DÉCRYPTAGE – Ombres à New Delhi et Islamabad : La longue guerre invisible entre l’Inde et le Pakistan

DÉCRYPTAGE – Ombres à New Delhi et Islamabad : La longue guerre invisible entre l’Inde et le Pakistan

lediplomate.media — imprimé le 24/11/2025
Image montrant les drapeaux de l’Inde et du Pakistan séparés par une fissure symbolisant les tensions et la rivalité persistante entre les deux pays.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

L’explosion qui a déchiré le 10 novembre dernier la zone du Fort Rouge, dans le cœur historique de New Delhi, n’est pas seulement un nouvel épisode de violence dans une région habituée au sang. Il s’agit très probablement d’un chapitre supplémentaire du duel que l’Inde et le Pakistan se livrent depuis des décennies à travers des cellules clandestines, des infiltrations et des groupes armés que chaque gouvernement utilise, nie ou renie selon les circonstances. 

Treize morts, une voiture réduite à un cratère et une capitale sous le choc suffisent à rappeler que l’Asie du Sud reste l’un des points les plus instables de la planète.

La piste des “médecins”, un laboratoire du nouveau terrorisme cachemiri

Cette fois, cependant, l’affaire prend des contours inédits. La police du Jammu-et-Cachemire venait tout juste d’arrêter un réseau de sept personnes, parmi lesquelles des médecins travaillant entre l’Uttar Pradesh et l’Haryana. Plus des militants venant des vallées frontalières ou des combattants formés au-delà de la frontière, mais des professionnels, des diplômés, intégrés dans les systèmes hospitaliers de plusieurs États. Les armes saisies, ainsi que près de trois tonnes de matériaux explosifs, laissent penser à une structure disciplinée, dotée de couvertures sophistiquées.

Selon les enquêteurs, deux des médecins arrêtés seraient collègues d’un troisième praticien, considéré comme le probable conducteur du véhicule qui a explosé. Si cela se confirmait, cela montrerait la capacité des organisations jihadistes à recruter des individus aux compétences techniques précieuses. Et à se dissimuler dans des milieux respectables, où l’on soupçonne moins la présence de cellules liées aux groupes historiquement actifs au Cachemire.

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Anciens ennemis, nouveaux visages

Les noms qui émergent ne sont pas nouveaux. Jaish-e-Mohammad, responsable de l’attentat suicide de Pulwama en 2019, et Ansar Ghazwat-ul-Hind, formation mineure affiliée à Al-Qaïda, reviennent sur le devant de la scène. Le conflit cachemiri n’est donc pas éteint : il se réorganise, il change de langage, et il implique désormais des figures très qualifiées, profitant des zones les plus densément peuplées de l’Inde.

Pour l’instant, le gouvernement indien reste prudent. Le ministre de l’Intérieur affirme que “toutes les pistes sont ouvertes”, et le Premier ministre Modi promet justice. Mais la mémoire est récente : il y a quelques mois seulement, l’escalade provoquée par l’attentat de Pahalgam avait déjà rapproché Inde et Pakistan du seuil d’un affrontement militaire direct.

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Islamabad sous attaque et la riposte immédiate

Alors que New Delhi évite de tirer des conclusions hâtives, Islamabad emprunte la voie opposée. Deux attaques, l’une dans la capitale et l’autre dans une école militaire du Waziristan méridional, ont semé la peur et la mort. À Islamabad, un kamikaze a ciblé un convoi de police. Dans le Waziristan, un groupe armé a retenu en otage près de cinq cents étudiants avant d’être neutralisé.

Le Premier ministre Sharif a directement accusé l’Inde, parlant de “terrorisme d’État”. Des mots très durs, prononcés sans preuves, qui semblent davantage liés au contexte politique interne qu’à des éléments concrets. Le Pakistan fait face à une relation de plus en plus tendue avec l’Afghanistan des talibans, voit monter l’instabilité dans les zones tribales et redoute de perdre de l’influence alors que New Delhi et Kaboul se rapprochent pour des raisons stratégiques communes.

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La guerre que personne ne veut nommer

Entre l’Inde et le Pakistan, il n’y a pas seulement la dispute territoriale autour du Cachemire. Il y a aussi la nécessité de paraître forts devant leurs opinions publiques, le rôle des puissances extérieures, les tensions internes, les relations avec les talibans et le terrorisme transfrontalier. Chaque attentat devient un instrument dans une bataille plus vaste : celle pour le contrôle du récit et des perceptions régionales.

L’Inde, puissance économique émergente, ne veut pas être entraînée dans un affrontement militaire qui freinerait son développement. Mais elle ne peut pas non plus paraître faible. Le Pakistan, miné par la crise économique, l’instabilité politique et les frictions avec Kaboul, ne peut montrer ses vulnérabilités et choisit l’accusation directe.

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La stratégie de demain : Contenir le chaos ou l’exploiter

Si la thèse de la “cellule des médecins” se confirmait, cela signifierait que le terrorisme cachemiri entre dans une nouvelle phase : moins visible, plus sélective, plus difficile à neutraliser. Et surtout capable de s’insérer dans les failles géopolitiques régionales, exploitant à la fois les rivalités historiques et les fragilités internes.

Le risque est clair : au lieu de coopérer contre une menace commune, l’Inde et le Pakistan continueront probablement à transformer chaque attaque en arme politique. Avec un résultat prévisible : alimenter un cycle de violence que personne ne semble réellement prêt à briser.

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