
Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
Le 12 décembre 2025, dans une relative discrétion, l’Union européenne a franchi un Rubicon stratégique. Bruxelles a décidé de geler indéfiniment 210 milliards d’euros d’avoirs souverains russes. Fin des renouvellements semestriels, fin du suspense procédural.
Il ne s’agit pas d’un ajustement technique des sanctions. C’est un acte politique, minutieusement calibré, intervenu à la veille de négociations de paix décisives pilotées par Washington sur l’Ukraine.
Le message adressé simultanément à Moscou et à Washington est limpide : l’Europe entend s’asseoir à la table des négociations avec des leviers, non avec des justifications.
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Officiellement, l’Union européenne soutient que cette décision « ne préjuge pas » de l’utilisation future de ces actifs. En réalité, personne n’est dupe. Le gel permanent prépare le terrain juridique et politique à un prêt à l’Ukraine garanti par les réserves russes — une forme de réparations différées, sans en porter le nom.
Le président du Conseil européen, António Costa, a déjà évoqué le financement de l’Ukraine pour 2026–2027 comme prochaine étape. Le 18 décembre, les chefs d’État et de gouvernement débattront du point jusqu’où ils sont prêts à aller.
En gelant les avoirs russes sans limite de temps, l’Europe tente de modifier la géométrie des négociations.
Mais l’unité affichée masque des fractures profondes. La Belgique, où sont logés la majorité des fonds via Euroclear, demeure extrêmement réticente. L’Italie soutient la prudence de Bruxelles, rejointe par la Bulgarie et Malte, toutes inquiètes des conséquences juridiques et financières à long terme.
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Même le vice-Premier ministre belge reconnaît que ces actifs devront peut-être être utilisés « à un moment donné ». Cette formule résume à elle seule le dilemme européen : inévitable, mais dangereux.
La réaction de Moscou ne s’est pas fait attendre. La Banque centrale de Russie a saisi la Cour d’arbitrage de Moscou contre Euroclear, réclamant des compensations pour fonds bloqués, titres immobilisés et pertes de profits. D’autres procédures suivront, dans plusieurs juridictions. Le Kremlin parle de « vol » et brandit ouvertement la menace de représailles.
Pourtant, le véritable suspense ne se joue ni à Bruxelles ni à Moscou. Il se joue à Washington.
La capacité réelle de l’Europe à utiliser ces actifs dépendra largement de Donald Trump. S’il donne son feu vert — ou même s’il affiche une indifférence calculée — l’Union pourrait avancer vers la confiscation. S’il s’y oppose publiquement, l’Europe reculera. Le silence, lui aussi, serait un signal.
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Dans cette pièce géopolitique, Trump n’est pas un acteur parmi d’autres : il est l’arbitre.
Les diplomates européens en ont pleinement conscience. C’est pourquoi la décision du 12 décembre est intervenue avant l’apogée des discussions. Un jeton posé trop tôt sur la table, précisément pour ne plus pouvoir être ignoré.
Reste une hypothèse plus sombre. En transformant les réserves souveraines en armes politiques, l’Europe fragilise l’ordre financier qu’elle contribue elle-même à soutenir. Les actifs des banques centrales étaient jusqu’ici intouchables.
Si ce principe cède, aucune monnaie de réserve, aucun centre financier ne sera véritablement à l’abri.
L’Europe a gelé 210 milliards d’euros. Ce qu’elle a surtout gelé, c’est le temps.
Et désormais, la question est simple : ce pari offrira-t-il à l’Ukraine une paix plus solide — ou enfermera-t-il l’Europe dans une confrontation prolongée ?
La réponse dépend, une fois encore, d’un homme observant la scène depuis Washington
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
