
Avec Le Racisme antiblanc, l’enquête interdite (La Nouvelle Librairie, 2025), François Bousquet s’aventure sur un terrain que le débat public refuse obstinément d’arpenter. Son ouvrage, première investigation systématique consacrée à ce phénomène, met au jour une réalité longtemps occultée : l’existence d’un discours de haine et de pratiques hostiles visant les populations blanches, reléguées au rang de « non-sujets » par une grille idéologique dominante peu disposée à reconnaître leurs expériences. En donnant la parole aux témoins que l’on préfère taire, Bousquet fissure un tabou fondateur de la doxa contemporaine.
Directeur de la rédaction d’Éléments, essayiste et auteur de Courage ! Manuel de guérilla culturelle, il livre ici une enquête dérangeante, nourrie de témoignages bruts et d’un patient travail de collecte, que prolonge une vidéo devenue virale. Ce « récit interdit », qui rencontre un écho notable auprès du public, éclaire un angle mort du débat français et interroge en profondeur les mutations anthropologiques à l’œuvre dans le pays.
Dans ce Grand Entretien réalisé par Claude Chollet pour Le Diplomate, François Bousquet revient sur les fondements de son travail, sa réception, et les perspectives ouvertes par ce premier volume.
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Présentation vidéo de l’enquête : https://www.youtube.com/watch?v=s6GN3EqXfG4
Propos recueillis par Claude Chollet pour Le Diplomate
Le Diplomate : Vous avez publié en 2025 votre ouvrage Le Racisme antiblanc, L’enquête interdite aux éditions de la Nouvelle Librairie, rappelez-nous les bases de cette enquête ?
François Bousquet : Pourquoi s’intéresser à ce sujet ? Justement parce qu’il n’intéresse personne, en tout cas pas ceux dont la profession devrait les pousser à s’y intéresser : journalistes, sociologues, responsables politiques. Ils ont relégué le racisme antiblanc dans les limbes des « non-sujets », aux confins de l’impensé contemporain. Tous les racismes font aujourd’hui l’objet d’un examen maniaque, quasi hystérique, ils sont analysés au microscope, ils ont leur défenseur des droits, leurs avocats médiatiques et leurs martyrs (George Floyd). Tous, sauf un. Ce refoulement massif ne doit rien au hasard. Il est l’effet direct d’une théologie politico-morale – le « racisme systémique » – qui sanctuarise certains groupes et les déclare inaptes par essence à toute forme de racisme. Leur supposée condition de dominés les placerait dans un état de pureté irréprochable. Ils peuvent proférer des insultes raciales, manifester du mépris, de l’hostilité ou des violences à l’égard des Blancs ; dogmatiquement, philosophiquement, sociologiquement, ce qu’ils font ne peut jamais être qualifié de racisme. Cette dissymétrie est au fondement du tabou autour du racisme antiblanc. Elle interdit d’avance toute enquête, en rendant littéralement impensable sa réalité.
Or, ce que j’ai recueilli au fil de mon enquête, ce ne sont pas des cas marginaux, mais des cas généraux ; pas l’exception, mais la règle silencieuse. En se plongeant dans ce que l’on pourrait appeler le paratexte du Web – les commentaires, les forums, les discussions spontanées… –, on se rend vite compte que le racisme antiblanc est une expérience largement partagée, banalisée, presque normalisée, singulièrement dans les univers adolescents. Mais cette expérience ne remonte presque jamais à la surface médiatique parce que ceux qui la vivent ont fini par l’intérioriser comme une donnée de l’époque. Ils savent que se dire victime de racisme antiblanc, c’est s’exposer immédiatement à la pire des accusations : celle de racisme tout court. C’est le péché contre l’esprit du temps, l’équivalent du blasphème dans les âges antérieurs. Cela fait de vous un hérétique voué à la mort sociale. C’est comme si nous vivions sous le régime d’une morale calviniste sécularisée, où certains groupes – les « racisés » – sont les élus définitivement absous du Système, alors que d’autres – les Blancs – sont définitivement condamnés. Cette élection et cette damnation sont inconditionnelles. C’est ce qui rend la reconnaissance du racisme antiblanc aussi difficile.
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Comment votre ouvrage a-t-il été reçu par les médias et les politiques ?
La réception du livre a été contrastée, mais révélatrice. À droite, l’accueil a été excellent, tant l’enquête venait combler un vide. À la « réinfosphère », vitale pour nous, qui a très largement relayé l’ouvrage, est venue s’ajouter depuis quelques années la « bollosphère » qui a changé les ordres de grandeur, décuplant, centuplant notre pouvoir de rayonnement. Mais que pèse le groupe Bolloré, fût-ce un empire, face au bloc Niel-Pigasse-Saadé et consorts ? Pas grand-chose, à dire vrai. L’asymétrie demeure sidérante. On a beau brandir CNews comme un héraut de la pluralité, la chaîne ne représente qu’un îlot dans un archipel massivement tenu par les forces adverses. C’est comme une ligne de front, au sens militaire du terme : passé Le Figaro – où le livre a trouvé sa place –, on entre en territoire ennemi.
