
Par Olivier d’Auzon ; Découvrez son nouvel ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
Par-delà le tumulte des fronts ukrainiens, un texte de 28 points aurait circulé ― discrètement ― entre Washington, Moscou et certains alliés européens. Le New York Post en a révélé le contenu. Et l’analyste géopolitique Andrew Korybko en a livré une lecture détaillée, d’où ressort une impression frappante : derrière le vernis diplomatique, ce sont les grandes plaques tectoniques de la géopolitique mondiale qui bougent.
Pour Andrew Korybko, ce projet n’est pas seulement un plan de sortie de crise en Ukraine : c’est la tentative américaine de solder le front russo-américain de la « Nouvelle Guerre Froide » pour concentrer l’effort stratégique sur le véritable adversaire, la Chine.
Un accord pensé comme la stabilisation du front occidental
1. L’Ukraine, État souverain… sous haute tutelle
La souveraineté ukrainienne est “confirmée”, mais encadrée par un dispositif de garanties occidentales et par une neutralité constitutionnelle réimposée. Pour Korybko, il s’agit avant tout d’un habillage diplomatique permettant à Kiev de présenter la paix comme une “victoire narrative”.
2. Redéfinir la sécurité européenne
Le texte prévoit un vaste accord de non-agression entre Moscou, Kiev et l’Europe, ainsi qu’un gel définitif de l’expansion de l’OTAN. En échange, la Russie renoncerait à toute invasion future. L’ensemble dessine un nouveau Rideau de fer, stabilisé et surveillé.
3. Le rôle central de la Pologne
Les chasseurs européens stationnés en Pologne, la montée en puissance militaire de Varsovie, et la création d’un “mur de sécurité” OTAN-Ukraine/Russie s’inscrivent dans ce que Korybko voit comme la renaissance du leadership polonais face à Moscou.
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Un compromis qui entérine de facto les gains territoriaux russes
Le point le plus explosif du document :
- Reconnaissance de facto par les États-Unis de la souveraineté russe sur la Crimée, Donetsk et Louhansk.
- Gel des lignes actuelles à Kherson et Zaporijjia.
- Création d’une zone démilitarisée dans l’Est ukrainien.
Pour Moscou, c’est une victoire stratégique majeure, estime Andrew Korybko. Kiev renoncerait à tout espoir de reconquête intégrale. En contrepartie, la Russie abandonnerait d’autres positions hors des cinq régions revendiquées.
Une démilitarisation progressive mais irréversible de l’Ukraine
L’armée ukrainienne serait plafonnée à 600 000 soldats, hors mercenaires. Kiev renoncerait à l’arme nucléaire. Aucun soldat de l’OTAN ne pourrait stationner en Ukraine. Pour Andrew Korybko, Moscou obtient ainsi la “démilitarisation spirituelle” recherchée par Vladimir Poutine ― mais compensée par un système de garanties sécuritaires occidentales présenté comme un “mini-Article 5”.
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La reconstruction de l’Ukraine : Un marché mondial… financé par les avoirs russes
Ici se cache l’un des moteurs du plan.
Le texte prévoit :
- 100 milliards de dollars d’actifs russes gelés transférés vers un fonds de reconstruction piloté par Washington ;
- 100 milliards supplémentaires débloqués par l’Europe ;
- Et un fonds d’investissement russo-américain destiné à créer une “interdépendance stratégique”.
Pour Andrew Korybko, cette architecture vise à :
- “Piéger” la Russie dans de nouvelles dépendances économiques occidentales
- Empêcher Moscou de devenir le “réservoir de matières premières” de la Chine
- Créer suffisamment d’intérêts croisés pour dissuader une “deuxième manche” de la guerre
C’est le cœur du raisonnement :
Le plan cherche à couper Moscou de Pékin autant qu’à geler la ligne de front.
L’amnistie générale : prix politique d’une transition à Kiev
Élections en 100 jours, amnistie totale pour tous les protagonistes, disparition des poursuites internationales :
Ce volet, pour Adrew Korybko, ouvre la voie à une sortie honorable pour Volodymyr Zelensky, dont la popularité s’est effondrée et dont Washington pourrait accepter le départ pour favoriser un compromis.
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La pièce la plus étonnante du dispositif : Un “Conseil de Paix” dirigé par Donald Trump
L’accord prévoit un mécanisme de surveillance dirigé… par le président américain, en l’occurrence Donald Trump, si celui-ci retourne à la Maison-Blanche.
Cela ferait du futur président — et du futur président américain — l’arbitre direct des équilibres militaires en Europe orientale.
Andrew Korybko y voit une confirmation : Washington veut verrouiller la paix en Ukraine pour libérer ses moyens contre la Chine, quitte à accepter des concessions territoriales à la Russie.
Que veut vraiment Washington ? La clé de lecture géopolitique
Pour Andrew Korybko, la cohérence générale du texte ne laisse aucun doute :
- Clore le front européen pour stabiliser la Russie.
- L’éloigner de Pékin en lui offrant des avantages économiques et technologiques.
- Concentrer la puissance américaine sur l’Asie-Pacifique.
Autrement dit :
L’Ukraine ne serait plus le cœur du conflit mondial, mais son prix de sortie. Le vrai duel stratégique reste la Chine.
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Un accord pragmatique, mais politiquement explosif
L’accord de paix en 28 points, s’il existe dans cette forme, constitue moins une paix que la recomposition d’un ordre stratégique.
Il entérine une partition de facto de l’Ukraine, réinsère la Russie dans le jeu occidental, et transforme l’Europe de l’Est en glacis stabilisé.
Il répond à une priorité américaine claire : clôturer le duel avec Moscou pour mener celui avec Pékin.
Pour l’heure, il demeure hypothétique. Mais s’il voit le jour, il pourrait être l’un des tournants diplomatiques les plus importants depuis la fin de la guerre froide.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

