ANALYSE – Ankara a dévoilé ses derniers missiles balistiques lors du Salon de défense et de l’aérospatiale SAHA EXPO 2026

Par Alain Rodier
Le salon de défense et de l’aérospatiale SAHA EXPO 2026 s’est tenu du 5 au 9 mai à Istanbul. Il était organisé par « SAHA Istanbul » présidé par Haluk Bayraktar, membre dirigeant de la société « Baykar technology » célèbre pour ses drones notamment vendus à l’Azerbaïdjan et à l’Ukraine et employés au combat.
La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence du ministre de la Défense, Yaşar Güler, du ministre de l’Industrie et de la Technologie, Mehmet Fatih Kacır, du président des Industries de défense, Haluk Görgün.
Le président des Industries de défense, M. Görgün, a indiqué que la Turquie avait exporté pour 10,5 milliards de dollars de produits de défense et aérospatiaux vers 185 pays au cours des douze derniers mois. Il a assuré que « nous mettons notre puissance au service de la stabilité, et non du chaos. Nous considérons notre technologie non comme un instrument de tension, mais comme une garantie de paix et de sécurité.»
Il a ajouté que la Turquie ambitionnait de dépasser les 11 milliards de dollars d’exportations de défense et d’aérospatiale et de figurer parmi les dix premiers pays mondiaux du secteur.
Enfin, en conclusion, M. Bayraktar a déclaré que la guerre en Ukraine avait démontré que la guerre moderne était façonnée par la combinaison de la technologie et des capacités de production industrielle. Il a précisé que « la multiplication par 127 de l’utilisation des drones sur le terrain est la preuve la plus flagrante que les doctrines militaires sont en train d’être redéfinies autour des systèmes autonomes […] La Turquie n’est pas seulement témoin de ce changement, mais aussi l’un de ses plus fervents pionniers.»
Une présentation du projet de missile balistique intercontinental « Yıldırımhan Khan » a été faite. Ce missile est donné pour avoir une portée de 6.000 kilomètres. Son propergol liquide (du peroxyde d’azote ou tétraoxyde de diazote) alimente quatre moteurs-fusées. Il devrait pouvoir atteindre des vitesses comprises entre Mach 9 et Mach 25 ce qui, combiné avec une grande manœuvrabilité, lui permettraient de limiter les capacités d’interception d’une adversaire grâce potentiel.

Les dimensions impressionnantes de ce missile et le fait qu’il soit propulsé par un carburant liquide laissent à penser qu’il pourrait être installé dans des silos.
Le développement d’un tel missile oblige à s’interroger sur l’attitude de la Turquie vis-à-vis de l’armement nucléaire. Interrogé le 10 février, le ministre des Affaires étrangères et ancien chefs des services de renseignements turcs (MIT) Hakan Fidan(1) a laissé planer le doute. Il est probable que si un jour des pays de la région se dotent de l’arme atomique – Iran en tête -, la Turquie le fera aussi.
Dans le domaine classique, les Turcs ont déjà une expérience dans le domaine des missiles sol-sol. Ils commercialisent le « Bora » ou « Khan » présenté en 2017. Produit localement par la société Roketsan, il est un dérivé du missile chinois M20. Le tracteur-érecteur-lanceur [TEL] est un véhicule biélorusse MZKT-7909.
Le « Tayfun » venu après est un développement du « Bora » pour le transformer en missile balistique à courte portée (SRBM) faisant progresser la technologie du pays au-delà des systèmes tactiques. Le « Tayfun » a une portée de 500 à 800 km pour une précision de cinq mètres…
Lors du salon IDEF 2025, Roketsan a annoncé la production d’un nouveau missile « Tayfun Block 4 » beaucoup plus important. Il a une longueur de dix mètres pour un poids de sept tonnes (contre deux pour la version d’origine.) Le président Erdoğan a ensuite déclaré que la portée du missile devrait atteindre les 1.000 km. Le « Tayfun Block-4 » a officiellement été présenté à l’occasion du salon SAHA 26.

Il est monté sur un tracteur-érecteur-lanceur basé sur le Derman 8×8 de Koluman.
Depuis les sanctions décrétées contre la Turquie dans les années 1980 en raison de la succession de coups d’état militaires, Ankara s’est efforcé avec succès de développer une industrie de défense nationale la plus autonome possible. Sans être encore auto-suffisante, elle est néanmoins devenue une grande exportatrice et surtout, a développé des systèmes d’armes qui ont révolutionné la tactique militaire, en particulier avec l’arrivée des drones aériens et navals.
Un peu de géopolitique
Afin de bien comprendre l’état d’esprit des dirigeants turcs qui se sont succédé ces cinquante dernières années, il convient de savoir que quelque-soient leurs appartenances politiques, ils sont tous profondément nationalistes – en dehors de la majorité des populations turco-kurdes(2) -. Ils sont conscients d’être rejetés par les Européens pour différentes raisons dont la non-reconnaissance du génocide arménien, l’occupation de Chypre Nord depuis 1974 et plus récemment l’interventionnisme turc à l’étranger, etc.
Pour eux, leurs premiers rivaux sont les Iraniens avec comme maxime : « quand on ne peut pas faire la guerre à un adversaire, on négocie… »
Les islamistes-conservateurs au pouvoir depuis 2002 présentent la spécificité par rapport à leurs prédécesseurs laïques de se vouloir les leaders du monde arabo-musulman utilisant la cause palestinienne jugée « porteuse » à cette fin. Ils accusent les pays arabes d’avoir laissé tomber les Palestiniens… Il en découle une grande hostilité avec Israël alors que les deux pays étaient proches jusqu’au milieu des années 2000.
Notes de bas de page
- Hakan Fidan né en 1968, ancien sous-officier puis universitaire, a dirigé le service de renseignement – compétent à l’intérieur et à l’extérieur de la Turquie – MIT (Millî İstihbarat Teşkilatı, « Organisation nationale de renseignement ») de 2010 à 2023, date depuis laquelle il est ministre des Affaires étrangères. Très au fait de la situation internationale, des observateurs estiment qu’il pourrait un jour succéder au président Erdoğan qui le considère comme son « dauphin ».
- Le « problème kurde » particulièrement exacerbé depuis les années 1970, est devenu ouvertement international depuis les « printemps arabes » de 2011. Il couvre le sud-ouest de la Turquie le nord syrien et irakien et le nord-ouest iranien.
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