DÉCRYPTAGE – Xi Jinping et l’Armée sous tutelle : L’affaire Zhang Youxia comme tournant du pouvoir

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La remise en cause du numéro deux militaire chinois signale une nouvelle phase de contrôle politique sur l’Armée populaire de libération, entre ambitions stratégiques, craintes internes et calculs sur Taïwan
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La chute d’un homme clé
La mise en cause de Zhang Youxia n’est ni un épisode marginal ni une simple enquête disciplinaire. Vice-président de la Commission militaire centrale et figure de tout premier plan de l’appareil armé, Zhang incarnait une combinaison rare : une véritable expérience opérationnelle, un poids politique et une relation ancienne avec Xi Jinping. Le viser, c’est rompre un équilibre informel qui, pendant des années, a garanti continuité et stabilité dans la chaîne de commandement de l’Armée populaire de libération.
En Chine, les accusations de « graves violations de la discipline » constituent un langage codé de lutte pour le pouvoir. La corruption sert souvent de prétexte, tandis que l’enjeu réel porte sur la loyauté politique, le contrôle des réseaux internes et la capacité d’aligner l’appareil militaire sur les objectifs stratégiques du sommet.
Au-delà de l’anticorruption : La logique de la centralisation
La mise à l’écart ou l’affaiblissement de Zhang s’inscrit dans une campagne plus vaste d’épuration, qui a touché aussi la Force des missiles et des segments de l’industrie de défense. Le message est sans ambiguïté : aucun centre de pouvoir autonome ne doit survivre au sein des forces armées.
Xi Jinping semble vouloir pousser le modèle de commandement vers une verticalisation extrême. L’Armée ne doit pas être seulement un instrument de l’État ou du Parti, mais une extension directe de son autorité politique. Cela renforce la discipline et réduit le risque de déviations internes, mais appauvrit en même temps le débat stratégique et limite les marges d’autonomie professionnelle des états-majors.
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Taïwan en toile de fond stratégique
La question de Taïwan constitue le véritable horizon de ce durcissement. Pékin a indiqué 2027 comme jalon symbolique pour atteindre une capacité militaire crédible en cas de crise dans le détroit. Les purges peuvent être lues comme une réponse à la perception de retards, d’inefficacités ou d’opacités dans la modernisation des forces armées.
Xi veut des commandants fiables non seulement sur le plan technique, mais surtout sur le plan politique. Dans un scénario de forte tension avec les États-Unis et leurs alliés régionaux, la priorité devient la certitude de l’obéissance, quitte à sacrifier compétences, continuité et mémoire institutionnelle.
Effets collatéraux : Peur, paralysie, ralentissements
Les épurations ont toutefois un coût. Le climat de suspicion ralentit les processus décisionnels, freine l’innovation et rend plus prudents — parfois trop — les responsables impliqués dans les programmes d’armement et les marchés militaires. La crainte de finir sous enquête produit de l’inertie, tandis que la réorganisation continue des chaînes de commandement risque d’affaiblir l’efficacité opérationnelle à court terme.
Sur le plan stratégique, la Chine gagne en cohésion politique, mais peut perdre en souplesse militaire. C’est le dilemme classique des systèmes hypercentralisés : plus de contrôle depuis le sommet, moins de résilience à la base.
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Le message interne et externe
En interne, le signal est sans équivoque : il n’existe plus d’« intouchables », pas même parmi les vétérans ou les proches historiques du dirigeant. La fidélité personnelle à Xi prime sur l’ancienneté, la réputation et la compétence.
À l’extérieur, Pékin projette l’image d’un pouvoir déterminé à discipliner ses forces armées et à se préparer à des scénarios de confrontation prolongée avec l’Occident. Mais cette hyperconcentration du commandement peut aussi alimenter les inquiétudes : moins de contrepoids internes signifie également un risque accru de décisions impulsives ou mal calibrées en cas de crise.
Une armée de plus en plus politique
L’affaire Zhang Youxia révèle une transformation plus profonde : l’Armée populaire de libération n’est plus seulement un instrument militaire, mais un pilier du pouvoir personnel de Xi Jinping. Le professionnalisme militaire est subordonné à la fidélité politique, et la stratégie nationale se confond de plus en plus avec la stabilité du dirigeant.
Dans une perspective géopolitique, cela renforce l’image d’une Chine prête à assumer des risques plus élevés pour consolider sa position mondiale. Mais cela ouvre aussi une phase où l’équilibre entre pouvoir politique et compétence militaire devient plus fragile, avec des implications potentiellement importantes pour Taïwan, pour la compétition avec les États-Unis et pour la sécurité de l’ensemble de l’Indo-Pacifique.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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