix de l’énergie pourrait raviver l’inflation et ralentir la croissance déjà fragile du continent. La seconde est stratégique : le déplacement de l’attention internationale vers le Golfe risque de reléguer la guerre en Ukraine au second plan.
Or l’augmentation des prix du pétrole profite directement à la Russie, dont les revenus énergétiques augmentent à mesure que le baril s’apprécie. Dans ce scénario, Moscou pourrait consolider sa position économique et militaire, tandis que l’Ukraine verrait diminuer l’attention diplomatique et militaire dont elle bénéficiait jusqu’ici.
L’Europe se retrouve ainsi face à un paradoxe géopolitique. Elle n’a pas choisi cette guerre, mais elle pourrait en supporter une part importante des conséquences. Entre crise énergétique, tensions militaires et instabilité des marchés, le conflit autour de l’Iran rappelle une réalité stratégique essentielle : dans un système international fragmenté, les guerres locales peuvent rapidement produire des effets globaux.
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