ANALYSE – Somaliland : Les minerais critiques comme levier de reconnaissance ?

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Drapeaux du Somaliland et des États-Unis flottant devant une mine à ciel ouvert, illustrant l’enjeu stratégique des minerais critiques et des terres rares dans la géopolitique de la Corne de l’Afrique.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

Par une ruse géologique autant que géopolitique, le Somaliland tente de forcer la main de Washington. Et si un filon de terres rares valait une ambassade ?

Dans une chronique publiée le 3 août 2025, le géopoliticien américain Andrew Korybko avance une hypothèse audacieuse : et si l’offre de minerais critiques faite par le Somaliland aux États-Unis parvenait à infléchir la position américaine, figée depuis trois décennies sur le sacro-saint principe du « One Somalia » ?

À la faveur d’un article de Bloomberg, Korybko note que la région autonome du nord de la Somalie – qui s’est autoproclamée indépendante en 1991 – ne se contente plus de proposer l’installation d’une base militaire américaine sur son territoire. Elle mise désormais sur ses ressources stratégiques, ces minerais dits « critiques », devenus la nouvelle obsession des grandes puissances industrielles. Dans un monde où les États-Unis cherchent à se désengager du joug chinois sur l’approvisionnement de terres rares, une telle offre ne saurait passer inaperçue.

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Officiellement, Washington continue de psalmodier sa reconnaissance d’un seul gouvernement somalien, basé à Mogadiscio. Mais sur le terrain, ce dernier n’exerce plus qu’une autorité fictive. Comme l’indique The Economist, son projet étatique est « en lambeaux », victime des avancées terroristes et d’un État profondément déstructuré. C’est là que le « Trump 2.0 » entre en scène dans le raisonnement de Korybko : pourquoi persister à soutenir un État failli, quand un voisin stable, fonctionnel, anglophone et démocratique offre à la fois une base stratégique et l’accès à des ressources critiques ?

Le pari n’est pas sans risque. Un tel repositionnement américain irriterait fortement l’Égypte, partenaire militaire historique des États-Unis et soutien actif du gouvernement somalien, notamment dans son opposition à l’influence éthiopienne. Rappelons que l’Éthiopie, principal rival régional du Caire, avait signé un mémorandum d’accord avec le Somaliland en vue d’une reconnaissance partielle en échange d’un accès au port de Berbera, lui permettant de desserrer l’étau du port de Djibouti. C’était là un séisme diplomatique, aussitôt contrebalancé par une médiation turque qui rapprocha un temps Addis-Abeba et Mogadiscio.

Mais selon Korybko, ce fragile équilibre vacille à nouveau. Le gel des pourparlers somalo-éthiopiens en juillet, conjugué au refus supposé de l’Égypte d’accueillir des réfugiés palestiniens dans le cadre du plan israélien de relocalisation de Gaza, aurait ouvert une brèche. L’Éthiopie, plus flexible, aurait laissé entendre qu’elle ne s’opposerait pas à une telle initiative – à condition de financements étrangers et d’un effort collectif, notamment musulman. De quoi séduire une Maison-Blanche lassée par l’intransigeance égyptienne.

Dès lors, Korybko esquisse un scénario où les États-Unis, en coordination avec l’Éthiopie, les Émirats arabes unis, et même l’Inde, reconnaîtraient le Somaliland dans un cadre multilatéral. 

Derrière ce jeu d’échecs africain, se dessine une grande recomposition régionale. Un axe Addis-Hargeisa-Washington, éventuellement étendu à New Delhi – qui rêve de sa base navale dans la Corne de l’Afrique – et aux Émirats arabes unis, déjà bien implantés dans la région. Un partenariat quadrilatéral, version Accords d’Abraham de l’Océan Indien, où chacun trouverait son compte : accès stratégique, diversification énergétique, containment chinois, et pourquoi pas, prestige démocratique.

Car reconnaître le Somaliland dans ce cadre, ce ne serait pas simplement consacrer une sécession réussie. Ce serait sacrer la naissance d’une démocratie africaine, validée à la fois par la plus ancienne (les États-Unis) et la plus peuplée (l’Inde) des démocraties du monde. Un symbole dont Trump pourrait se parer, à condition bien sûr que le calcul soit rentable.

Dans cette affaire, les intérêts convergent : base militaire, sécurité maritime, diversification de l’approvisionnement en minerais, containment chinois, et – suprême ironie – soutien indirect au processus d’Abrahamisation de l’Afrique orientale. De quoi convaincre Donald Trump, revenu aux affaires depuis janvier 2025, de remplacer Le Caire par Addis-Abeba et Hargeisa comme piliers régionaux.

Une chose est sûre, comme le souligne à juste titre Andrew Korybko : dans la grande loterie du XXIe siècle, les gisements de terres rares peuvent valoir bien plus que les résolutions du Conseil de sécurité. À l’heure où l’Occident redéfinit ses priorités stratégiques, le Somaliland pourrait bien être la prochaine case cochée sur la carte du Grand Jeu.

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