DÉCRYPTAGE – Ukraine : Les finances au bord du gouffre, entre guerre et survie économique

Un billet ukrainien de 50 hryvnias brandi devant un bâtiment détruit et un drapeau de l’Ukraine, symbole de la crise économique provoquée par la guerre.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Une économie minée par quatre années de guerre

Près de quatre ans après le début du conflit contre la Russie, l’Ukraine se trouve dans une situation économique alarmante. Le rapport récent de la Kyiv School of Economics révèle que la poursuite de la guerre épuise simultanément les ressources financières, les infrastructures et la capacité productive du pays. L’État dirigé par Volodymyr Zelensky dépend désormais totalement de l’aide étrangère pour financer ses dépenses militaires et civiles. Les besoins sont tels que Kiev réclame de nouveaux soutiens internationaux, sans lesquels l’effondrement budgétaire deviendrait inévitable.

À lire aussi : ÉCONOMIE – Le Grand Entretien avec François Souty : Les Perspectives économiques et commerciales mondiales du retour de Donald Trump à la Maison Blanche

Un commerce extérieur en chute libre

Le premier signal d’alerte vient de la balance commerciale. Le déficit s’est aggravé, passant de 33 à 42 milliards de dollars entre 2024 et 2025, soit une hausse de 27 %. Cette dérive reflète la dépendance croissante du pays aux importations, notamment pour les armements, l’énergie et les biens essentiels. Les attaques russes contre les infrastructures gazières ont réduit de moitié la production nationale, forçant Kiev à importer pour 2 à 3 milliards de dollars supplémentaires durant l’hiver. L’Ukraine importe désormais deux fois plus qu’elle n’exporte, un déséquilibre structurel qui fragilise la souveraineté économique et rend la reconstruction encore plus difficile.

À lire aussi : ANALYSE – Giorgia Meloni contre Emmanuel Macron : Deux trajectoires qui en disent long sur l’Europe

Des finances publiques à bout de souffle

Le second signal concerne les comptes publics. Malgré les 50 milliards d’euros promis par le programme européen Ukraine Facility pour la période 2024-2027 et les aides américaines réorientées vers les besoins militaires, le déficit budgétaire ukrainien atteint 19,4 % du PIB en 2025 — soit 41,7 milliards de dollars — et devrait rester à ce niveau l’an prochain. Les dépenses de défense dépasseront 85 milliards de dollars en 2026. Selon les projections, le déficit nominal pourrait franchir la barre des 50 milliards dès 2028, tandis que les réserves de change tomberaient de 44 milliards à seulement 12,5 milliards. Sans flux financiers constants venus d’Europe et des États-Unis, l’État ukrainien risquerait une crise de liquidité majeure.

À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Gaza : Le mirage américain de Donald Trump ?

Une paix qui ne garantirait pas la reprise

Même en cas d’arrêt des hostilités d’ici 2027, les perspectives restent sombres. La démobilisation progressive de centaines de milliers de soldats accentuera le chômage, alors que la productivité industrielle reste très faible. Le rapport souligne que seule une modernisation rapide de secteurs à haute valeur ajoutée — notamment la défense, les technologies et l’énergie — pourrait relancer la croissance. Mais maintenir une économie de guerre en temps de paix, tout en réduisant la dépendance extérieure, relève d’un équilibre presque impossible.

À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Merkel, la Pologne et les États baltes : Une accusation lourde de sens

L’ombre d’un déficit permanent

Les économistes ukrainiens admettent que, sans une reprise massive des exportations et un effort international prolongé, le pays s’installera dans un état de fragilité chronique. L’aide occidentale, déjà conditionnée à des réformes structurelles, pourrait s’amenuiser au moment même où Kiev devra financer la reconstruction et les dépenses sociales. Ce scénario de dépendance prolongée pose un dilemme stratégique : comment préserver la souveraineté économique quand la survie budgétaire dépend de capitaux étrangers ?

Une reconstruction sous tutelle

Le futur économique de l’Ukraine dépendra de la nature de la paix avec la Russie. Une paix imposée ou territoriale risquerait de limiter l’accès du pays à ses ressources et d’aggraver la dépendance financière. L’assistance internationale restera donc vitale, mais elle transformera aussi l’Ukraine en laboratoire d’une reconstruction sous supervision occidentale. Entre guerre et relance, Kiev n’aura guère le choix : soit accepter un modèle de dépendance économique durable, soit tenter, au prix d’un effort colossal, de redevenir un acteur économique autonome. Dans les deux cas, le coût humain et financier de la guerre restera un fardeau pour toute une génération.

À lire aussi : Iran : l’élection du réformateur Massoud Pezeshkian, prémices d’un changement ?


#Ukraine, #Zelensky, #GuerreUkraine, #ÉconomieUkraine, #CriseÉconomique, #DéficitBudgétaire, #AideInternationale, #UnionEuropéenne, #ÉtatsUnis, #Russie, #ConflitRussoUkrainien, #GuerreEnEurope, #ReconstructionUkraine, #ÉconomieDeGuerre, #FMI, #KyivSchoolOfEconomics, #DetteSouveraine, #CriseFinancière, #DépendanceÉnergétique, #Importations, #Exportations, #CommerceExtérieur, #SouverainetéÉconomique, #FinancesPubliques, #Inflation, #BCE, #BanqueMondiale, #GuerreTotale, #RepriseÉconomique, #Investissements, #AideMilitaire, #OTAN, #Reconstruction, #ÉconomieMondiale, #CroissanceNégative, #PIB, #DetteUkraine, #CriseMonétaire, #AvenirUkraine, #RelationsInternationales,

Le Diplomate Logo

Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine toutes les actualitées.

Ce champ est nécessaire.

Nous ne spammons pas ! Consultez nos CGU pour plus d’informations.

Retour en haut