DÉCRYPTAGE – « Conseil de la Paix » de Trump : Quand la paix devient un club, et l’ONU un décor…

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Trump tente un raccourci vers l’ordre mondial
Initialement prévu pour encadrer la transition politique à Gaza, Donald Trump souhaite la création d’un « Conseil de la paix », qu’il présiderait et aurait pour mission la résolution des conflits mondiaux en totale concurrence avec l’ONU…
Par ailleurs, le Kremlin a confirmé le 19 janvier 2026 que Vladimir Poutine aurait reçu une invitation américaine pour rejoindre ce nouveau « Conseil de paix » promu par Donald Trump. Moscou, par la voix de Dmitri Peskov, dit chercher des « clarifications » avec Washington. Autrement dit, la Russie ne s’engage pas, elle évalue : règles du jeu, rapport de force, bénéfices possibles et coûts réels.
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Une institution à vendre
Dans la maquette qui circule, l’idée est simple et brutale : le mandat des États serait limité à trois ans, mais un versement d’un milliard de dollars ouvrirait un statut permanent. On vend donc de la stabilité institutionnelle comme on vend un accès privilégié à une salle de marché. Cette logique transforme le multilatéralisme en abonnement, et la légitimité en facture réglée.
C’est ici que la manœuvre devient politique. L’ONU, avec toutes ses lenteurs, repose sur une fiction de principes universels. Le Conseil de paix version Trump basculerait dans une logique de contribution et de loyauté : qui paie reste, qui ne paie pas tourne. Plusieurs diplomates y voient une structure susceptible d’affaiblir le travail des Nations unies, justement parce qu’elle introduit un centre de décision parallèle, plus rapide, plus opaque, et plus personnalisée.
Gaza comme laboratoire, puis extension globale
Les sources anglo-saxonnes décrivent un dispositif d’abord tourné vers la stabilisation et la reconstruction de Gaza, avec l’ambition affichée d’étendre ensuite le modèle à d’autres crises. Le problème n’est pas l’objectif. C’est l’architecture : un outil présenté comme opérationnel, mais organisé autour d’une présidence trumpienne, et d’une gouvernance où l’argent et le filtre politique pèsent lourd.
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Lecture géopolitique
La Russie a de bonnes raisons de ne pas claquer la porte. Être invitée dans un organe censé produire de la « paix » pendant que l’Ukraine brûle, c’est une brèche symbolique : cela normalise Moscou, crée une photo possible, et ouvre un canal concurrent de ceux où l’Europe reste influente. Pour Poutine, l’intérêt est de faire monter les enchères, d’obtenir des concessions, ou au minimum de diviser le camp occidental en jouant l’ambiguïté.
Paris et Ottawa, eux, se crispent déjà. Selon des informations rapportées par l’AFP, la France n’entend pas répondre favorablement, tandis qu’une source gouvernementale canadienne dit que le Canada ne paiera pas un milliard pour un siège, au moment où l’idée même d’un « siège permanent payant » ressemble à une privatisation de l’ordre international.
Scénarios économiques
Si le mécanisme se confirme, il crée un précédent dangereux : l’adhésion aux structures de gouvernance devient une ligne budgétaire. Les pays riches achètent du temps long, les autres vivent dans le court terme. Les flux d’aide, de reconstruction et d’investissements, surtout dans des zones comme Gaza, risquent alors d’être conditionnés non seulement à des critères techniques, mais à des alignements politiques et financiers. On passe d’une logique de droits à une logique de guichet.
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Évaluation stratégique et militaire
Un organe parallèle qui prétend « superviser » une stabilisation post-conflit sans ancrage clair dans le droit international peut aussi brouiller la chaîne de commandement politique des opérations sur le terrain : qui mandate, qui contrôle, qui arbitre en cas d’escalade ? À Gaza, où chaque cessez-le-feu est un équilibre instable, la multiplication des centres de décision peut produire l’inverse de l’objectif proclamé : plus d’incertitude, donc plus de risque.
Le test Trump
Ce Conseil de paix est moins une institution qu’un test de résistance : jusqu’où les États acceptent-ils qu’un leadership personnel remplace les procédures, et que l’argent remplace la représentativité ? Le vieux multilatéralisme vacille, oui. Mais la vraie question est celle-ci : quand on fragilise l’ONU, on ne crée pas automatiquement un ordre nouveau. On peut aussi ne créer qu’un vide, rempli par la puissance du moment et par la facture du moment.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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