
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Pendant plus de deux décennies, la coopération militaire entre les États-Unis et l’Inde est restée cantonnée à des exercices conjoints, des ventes d’armes et des déclarations d’intention prudentes. Mais 2025 marque un tournant historique. Le 1er juillet, à Washington, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth et le ministre indien des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar ont lancé un partenariat bien plus ambitieux : ASIA, l’Autonomous Systems Industry Alliance, un projet destiné à façonner une nouvelle architecture sécuritaire dans l’Indo-Pacifique.
À lire aussi : ANALYSE – Eaux, missiles et ultimatums : L’Indus comme détonateur d’une guerre nucléaire ?
De la méfiance à un partenariat stratégique
La relation entre Washington et New Delhi, longtemps marquée par des hésitations et des méfiances héritées de la Guerre froide, a connu une transformation progressive depuis les années 2000. L’accord nucléaire civil de 2005 avait déjà jeté les bases d’un rapprochement stratégique. Mais c’est l’ascension rapide de la Chine et son activisme en mer de Chine méridionale et dans l’océan Indien qui ont poussé les deux puissances à accélérer leur convergence.
Avec ASIA, cette dynamique atteint une nouvelle étape. Il ne s’agit plus seulement de fournir des avions de chasse ou de réaliser des manœuvres navales : l’objectif est désormais de co-développer et co-produire des technologies militaires autonomes, des drones aériens aux véhicules sous-marins sans équipage en passant par des systèmes de défense basés sur l’intelligence artificielle.
Une structure hybride au cœur de la stratégie
ASIA est une plateforme hybride, publique et privée, qui rassemble des géants industriels comme l’américain Anduril Industries et l’indien Mahindra Group, sous l’égide du Département américain de la Défense et du ministère indien de la Défense.
L’innovation majeure d’ASIA réside dans sa philosophie : au lieu d’un simple transfert technologique, elle mise sur un véritable co-développement et une co-production locale, en ligne avec l’initiative “Make in India” du gouvernement Modi. Les premiers projets sont déjà en cours : véhicules sous-marins autonomes, capteurs anti-drones, logiciels de commandement distribués.
L’Indo-Pacifique comme théâtre d’un nouveau Grand Jeu
Pour Washington, ASIA est un instrument pour contrer la stratégie chinoise dite du « collier de perles », qui vise à établir une chaîne d’infrastructures portuaires et de bases militaires en Indo-Pacifique. Les États-Unis craignent que la Chine transforme l’océan Indien en un lac chinois, menaçant les routes énergétiques vitales pour l’Occident et pour l’Inde.
Pour New Delhi, cette alliance est une opportunité d’accéder à des technologies de pointe et de réduire sa dépendance historique aux armements russes. Elle renforce la capacité de l’Inde à affronter des défis stratégiques, qu’il s’agisse des tensions frontalières avec la Chine ou de l’axe Pékin-Islamabad qui inquiète fortement le gouvernement Modi.
Pékin observe avec inquiétude cette intégration technologique entre l’Inde et les États-Unis, qu’elle perçoit comme une tentative d’encerclement stratégique visant à contenir son ascension en Asie.
Réactions mondiales et enjeux européens
L’Europe, de son côté, affiche des réactions plus nuancées. La France, soucieuse de défendre son autonomie stratégique dans la région, cherche à renforcer ses liens industriels avec l’Inde. Bruxelles, quant à elle, voit dans ASIA un signal d’alarme et une incitation à accélérer le développement de ses propres capacités dans l’intelligence artificielle et les systèmes autonomes.
L’autonomie technologique comme clé de la puissance
ASIA est bien plus qu’un simple accord industriel ou commercial. Il incarne la conviction qu’au XXIe siècle, la puissance ne réside plus seulement dans les chars ou les porte-avions, mais dans la capacité à bâtir des écosystèmes technologiques résilients, capables de s’adapter aux évolutions rapides du champ de bataille et de l’économie mondiale.
Dans ce contexte, les alliances ne se fondent plus uniquement sur des affinités idéologiques, mais sur la capacité à co-créer une puissance technologique qui redéfinit les équilibres géopolitiques à l’échelle global.
Pour Roland Lombardi, Directeur de la rédaction du Diplomate, « c’est un joli coup de Trump. Le principal et le plus dangereux des adversaires géopolitiques des Etats-Unis est la Chine (et pour l’Occident aussi comme on a trop tendance à l’oublier…). La stratégie de Trump est donc éminemment claire et très intelligente. Et même si c’est loin d’être gagné, c’est une volonté manifeste de faire « éclater » l’organisation des BRICS ou du moins de grandement la fragiliser en misant sur les rivalités internes, géostratégiques et historiques entre ses membres ». En mai dernier, Lombardi écrivait déjà : « comme je l’ai déjà écrit, Trump, désormais revenu au pouvoir, entend se réconcilier avec la Russie – mettant ainsi fin à l’axe Pékin-Moscou –, renforcer ses liens avec l’Inde de son ami Narendra Modi (voir il y a une semaine le voyage de JD Vance à New Delhi…), et également récupérer dans l’orbite américaine l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis, devenus rapidement les piliers arabes des BRICS+ ».
#IndoPacifique, #ASIAAlliance, #Géopolitique, #IndeUSA, #TrumpModi, #DronesMilitaires, #TechnologiesAutonomes, #AIWarfare, #SécuritéAsiatique, #Chine, #CollierDePerles, #Anduril, #Mahindra, #MakeInIndia, #PartenariatStratégique, #DéfenseAutonome, #Cyberdéfense, #SystèmesAutonomes, #ArméeDuFutur, #PuissanceTechnologique, #BRICSPlus, #EncerclementChine, #PékinNewDelhi, #WashingtonJaishankar, #Pentagone, #SousMarinsAutonomes, #CommandementDistribué, #TechnologieMilitaire, #IndoUSAlliance, #DissuasionStratégique, #GuerreDuFutur, #PartenariatIndoAméricain, #Realpolitik, #ArmementIntelligent, #DiplomatieDeLaTech, #EquilibreAsiatique, #SécuritéGlobale, #GuerreFroide2, #StratégieIndoPacifique, #TensionsChineInde

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
Ouvrages en italien
Découvrez ses ouvrages en italien sur Amazon.
https://www.amazon.it/Libri-Giuseppe-Gagliano/s?rh=n%3A411663031%2Cp_27%3AGiuseppe+Gagliano
Ouvrages en français
https://www.va-editions.fr/giuseppe-gagliano-c102x4254171
Liens utiles
Biographie sur le site du Cestudec
http://www.cestudec.com/biografia.asp
Intelligence Geopolitica
https://intelligencegeopolitica.it/
Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis
