
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Le partenariat “sans limites” proclamé par Vladimir Poutine et Xi Jinping semble avoir trouvé ses limites… à la Loubianka. Dans un document classé confidentiel, récemment obtenu par le New York Times, le FSB tire la sonnette d’alarme : la Chine mène une guerre de l’ombre contre la Russie. Recrutements ciblés, infiltrations en Sibérie, espionnage dans l’Arctique, réécriture de l’histoire en Extrême-Orient… La “grande amitié” orientale commence à ressembler à une pénétration stratégique programmée et les rivalités géostratégiques sino-russe ressurgissent, comme l’avait souligné Roland Lombardi, directeur de la rédaction du Diplomate média dans son édito du 11 février 2025…
Le rapport, rédigé entre fin 2023 et début 2024, met en lumière ce que les milieux de l’intelligence géopolitique pressentaient : la Russie n’est pas l’alliée de la Chine, elle est en passe d’en devenir la proie. L’initiative provient d’une unité méconnue du FSB, qui qualifie désormais la Chine d’“ennemi” actif, et évoque une “priorité de contre-espionnage”.
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À la Loubianka, l’ironie du code “Entente-4”
Selon le document, un programme baptisé “Entente-4” – ironie grinçante sur le soi-disant rapprochement sino-russe – aurait été lancé trois jours avant l’invasion de l’Ukraine. Objectif réel : endiguer l’infiltration chinoise au sein de l’appareil d’État russe. Le rapport évoque des tentatives de Pékin pour recruter des responsables gouvernementaux, des chercheurs en aéronautique, des journalistes et des acteurs économiques proches du Kremlin.
Plus inquiétant encore, la Chine serait en train de mettre en place un appareil idéologique destiné à justifier à moyen terme des revendications territoriales sur la Sibérie et Vladivostok, des régions que de nombreux nationalistes chinois qualifient encore de “territoires injustement cédés” au XIXe siècle.
Un rapport qui divise le pouvoir russe
L’un des aspects les plus saillants du rapport est la fracture profonde entre l’appareil sécuritaire et la classe politique russe. Alors que les dirigeants civils continuent de promouvoir une alliance tactique avec Pékin dans un cadre anti-occidental, les services de renseignement, eux, voient dans la Chine un acteur agressif, opportuniste, et potentiellement dominateur.
L’Extrême-Orient russe, cible historique de Pékin
Les autorités russes redoutent aujourd’hui que la Chine n’utilise ses institutions universitaires, ses archéologues et ses géographes pour établir un récit historique légitimant une future annexion “pacifique” de territoires russes. En 2023, Pékin a publié une carte officielle rebaptisant plusieurs régions russes de l’Extrême-Orient avec leurs noms chinois d’époque impériale.
Parallèlement, les chercheurs chinois cherchent à “démontrer” la présence de “peuples chinois anciens” sur le sol sibérien – un argument classique pour les revendications territoriales. Moscou, affaiblie par la guerre en Ukraine et l’isolement économique, n’a plus les moyens politiques ni militaires de faire barrage à cette guerre culturelle.
L’Arctique et l’Asie centrale : Les nouvelles lignes de front
Mais la menace ne se limite pas aux frontières orientales. Le FSB s’alarme également de la montée en puissance du soft power chinois en Asie centrale, notamment en Ouzbékistan, autrefois bastion de l’influence russe. La Russie, nostalgique de l’espace post-soviétique, voit désormais Pékin lui ravir, un à un, ses anciens satellites.
En Arctique, le changement climatique et les sanctions occidentales ouvrent un boulevard à la Chine, qui se positionne comme acteur logistique et énergétique majeur. Les infrastructures vieillissantes russes, notamment dans le secteur du gaz, sont désormais dépendantes de l’assistance chinoise. Des projets comme celui de Novatek, à Yamal, en sont déjà les témoins.
Un aveu de faiblesse géopolitique… et un instrument de guerre informationnelle ?
Le plus frappant dans ce document n’est pas ce qu’il révèle – ces dynamiques étaient déjà connues – mais le fait qu’il provienne du cœur même de l’appareil sécuritaire russe et qu’il ait été rendu public via la presse occidentale.
Il est difficile d’ignorer que cette fuite intervient dans un contexte géopolitique sensible. S’agit-il d’un signal lancé par une faction russe hostile à la soumission croissante à la Chine ? D’une manœuvre des services occidentaux pour affaiblir le tandem Moscou-Pékin ? Ou d’une tentative concertée pour offrir à la Russie un “sas de sortie” de sa dépendance à Pékin, dans le cadre d’un réalignement stratégique futur ?
N’oublions pas ce qu’écrivait Roland Lombardi le 11 février dernier dans son édito : « Si Washington parvenait à extirper d’une manière ou d’une autre la Russie des griffes chinoises et à la rallier dans un cadre d’une coopération, même superficielle, pour « contenir » Pékin, les répercussions géostratégiques seraient considérables. C’est exactement ce que Trump veut réaliser avec l’Inde de Narendra Modi, l’un des premiers dirigeants du monde à féliciter son « ami » Donald quelques heures après « sa victoire historique » en novembre ! »
La Russie humiliée sans combat ?
Ce qui est certain, c’est que la Russie se trouve dans une position de vassalité non assumée, incapable de se défendre contre l’ogre chinois tout en continuant à clamer une “multipolarité” mondiale.
La Chine, elle, n’a pas tiré un seul coup de feu. Elle infiltre, achète, requalifie, mappe et attend. À Moscou, certains l’ont compris. Mais il est peut-être déjà trop tard.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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