Rien sur le service public, où la gauche culturelle a une rente de situation et un magistère moral inflexible. La première des fake news, aujourd’hui, ce n’est pas la désinformation : c’est l’absence d’information, no news ou la conspiration du silence et de l’invisibilisation, drapée dans les oripeaux de la liberté d’informer et de la déontologie journalistique, ces farces réchauffées qu’on nous ressert depuis un demi-siècle.
La gauche vit dans un état de dissonance cognitive chronique. Tout se tient dans son esprit comme dans un jeu de mikados : bougez une pièce et tout s’effondre. Donc on ne bouge rien. Reconnaître le racisme antiblanc, c’est reconnaître que l’immigration peut produire autre chose qu’un enrichissement mutuel permanent. C’est admettre qu’il existe des tensions, des frictions, des antagonismes. Inenvisageable.
Côté politique, Reconquête ! et Marion Maréchal ont fait le service maximum. Pour le reste, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.
Ce que nous avons encore du mal à mesurer collectivement, c’est l’ampleur de l’inversion anthropologique que nous vivons. Dans des pans entiers de notre propre pays, nous sommes devenus des indésirables, parfois même des pestiférés. Quand Mitterrand déclarait jadis que « les immigrés sont chez nous chez eux », il disait, sans le savoir, l’exact envers de la phrase qui manque : s’ils sont chez nous comme chez eux, c’est que nous n’y sommes plus vraiment. Voilà l’état du paysage. Voilà ce qu’il reste à nommer, à penser, à corriger. Le travail ne fait que commencer.
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Vous avez réalisé une vidéo choc sur le racisme antiblanc ?
Un bon croquis vaut toujours mieux qu’un long discours. À l’heure où l’image règne sans partage, il faut emprunter les outils du temps pour montrer ce que les mots seuls peinent parfois à imposer. La vidéo offre une puissance de diffusion que n’a aucun médium traditionnel. Elle circule, se partage, se commente, se réapproprie. Elle pénètre des milieux où l’écrit papier n’entre jamais, elle permet d’atteindre un jeune public, façonné par TikTok, Instagram et YouTube, que le livre ne touche plus ou trop tard. C’est pour lui, pour ces jeunes, que nous avons fait ce travail : pour leur donner à voir – et à entendre – la matérialité des humiliations, la crudité des insultes, la froideur des faits. La vidéo offre une bande-son au racisme antiblanc. On cesse de parler à la place des témoins : ce sont leurs voix, souvent glaçantes, qui parlent pour eux. On entend les mots, on perçoit les intonations, on reçoit les coups. C’est une expérience presque phénoménologique du racisme antiblanc.
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L’ouvrage est-il un succès commercial ?
Oui. Nous avons franchi le cap des 10 000 exemplaires vendus, ce qui, à l’échelle des éditions de la Nouvelle Librairie, est considérable. Dans notre écosystème éditorial – dissident et artisanal –, atteindre de tels chiffres relève presque de la performance sportive. Cela signifie que le livre a dépassé les cercles militants, bien aidé par le bouche-à -oreille, qui a été déterminant. Je crois que ce succès tient aussi au fait que l’ouvrage arrive sur un terrain que personne n’avait jusque-là exploré. Quand un angle mort dure trop longtemps, le premier qui l’éclaire fait forcément événement. Il y avait une attente. Les lecteurs n’avaient pas besoin qu’on leur apprenne ce qu’ils vivaient déjà , ils avaient besoin qu’on leur montre qu’ils n’étaient pas fous. Dans ces conditions, les ventes ne mesurent pas seulement l’attrait d’un ouvrage ; elles disent quelque chose du pays lui-même. Si 10 000 lecteurs s’emparent d’un sujet, ce n’est pas seulement parce qu’ils veulent comprendre : c’est parce qu’ils veulent être compris.
Quels sont vos nouveaux projets pour la suite ?
J’achève actuellement l’écriture du tome 2, qui s’est imposé presque de lui-même. Le premier volume n’a pas clos le dossier : il l’a ouvert. Grâce à lui, la base des témoins s’est élargie de façon spectaculaire, la nature des témoignages aussi. Ils sont plus nombreux, plus divers, plus terribles, plus massifs. On touche là à un phénomène sociologiquement passionnant : l’effet de dévoilement. Dès lors qu’un tabou se fissure, les récits affluent, non pas parce que les faits seraient nouveaux, mais parce qu’ils cessent enfin d’être tus.
L’un des problèmes majeurs du racisme antiblanc, c’est qu’il ne peut être mesuré qu’à travers des extrapolations grossières. Nous n’avons pas les chiffres, rien que des ombres. Dans tous les domaines liés à la violence, il existe un taux incompressible de sous-déclaration. Mais ici nous ne sommes même plus dans la sous-déclaration : nous sommes dans la non-déclaration pure et simple. Une sorte de trou noir statistique. L’écrasante majorité de mes témoins – je dirais 95 %, peut-être davantage – n’a jamais porté plainte. Le sentiment de culpabilité inversée – « Si je parle, c’est moi qu’on accusera » – est l’un des moteurs essentiels de ce silence. C’est précisément pourquoi il faut creuser, creuser encore, aller au bout de ce non-dit collectif. C’est dans cet esprit que je conçois ce deuxième tome : comme un immense cahier de doléances, des archives du réel, si l’on veut, mais pas des archives froides, administratives : des archives humaines jusque-là condamnées à la clandestinité. C’est un travail de longue haleine, presque ethnographique.
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