DÉCRYPTAGE – Le maréchal pakistanais qui murmure à l’oreille de Trump… 

Donald Trump aux côtés du chef de l’armée pakistanaise Asim Munir, sur fond de carte géopolitique reliant la Russie, la Chine, l’Inde et le Pakistan.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Pourquoi Asim Munir est devenu l’intermédiaire inattendu dans la crise Iran–États-Unis

En 2025, le Pakistan est revenu au centre de la diplomatie de crise, non plus comme puissance secondaire oscillant entre prudence et survie économique, mais à travers une figure singulière : le Field Marshal Asim Munir, chef de l’armée et désormais conseiller informel de la Maison-Blanche sur le dossier iranien. Une situation improbable, née d’une série d’événements qui ont profondément reconfiguré les équilibres régionaux : une confrontation éclair avec l’Inde, l’escalade entre Israël et l’Iran, les tensions croissantes dans le Golfe et, surtout, la tendance de l’administration Trump à s’appuyer sur des personnalités extérieures aux circuits diplomatiques classiques pour gérer les dossiers les plus explosifs…

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L’ascension de Munir commence au printemps. En mai, un regain de tension sur la ligne de contrôle entre l’Inde et le Pakistan dégénère en échanges d’artillerie, de tirs de mortiers et de manœuvres agressives. La crise pouvait basculer dans un conflit ouvert. Munir agit avec un sang-froid qui impressionne Washington. Il est promu Field Marshal, seulement le deuxième de l’histoire pakistanaise, et capte l’attention de Donald Trump, qui le reçoit à la Maison-Blanche en juin pour un déjeuner privé sans entourages, sans diplomates et sans script. Trump, fidèle à son goût pour la mise en scène, le baptise son “maréchal préféré”, allant jusqu’à évoquer une candidature au prix Nobel de la paix pour avoir “évité une guerre majeure en Asie”.

Derrière ces excès rhétoriques se dessine un réalignement : les États-Unis cherchent un contrepoids à l’Inde au moment même où les relations avec New Delhi se tendent, sur fond de différends commerciaux et d’un rapprochement indien avec la Chine et la Russie. Le Pakistan, frappé par des tarifs américains plus cléments que ceux imposés à l’Inde et désireux de retrouver une centralité internationale, se présente soudain comme un partenaire utile. En retour, Washington offre un geste diplomatique important : l’inscription du Balochistan Liberation Army sur la liste des organisations terroristes, concession attendue depuis longtemps par Islamabad pour consolider son contrôle sur une province instable.

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Mais l’enjeu décisif est ailleurs : l’Iran. Avec la montée des tensions entre Israël et Téhéran, les États-Unis cherchent une voie de désescalade qui ne les conduise pas à s’engager militairement. Munir, lors de sa rencontre de juin avec Trump, plaide pour un cessez-le-feu, pour une médiation régionale impliquant l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar, partenaires avec lesquels le Pakistan vient de signer un pacte de défense mutuelle. L’objectif est double : stabiliser le Golfe, mais aussi protéger les intérêts énergétiques pakistanais liés à l’Iran, notamment les projets gaziers et les échanges transfrontaliers.

Puis survient la rupture. Quelques jours seulement après la visite de Munir, les États-Unis frappent les sites nucléaires iraniens de Fordow, Natanz et Ispahan. À Téhéran, l’épisode est perçu comme une trahison ou comme la preuve que Munir a été dupé par Washington. Au Pakistan, le malaise est palpable : beaucoup voient dans cette séquence un exemple de plus du caractère instrumental de la politique américaine, prompte à solliciter Islamabad quand cela sert un objectif tactique, puis à l’écarter sans explication.

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L’implication du Pakistan ne se limite pas à la sécurité régionale. Les États-Unis s’intéressent de près au potentiel minier pakistanais, évalué à plus de six mille milliards de dollars : cuivre, terres rares, lithium, ressources indispensables pour diversifier les chaînes d’approvisionnement face à la Chine et à la Russie. Dans le même temps, la coopération antiterroriste se renforce, notamment dans le corridor afghan. Munir, ancien responsable du renseignement militaire, est considéré par Washington comme un interlocuteur fiable, capable d’agir là où peu d’alliés américains disposent d’une réelle influence.

Le défi, cependant, reste immense. Le Pakistan marche sur une ligne étroite entre trois pôles : les États-Unis, indispensables pour l’économie et la stabilité financière ; l’Iran, voisin avec lequel Islamabad entretient des liens énergétiques et commerciaux sensibles ; la Chine, principal investisseur du pays et garant stratégique via le Corridor économique Chine–Pakistan. Munir tente de maintenir cet équilibre, mais chaque mouvement comporte un risque : froisser Washington, contrarier Pékin ou provoquer la méfiance de Téhéran.

Ce rapprochement entre Trump et Munir n’a donc rien d’une alliance stratégique profonde. C’est un accord temporaire, né des besoins américains dans la crise iranienne et des ambitions pakistanaises de redevenir un acteur régional central. Mais comme toujours entre Washington et Islamabad, l’équilibre repose sur des fondations fragiles. Dans un environnement où le moindre incident peut déclencher une réaction en chaîne, Munir s’efforce de tenir tous les fils entre ses mains. Trump, lui, semble surtout intéressé par la démonstration de pouvoir que cela lui procure.

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