ANALYSE – Attaques au Mali : Bamako récolte aujourd’hui ce qu’il a semé

ANALYSE – Attaques au Mali : Bamako récolte aujourd’hui ce qu’il a semé

lediplomate.media — imprimé le 16/05/2026
Arméau Mali
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0

Parfois, l’Histoire se charge elle-même de rappeler certaines vérités que l’idéologie avait voulu effacer.

Dans la poussière rouge du Sahel, sur ces pistes sans fin où la guerre se mène loin des regards européens, le Mali découvre une leçon sévère : on ne congédie pas sans conséquence ceux qui tenaient encore la ligne de front contre le chaos.

Les attaques qui endeuillent aujourd’hui le pays ne relèvent ni de l’accident ni du destin. Elles sont la conséquence prévisible d’une rupture politique revendiquée comme un acte de souveraineté. Une souveraineté mise en scène, galvanisée par une rhétorique antifrançaise devenue instrument de légitimation interne.

Bamako voulait le départ des Français. Bamako l’a obtenu.

Les derniers convois français ont quitté Gao, Tessalit et Ménaka sous les quolibets d’une partie de l’opinion publique, chauffée par des années de discours accusatoires. Peu importaient alors les réalités opérationnelles. Peu importait qu’en 2013, lorsque les colonnes djihadistes menaçaient de descendre vers le sud, ce soient les forces françaises qui aient stoppé l’effondrement imminent de l’État malien.

Emmanuel Macron l’a rappelé avec une sobriété presque froide : « Le Mali n’a pas pris la meilleure décision en chassant l’armée française ». Une phrase simple, presque clinique, mais qui résonne aujourd’hui comme une évidence stratégique.

Le chef de l’État n’a jamais nié les erreurs françaises. Il sait que Paris a parfois surestimé l’efficacité de l’outil militaire sans parvenir à imposer les indispensables réformes politiques locales. Mais sur un point, le président reste constant : sans l’intervention française, le Mali aurait pu sombrer. Il l’avait déjà affirmé sans détour : « Sans la France, le Mali ne serait plus un État uni ».

Cette vérité semble aujourd’hui ressurgir avec brutalité.

Car le terrain, lui, ne connaît ni slogans ni posture. Une fois les bases françaises évacuées, le vide sécuritaire est apparu dans toute sa nudité. Les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique n’ont pas attendu pour exploiter les brèches. Là où Barkhane contenait, surveillait, frappait et renseignait, les autorités maliennes peinent désormais à contrôler durablement leur territoire.

Et derrière cette séquence, il y a une mémoire qu’il serait indécent d’oublier.

Cinquante-huit soldats français sont morts au Sahel.

Cinquante-huit hommes tombés dans une guerre qui n’était ni abstraite ni théorique. Ils sont morts à Kidal, dans l’Adrar des Ifoghas, à In Delimane, sur des routes minées, dans des opérations nocturnes, sous des températures écrasantes et face à un ennemi diffus, mobile, insaisissable.

Ces soldats n’étaient pas des occupants. Ils n’étaient pas des prédateurs coloniaux recyclés dans une fiction militante. Ils étaient les instruments d’un engagement militaire décidé par la République pour empêcher la constitution d’un sanctuaire terroriste au cœur du Sahel.

Ils ont payé le prix fort.

Leur sacrifice impose au moins une exigence : ne pas laisser leur mémoire dissoute dans les simplifications idéologiques.

Oui, la France a commis des erreurs. Mais elle a aussi porté, presque seule pendant des années, un effort militaire colossal pour préserver un équilibre régional déjà vacillant.

Le Mali a fait le choix de rompre avec cette architecture au nom d’une indépendance proclamée. Il en assume désormais les conséquences.

Emmanuel Macron, en déclarant que Bamako n’avait pas fait « la meilleure décision », n’exprimait pas une rancœur postcoloniale ni un regret sentimental. Il constatait simplement ce que le réel confirme avec une cruauté implacable : dans certaines régions du monde, la souveraineté proclamée ne suffit pas à contenir des colonnes djihadistes.

Le Sahel fut pour la France un théâtre d’usure diplomatique.

Mais pour les soldats français, il demeure autre chose : un champ d’honneur.

Et cet honneur ne se négocie pas avec les vents de l’opinion.


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