
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La visite de Volodymyr Zelensky à Paris intervient dans l’un des moments les plus délicats du conflit. La perte de terrain sur le front oriental, la vague de scandales qui a frappé son entourage le plus proche et les incertitudes autour des négociations avec les États-Unis composent un tableau qui ressemble de plus en plus à un parcours d’obstacles. Emmanuel Macron l’accueille chaleureusement, certes, mais le climat est celui d’une diplomatie qui avance difficilement, entre pressions, méfiances et un équilibre stratégique qui se transforme sous les pieds de tous.
La rencontre avec Macron et la conférence avec les dirigeants européens
Le président français réaffirme que seule l’Ukraine peut décider de son territoire. Une formule qui rassure Kiev, mais qui reflète aussi l’effort français de se poser comme médiateur européen, alors que les grandes capitales, de Berlin à Rome, oscillent entre lassitude stratégique et obligations atlantistes. L’appel collectif avec les dirigeants européens poursuit le même objectif : afficher une unité politique tout en sondant le terrain en vue de la phase cruciale des négociations.
Zelensky insiste sur la nécessité de garanties de sécurité solides et sur le rejet de tout accord qui pourrait être interprété comme une récompense offerte à la Russie. C’est la ligne qu’il maintient depuis longtemps, mais le contexte a changé. L’Ukraine n’a plus l’élan des premières années du conflit, tandis que la Russie continue à avancer lentement mais continuellement.
À lire aussi : ANALYSE – Witkoff prêt à “changer la donne” au Moyen-Orient : Trump parie sur une diplomatie de résultats
Le plan américain et le déplacement de Witkoff à Moscou
L’enjeu le plus sensible concerne le plan en 28 points présenté par Washington. Dans sa version initiale, il a été accueilli à Kiev comme un choc : abandon d’une partie du territoire, réduction de la taille de l’armée, renoncement à l’adhésion à l’OTAN, interdiction d’accueillir des troupes occidentales. Pour Zelensky, c’est une semi-capitulation masquée. Les États-Unis, par la voix de Marco Rubio et de l’envoyé spécial Steve Witkoff, parlent de progrès mais reconnaissent la difficulté du dialogue.
La mission de Witkoff à Moscou, accompagné de Jared Kushner, ajoute un élément d’inquiétude. Pour la première fois depuis plusieurs mois, Washington et Moscou reprennent un canal de discussion régulier, et l’Ukraine craint d’être la variable d’ajustement. La diplomatie américaine ne le dit pas explicitement, mais la lassitude stratégique des États-Unis, perceptible dans le débat politique interne, pèse lourdement.
À lire aussi : PORTRAIT – Steve Witkoff : De l’entrepreneuriat immobilier à l’influence politique
L’Ukraine face à la tempête intérieure
Comme si la situation militaire ne suffisait pas, Kiev est secouée par le plus grand scandale de corruption depuis le début de la guerre. La perquisition au domicile du chef de cabinet de Zelensky, sa démission, le limogeage de deux ministres : autant d’événements qui affaiblissent un gouvernement dont la crédibilité s’était fondée sur les réformes et la transparence.
Pour les partenaires européens, c’est un motif supplémentaire de douter de la capacité ukrainienne à poursuivre une guerre longue sans réviser sa stratégie. Pour Washington, un risque politique : l’opinion publique américaine est de plus en plus réticente à financer un pays perçu comme miné par d’anciennes pratiques.
À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Steve Witkoff à Moscou, une trêve ou une crise à désamorcer ?
Le front militaire : La Russie progresse, l’Ukraine frappe les infrastructures énergétiques
Sur le terrain, le conflit suit sa logique implacable. Les forces russes s’emparent de Klynove, avancent vers Pokrovsk, bombardent quotidiennement les villes ukrainiennes et ciblent les infrastructures énergétiques. L’Ukraine réplique en visant les terminaux pétroliers russes et les pétroliers en mer Noire, afin d’affaiblir l’économie du Kremlin et de ralentir son effort de guerre.
Mais la disparité des ressources demeure. Les lignes ukrainiennes sont sous pression permanente, et la rotation des troupes devient de plus en plus difficile. Chaque mois réduit la capacité de Kiev à mener des opérations d’ampleur, tandis que Moscou semble avoir accepté la logique d’une guerre longue.
Macron, l’Europe et la diplomatie du possible
Le président français joue sur deux tableaux : garantir à Kiev l’aide nécessaire pour ne pas céder et, en même temps, préparer le terrain d’un compromis qui n’humilierait pas l’Ukraine et ne récompenserait pas excessivement la Russie. Paris, plus que d’autres capitales européennes, sait qu’un accord imposé d’en haut risquerait de fracturer l’Union européenne et d’opposer une fois de plus l’Est et l’Ouest.
Pour Zelensky, l’objectif est tout autre : maintenir l’unité occidentale et empêcher que l’Ukraine ne soit perçue comme un fardeau. D’où son insistance sur la souveraineté, les garanties de sécurité, et la nécessité de ne rien laisser à Moscou qui puisse être considéré comme une victoire stratégique.
À lire aussi : DÉCRYPTAGE – La Chine réécrit les règles du nucléaire tout en mettant Washington en garde
Une guerre qui entre dans sa phase diplomatique
Tout indique que le conflit se dirige vers une phase où la diplomatie devient inévitable. Non pas parce que les positions se rapprochent, mais parce que l’effort militaire atteint un seuil critique. L’Ukraine doit préserver ce qu’il reste de ses positions. La Russie cherche à consolider ses gains. L’Europe redoute l’enlisement. Les États-Unis veulent libérer des marges de manœuvre pour concentrer leur attention sur la Chine.
Aucune des parties ne peut vraiment perdre, mais aucune n’a plus les moyens de gagner complètement. Et c’est dans cet espace rétréci que se meuvent Zelensky, Macron, Trump et Poutine, chacun avec son propre récit du futur. Un futur qui dépendra peut-être moins des déclarations publiques que des négociations discrètes menées loin des projecteurs.
#Ukraine #Zelensky #Paris #Washington #Diplomatie #GuerreUkraine #Europe #USA #Russie #Conflit #Paix #Sécurité #OTAN #Donbass #Crimée #Plan28Points #Witkoff #Kushner #Macron #UE #FrontUkrainien #Stratégie #Géopolitique #Décryptage #UkraineRussiaWar #SolidaritéUkraine #UkraineSovereignty #Moscou #WashingtonDiplomacy #PlanDePaix #RussieUkraine #Ukraine2025 #DiplomatieUrgente #Négociations #EuropeUnie #MenaceRusse #AllianceOccidentale #Russie2025 #UkraineNews #Crise #Geopolitics

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
Ouvrages en italien
Découvrez ses ouvrages en italien sur Amazon.
https://www.amazon.it/Libri-Giuseppe-Gagliano/s?rh=n%3A411663031%2Cp_27%3AGiuseppe+Gagliano
Ouvrages en français
https://www.va-editions.fr/giuseppe-gagliano-c102x4254171
Liens utiles
Biographie sur le site du Cestudec
http://www.cestudec.com/biografia.asp
Intelligence Geopolitica
https://intelligencegeopolitica.it/
Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis
