DÉCRYPTAGE – États-Unis et Inde : L’entente qui baisse les droits de douane et relève l’enjeu géopolitique

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Une annonce rapide, avec des effets immédiats
Le lundi 2 février 2026, Donald Trump a annoncé un accord commercial avec Narendra Modi : réduction immédiate des droits de douane réciproques et engagement indien à acheter davantage de produits américains. L’élément le plus concret, tel qu’il a été présenté, est le nouveau niveau tarifaire américain sur les biens indiens fixé à 18 pour cent, après des mois de tensions et de mesures punitives liées aussi à l’énergie russe.
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Scénarios économiques : Qui gagne, qui s’expose
Si le seuil de 18 pour cent devient réellement stable, l’Inde obtient un avantage compétitif par rapport à d’autres exportateurs asiatiques frappés par des barrières plus élevées : textile, composants, médicaments, productions légères et une partie de l’électronique pourraient souffler. Les marchés indiens et la monnaie ont d’ailleurs réagi favorablement, signe que les acteurs y ont lu la fin d’une incertitude qui freinait commandes et investissements.
Pour Washington, le bénéfice est double : d’un côté l’accès, même partiel, à des segments du marché indien ; de l’autre l’effet « achats garantis » dans des secteurs politiquement sensibles, de l’énergie aux biens industriels. Certains récits évoquent un engagement indien d’augmenter fortement les achats de produits américains ; à ce stade, il faut lire ces montants comme un objectif politique plus que comme une réalité déjà vérifiable contrat par contrat.
Le levier de l’énergie : La clause qui change l’équilibre
Le cœur de l’accord n’est pas seulement commercial : il est énergétique. La condition la plus lourde attribuée à l’entente est l’arrêt des achats indiens de pétrole russe, avec l’idée de substituer une partie des volumes par des approvisionnements américains et, selon certaines sources, par d’autres origines. En pratique, les droits de douane deviennent un outil pour redessiner les routes du pétrole et frapper indirectement les revenus de Moscou.
Sur le plan géoéconomique, le message est clair : l’accès au marché occidental se lie à la « conduite » sur les grands dossiers stratégiques. Ce n’est pas un détail, c’est un précédent. Aujourd’hui c’est l’énergie russe ; demain, cela pourrait concerner des technologies sensibles, des systèmes de paiement, des chaînes d’approvisionnement.
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Évaluation stratégique : Défense et autonomie opérationnelle
L’accord prévoit une hausse des achats indiens aux États-Unis aussi dans la défense et l’aéronautique. Ce point pèse davantage que les droits de douane, car il touche une question historique : la dépendance indienne à des systèmes russes. Tout basculement de fournisseurs implique formation, maintenance, munitions, compatibilité entre forces, donc une réallocation lente mais profonde de la posture militaire.
À terme, Washington obtient un résultat cohérent avec sa stratégie en Asie : renforcer un grand partenaire régional, tout en réduisant sa marge d’ambiguïté vis-à-vis de Moscou. New Delhi, de son côté, gagne de l’oxygène commercial et accepte en même temps une contrainte susceptible de limiter sa liberté d’action traditionnelle.
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Lecture géopolitique : Une démonstration de méthode, pas un simple échange
Il ne s’agit pas d’une négociation classique sur tarifs et quotas : c’est une démonstration de méthode. Les États-Unis ont utilisé le bâton tarifaire pour obtenir des choix politiques sur le pétrole et sur les alignements, et ont présenté la baisse des droits comme une récompense immédiate. L’Inde a choisi de payer un prix diplomatique pour protéger l’accès à son principal marché d’exportation et éviter une spirale de représailles.
Reste une inconnue : la durée de l’équilibre. Si New Delhi perçoit l’accord comme un passage obligé mais provisoire, elle cherchera des compensations ailleurs : accords régionaux, corridors énergétiques alternatifs, relance industrielle interne. Si, au contraire, elle le considère comme un nouveau rail durable, alors 18 pour cent ne sera pas qu’un chiffre : ce sera le signe que l’Inde entre plus qu’avant dans la sphère économique et stratégique américaine.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines
1. Le texte opérationnel : quels biens baissent réellement à zéro en Inde et lesquels restent protégés
2. Les flux d’énergie : calendrier et volumes de la substitution du brut russe
3. Les commandes de défense : si elles deviennent des contrats effectifs ou restent des annonces
4. Les réactions de Moscou et de Pékin : car cette entente, telle qu’elle a été conçue, leur parle aussi
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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