DÉCRYPTAGE – États-Unis – Venezuela : La tentation de la guerre et le retour du “jardin de l’Amérique”

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La rhétorique du narcotrafic pour justifier la force
Sous prétexte de lutter contre le narcotrafic, l’administration Trump a placé ports, bases et infrastructures vénézuéliennes dans le viseur. D’après des sources du Pentagone citées par le Wall Street Journal, les bombardiers B-1 et F-35 déployés dans les Caraïbes pourraient bientôt précéder des opérations terrestres. Caracas redoute des frappes sur l’île d’Orchila, sur les bases aériennes de Maracaibo et Zulia, ou encore sur les côtes de Sucre. Une offensive ouverte contre un État souverain, motivée autant par des objectifs politiques que militaires.
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Entre Washington et Caracas, la tension explose
Les États-Unis reconnaissent implicitement que toute attaque viserait à forcer la démission de Nicolás Maduro. Des documents confidentiels ont été retirés du contrôle du Congrès, tandis que les soldats américains dans la région ont signé des clauses de confidentialité. Depuis 2022, douze navires auraient été coulés et plus de quarante morts recensés. De son côté, Caracas dénonce l’arrestation d’agents américains présumés engagés dans des opérations clandestines.
Une guerre aux multiples visages
Derrière l’affrontement Washington-Caracas, c’est aussi l’influence chinoise et russe en Amérique latine qui inquiète les États-Unis. Moscou a signé un nouvel accord stratégique avec le Venezuela, promettant un soutien militaire en cas d’attaque, tandis que Pékin dénonce la militarisation du bassin caribéen, qu’elle qualifie de “zone de paix”. Pour l’ancien ambassadeur américain James B. Story, l’escalade vise moins Maduro que la présence chinoise dans la région.
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Bogota, le voisin qui s’oppose
La crise diplomatique s’est étendue à la Colombie. Le président Gustavo Petro, premier chef d’État de gauche de l’histoire du pays, a dénoncé la mort d’un pêcheur colombien après un tir américain dans les Caraïbes, qualifiant l’incident d’“assassinat et de violation de la souveraineté”. Trump a répliqué en traitant Petro de “trafiquant de drogue” et en annonçant la fin de l’aide américaine à la Colombie ainsi qu’une hausse des droits de douane.
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L’Amérique latine dit non à la “doctrine du jardin”
Au Mexique, la présidente Claudia Scheinbaum a prévenu qu’aucune force étrangère ne serait autorisée à opérer sur le territoire national. Même les rapporteurs spéciaux de l’ONU ont rappelé que toute frappe létale sans base juridique violerait le droit international. L’interventionnisme américain, fondé sur les mêmes justifications légales que la guerre contre le terrorisme post-11 septembre, ressuscite les fantômes de la “doctrine Monroe” et du vieux rêve de contrôle du “jardin de l’Amérique”.
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Une région au bord de la rupture
Si Washington espère affaiblir Maduro, l’effet inverse pourrait se produire : l’agressivité américaine risque de renforcer le front anti-impérialiste latino-américain. Dans les rues de Caracas, certains voient dans la tension un signe de changement ; d’autres y lisent la répétition d’une histoire où les États-Unis confondent encore la défense de leurs intérêts avec la promotion de la démocratie.
L’Amérique latine, de Mexico à Bogotá, semble unanime sur un point : il est temps d’en finir avec le “cortile de casa”. Le XXIᵉ siècle ne tolère plus les interventions armées masquées sous les oripeaux de la liberté.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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