ANALYSE – Pourquoi l’Occident a sous-estimé l’Asie centrale

ANALYSE – Pourquoi l’Occident a sous-estimé l’Asie centrale

lediplomate.media — imprimé le 12/02/2026
Économie Asie occidentale
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0

Pendant des décennies, l’Asie centrale a été enfermée dans un rôle commode pour les puissances économiques : réservoir d’hydrocarbures, de minerais et de matières premières. Une arrière-cour productive, utile mais périphérique. On y extrayait, on y exportait, on y repartait. La valeur, elle, se créait ailleurs.

Ce récit rassurant pour les grandes capitales économiques est aujourd’hui en passe de voler en éclats.

Les chiffres publiés en décembre 2025 par la Banque eurasiatique de développement dans son rapport sur les investissements mutuels régionaux en apportent la démonstration implacable.

Ils racontent une autre histoire. Celle d’un décollage silencieux.

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Une accélération qui n’a rien d’un hasard

Dans l’ensemble de l’espace post-soviétique, la croissance demeure modérée : 2,8 % par an en moyenne. En cela, rien d’exceptionnel.

Mais à l’intérieur de l’Asie centrale, un phénomène bien plus profond est à l’œuvre : depuis 2021, les investissements intra-régionaux progressent de 24,4 % par an.

Ce n’est pas un simple rebond conjoncturel. C’est une mutation structurelle.

À la mi-2025, les flux d’investissements directs étrangers mutuels atteignent 1,3 milliard de dollars. Une première historique : la région ne dépend plus principalement des capitaux occidentaux, chinois ou russes. Elle investit désormais dans sa propre croissance. Autrement dit, l’Asie centrale commence à se financer elle-même.

L’Ouzbékistan, nouveau cœur économique régional

Ce capital ne se disperse pas. Il se concentre.

Plus de 53 % des investissements régionaux — près de 680 millions de dollars — convergent vers l’Ouzbékistan.

Le message est clair : Tachkent n’est plus un « marché prometteur » en devenir. Il est devenu le centre de gravité économique de la région.

Infrastructures, usines, zones industrielles, plateformes logistiques : l’Ouzbékistan est désormais la principale destination des capitaux centre-asiatiques.

La promesse est devenue réalité.

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Le Kazakhstan, banquier du nouvel espace eurasiatique

Face à ce pôle d’attraction, un autre pays joue un rôle déterminant : le Kazakhstan.

Avec 72 % des investissements sortants — soit près de 928 millions de dollars —, Astana s’impose comme le principal financeur régional.

En clair : le Kazakhstan n’exporte plus seulement du pétrole et du gaz. Il exporte du capital.

Mieux encore : entre 2021 et 2025, ses investissements cumulés progressent de 11,2 %, presque deux fois plus vite que la moyenne régionale.

À lui seul, le pays concentre près d’un milliard de dollars de nouveaux projets, soit plus du tiers de l’ensemble de la croissance des investissements eurasiatiques.

C’est un basculement stratégique.

La fin programmée du modèle extractif

Le plus frappant n’est pourtant pas le volume. C’est la nature des investissements.

Près de 60 % des capitaux régionaux se dirigent désormais vers la construction et l’industrie manufacturière.

Entre 2024 et 2025, le secteur industriel attire environ 840 millions de dollars. L’agro-industrie en capte 340 millions supplémentaires.

Dans le même temps, le secteur des matières premières perd près de 500 millions de dollars d’investissements.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • La part de l’industrie passe de 16 % à 23 % en dix-huit mois.
  • Celle des matières premières chute de 50 % à 39 %.

Ce n’est pas un ajustement marginal.

C’est un changement de modèle.

L’Asie centrale cesse progressivement d’être une économie d’extraction pour devenir une économie de transformation.

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L’essor des projets “from scratch”

Même la nature des projets confirme la rupture.

Pour la première fois, les investissements « greenfield » — créations d’entreprises ex nihilo — représentent 40 % des projets, dépassant les simples extensions d’activités existantes (39 %).

Autrement dit : on ne se contente plus d’exploiter l’existant. On construit.

Usines neuves, chaînes de production, centres technologiques, plateformes agricoles intégrées : un tissu industriel est en train de naître.

Silencieusement.

Durablement.

Une région qui ne demande plus l’autorisation

Pendant longtemps, l’Asie centrale a été un terrain d’influence : russe, chinois, occidental, turc.

Un espace disputé, rarement souverain.

Ce temps touche à sa fin.

La dynamique actuelle montre une région qui investit, produit, transforme et exporte selon ses propres priorités.

La question n’est plus de savoir si l’Asie centrale est prête à entrer dans la mondialisation.

Elle y est déjà.

La vraie interrogation est ailleurs :

Le monde est-il prêt à accepter une Asie centrale qui ne se contente plus d’obéir aux chaînes de valeurs établies ?

Une Asie centrale qui ne demande plus la permission ?

Car ce qui est en train de naître, à Tachkent, Astana, Almaty ou Samarcande, ce n’est pas un simple cycle économique…C’est une émancipation.

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