EXCLUSIF – « Chine, la revanche de l’empire » : Pékin à l’assaut du XXIe siècle – Le grand entretien avec Alain Bauer

EXCLUSIF – « Chine, la revanche de l’empire » : Pékin à l’assaut du XXIe siècle – Le grand entretien avec Alain Bauer

lediplomate.media — imprimé le 04/04/2026
Alain Bauer
Réalisation Le Lab Le Diplo

Professeur émérite de criminologie, fondateur du pôle sécurité défense renseignement du Conservatoire National des Arts et Métiers, conseiller de plusieurs gouvernements, Alain Bauer est l’auteur d’un récent essai stimulant sur Donald Trump, TRUMP — Le pouvoir des mots, pour lequel, il avait déjà accordé un entretien passionnant au Diplomate en février dernier. Auteur prolifique, Alain Bauer poursuit avec Chine, la revanche de l’empire(Fayard, 2026), une réflexion ambitieuse sur les recompositions de la puissance mondiale. Dans cet ouvrage, il analyse la montée en puissance méthodique de Pékin — militaire, technologique, industrielle — ainsi que les vulnérabilités d’un Occident confronté à un basculement historique.

En effet, à l’horizon 2049, centenaire de la prise de pouvoir de Mao, la Chine affiche clairement son ambition de devenir la première puissance mondiale. Parallèlement, le conflit actuel entre les États-Unis et l’Iran, la guerre en Ukraine et les recompositions au Moyen-Orient redessinent les équilibres globaux. Dans ce contexte, la rivalité sino-américaine s’intensifie, posant la question d’un affrontement structurel entre puissance dominante et puissance ascendante. C’est dans ce cadre qu’Alain Bauer revient pour un nouvel entretien sur Le Diplomate média, afin d’apporter son précieux éclairage sur ces recompositions majeures.

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Propos recueillis par Roland Lombardi

Le Diplomate : Dans votre nouvel ouvrage, vous montrez que la Chine ne se contente plus d’être « l’atelier du monde » mais s’impose comme une puissance globale. L’objectif affiché de suprématie à l’horizon 2049 est-il selon vous réaliste ou relève-t-il d’un horizon mobilisateur avant tout politique ?

Alain Bauer : Les deux sans doute. Il n’est pas nécessaire de choisir entre une détermination pratique et une orientation politique. La posture de revanche de l’Empire Chinois a besoin d’une direction symbolique et d’une application pratique.

Vous insistez sur la montée en puissance militaire, technologique et industrielle de Pékin. Quels sont aujourd’hui, selon vous, les véritables atouts structurels de la Chine dans sa compétition avec les États-Unis ?

La Chine s’est dotée, depuis Deng Xiaoping d’une capacité industrielle, puis technologique, enfin militaire. Sous-traitante, copiante, elle est devenue dominante en matière d’innovation sur tous les terrains, y compris les plus évolués.

La rivalité sino-américaine est souvent analysée à travers le prisme du « piège de Thucydide ». Considérez-vous que nous sommes déjà engagés dans cette dynamique entre une puissance établie et une puissance ascendante, ou existe-t-il encore des marges pour éviter une confrontation directe, qu’annonçait déjà Huntington dans son Choc des civilisations en 1996 ?

Graham Allison a inventé ce concept en se basant sur la relation complexe entre Athènes et Sparte et construit sa pensée sur l’analyse de la peur (paranoïa parfois) créée par l’émergence d’une nouvelle puissance par la précédente. Dans le cas de la Chine, il s’agit d’une quasi renaissance, d’une revanche, voire d’une vengeance contre les « 55 jours de Beijing » et l’humiliation du sac du Palais d’Été. C’est assez différent de la relation entre deux rivales sur le même « moment » stratégique. Sur le fond, il y aura soit confrontation (sur le dossier de Taïwan notamment) soir répartition hémisphérique du Monde.

La Chine avance souvent par stratégie indirecte et prudente. Comment analysez-vous son positionnement face à une guerre ouverte entre les États-Unis et l’Iran : opportunisme stratégique, neutralité calculée ou soutien implicite à Téhéran ?

Elle est de moins en moins prudente et de plus en plus présente, y compris à proximité des opérations dans le golfe persique. Elle se prépare à garantir ses accès aux ressources et à trouver sa part dans la gestion des deux canaux (Panama perdu face aux États Unis et Suez qu’elle souhaite laisser ouvert) et huit détroits qui permettent le contrôle du commerce mondial. Elle a besoin de préserver son commerce et ses exportations donc de garantir la libre circulation et ne pousse pour l’instant son avantage qu’en réponse à des politiques tarifaires plus agressives. Mais elle veut Taïwan. Et tentera rapidement de récupérer ce qu’elle considère comme une part historique non négociable de son territoire.

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Justement, la confrontation actuelle entre Washington et Téhéran peut-elle, selon vous, servir objectivement les intérêts chinois en affaiblissant l’influence américaine au Moyen-Orient et en sécurisant ses propres approvisionnements énergétiques ?

Comme toujours, une guerre est affaire de planification, programmation et improvisations. On ne pourra analyser le résultat final qu’après la cessation des hostilités. A ce jour, la Chine a tout à gagner de sa posture. Mais après Panama et le Venezuela, elle ne peut se permettre de perdre le pétrole iranien.


Le retour de Donald Trump et sa politique plus offensive vis-à-vis de l’Iran et de la Chine traduisent-ils une stratégie cohérente de réaffirmation de puissance américaine ou au contraire une fuite en avant qui pourrait accélérer le basculement vers un monde multipolaire ?

Il y a plusieurs Donald Trump. Un qui stupéfie par ses provocations, ses digressions ou ses divagations et un autre dont la logique business donne souvent des résultats effectifs et surprenants. On verra.


La guerre en Ukraine a révélé des lignes de fracture profondes entre Occident et « reste du monde ». Comment Pékin exploite-t-il ce conflit dans sa stratégie globale, notamment vis-à-vis de Moscou et des pays du Sud global, qui est pourtant loin d’être un bloc uni et homogène ?

La Chine, grâce à l’OCS a réussi à créer une autre mondialisation, ouverte à ses adversaires stratégiques, concurrente du mouvement des non-alignés, et s’engouffrant dans les failles de la politique américaine. Mais il n’y a pas de Sud Global. Pas encore.

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