
Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
Il fallait une guerre pour réveiller les vieux démons européens. Depuis l’invasion de l’Ukraine, Bruxelles s’est découvert une nouvelle mission quasi pastorale : contrôler la pensée des citoyens. Sous prétexte de combattre « l’ingérence russe » et les « fake news », l’Union européenne met en place, sans le dire, la plus vaste machine de censure publique depuis la fin de la guerre froide.
Comme l’écrit le géo-politologue, Alexandre Del Valle, l’objectif réel n’est pas de protéger les Européens. Il est de neutraliser ces mouvements souverainistes qui montent partout, et que les élites bruxelloises qualifient opportunément de « pro-russes ». On ferme le débat en collant une étiquette. On gouverne en disqualifiant. Le procédé est vieux comme Machiavel.
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Le DSA, la nouvelle Inquisition numérique
Le DSA, présenté comme un bouclier démocratique, est surtout un instrument de police idéologique. Il donne à la Commission — institution non élue — le pouvoir de punir, d’amender, voire de suspendre des plateformes entières.
Un message critique sur les vaccins ? Disparu. Un doute sur le récit officiel de la guerre ? Effacé. ce qui ne rentre pas dans la ligne dominante devient suspect, voire « dangereux ».
C’est le retour du ministère de la Vérité, mais version cloud. Le pouvoir politique ne dit plus la loi : il dit le réel.
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Cibler Musk, épargner Al Jazeera : L’Europe choisit ses ennemis
Ce qui confine au grotesque, c’est la sélectivité. X, réseau jugé trop libre depuis que Musk l’a racheté, est dans la ligne de mire. On menace, on enquête, on serre la vis.
En revanche, Al Jazeera, AJ+, et plusieurs médias turcs, qataris ou algériens, pourtant vecteurs d’une influence ouvertement hostile à la France, ne sont jamais inquiétés.
Pourquoi ? Parce que la censure européenne suit la carte des alliances, pas celle des dangers. On frappe Moscou, on ménage Doha et Ankara. Les principes ? Ils viendront après.
Une association d’avocats a saisi l’Arcom pour dénoncer des contenus d’AJ+ relevant de l’apologie du terrorisme. L’affaire n’a jamais trouvé preneur. Le silence comme ligne politique.
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Thierry Breton, nouveau préfet de la pensée
Thierry Breton, devenu moraliste numérique, exige que les plateformes effacent « dans l’instant » toute incitation à la révolte. Précision utile : dans l’histoire, les régimes qui veulent effacer la révolte sont rarement les plus confiants dans leur propre légitimité.
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Le piège qui se referme
La vérité est simple : au nom de la lutte contre l’influence russe, on désarme la liberté d’expression. nom de la protection des citoyens, on infantilise les peuples. Au nom de la démocratie, on met en place des outils qui pourraient, demain, l’étouffer.
Si les Européens acceptent sans broncher cette néo-censure, ils découvriront bientôt que leur démocratie s’est transformée en démocratie surveillée. Et lorsqu’un pouvoir commence à décider de ce qui peut être dit, il finit toujours par décider de ce qui peut être pensé.
Alexandre Del Valle résume en une phrase ce cauchemar tranquille :« Si rien n’arrête cette dérive, la démocratie européenne telle que nous l’avons connue sera morte. »
Et ce ne sera pas la Russie qui l’aura tuée. Ce sera nous-mêmes.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
