REPORTAGE – Arabie saoudite, le tourisme en toute liberté (ou presque)  

La ville sainte de Médine ouverte aux non-musulmans – PHOTO Ian Hamel
La ville sainte de Médine ouverte aux non-musulmans – PHOTO Ian Hamel

Par Ian Hamel, de retour d’Arabie saoudite

A l’aéroport de Riyad, le douanier ne jette qu’un vague coup d’œil sur le visa des passagers étrangers. Les visiteurs non-musulmans peuvent dorénavant se promener dans Médine, la deuxième ville sainte de l’islam après La Mecque. Et si la consommation d’alcool est toujours interdite dans le royaume, le minibar de certains hôtels abrite déjà des petites bouteilles de vin. Depuis une décennie, sous la férule de Mohammed ben Salman, le prince héritier saoudien, l’Arabie saoudite se modernise à marche forcée. Mais une partie de la population peine à suivre le rythme.   

Mohamed ben Salmane (MBS) a choisi la région désertique d’Al-Ula, au nord du royaume, riche d’une oasis habitée depuis 7 000 ans, et autrefois carrefour sur la route du commerce de l’encens, comme symbole de la transformation du royaume. Jusqu’en 2013, la nécropole d’Hegra, antéislamique, était interdite d’accès. Le wahhabisme, la forme officielle de l’islam en Arabie saoudite, honnissant le culte des antiquités, l’assimilait à de l’idolâtrie. Au 1er siècle avant notre ère, le peuple nabatéen, venant de Petra (aujourd’hui en Jordanie) a construit à Al-Hijr, 94 tombeaux monumentaux, classés au patrimoine mondial de l’Unesco. 

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Tombeau monumental édifié par les Nabatéens dans le nord du royaume – PHOTO Ian Hamel
Tombeau monumental édifié par les Nabatéens dans le nord du royaume – PHOTO Ian Hamel

Pour accéder aux sites, il faut grimper dans des bus, à des heures bien précises. Arrivé sur place, il n’est pas question de s’éloigner des guides, en grande majorité des femmes, portant une abaya malgré la chaleur, cultivées et s’exprimant dans un très bon anglais. La sécurité (une dizaine d’employés pour une quarantaine de touristes) rappelle à l’ordre poliment, mais fermement, tout visiteur un peu trop indépendant, qui aurait fait quelques pas dans le désert. A la fin de la première visite, le premier bus vous conduit à un autre bus, qu’il faudra emprunter pour rejoindre le prochain site. La manÅ“uvre va ainsi se reproduite à cinq reprises. S’agit-il de fournir une occupation à des chauffeurs désÅ“uvrés ? Les visites se terminent finalement à 11 heures 55 devant une accueillante boutique de souvenirs. Mais celle-ci ferme ses portes malgré la foule, cinq minutes plus tard, à 12 heures, pour ne les rouvrir qu’à… 16 heures. 

100 millions de visiteurs en 2030 ?             

Quant à l’étranger qui se serait aventuré à Al-Ula sans Saudi Riyals, la monnaie locale, il aura toutes les peines du monde pour dénicher un bureau de change ouvert ou un distributeurs de billets qui ne soit pas en panne. Difficile d’acheter une bouteille d’eau ou quelques bananes avec un carte de crédit. La première impression donne à penser que Riyad, la capitale (8 millions d’habitants) ou Djeddah, la porte de la Mecque, sur la mer Rouge (4 millions d’âmes) ne sont pas encore prêtes à supplanter Dubaï. L’année dernière, l’Arabie saoudite a pourtant accueilli 30 millions de visiteurs étrangers, soit deux fois plus qu’en 2015, lors de l’accession au pouvoir du roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, et de son fils Mohamed ben Salmane (MBS). Le royaume annonce 100 millions de touristes étrangers en 2030 ! Le plan de développement « Saudi Vision 2030 Â», cité partout, proclame que le tourisme doit devenir un pilier économique majeur pour le pays. 

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Le marché de poissons de Djeddah, le grand port de la mer Rouge – PHOTO Ian Hamel
Le marché de poissons de Djeddah, le grand port de la mer Rouge – PHOTO Ian Hamel

Certes, le tourisme religieux (Hajj et Umrah) continue de représenter une part très importante de visiteurs, avec une forte proportion de pèlerins en provenance d’Asie et du Moyen-Orient. Quant à la France, elle est le deuxième pays européen occidental en nombres d’estivants dans le royaume (167 000 en 2023), loin derrière le Royaume-Uni (370 000). Sur les sites les plus prestigieux, des guides s’expriment également en allemand, en espagnol, en italien pour de petits groupes de quatre à cinq personnes. 

Médine ouvert aux non-musulmans

En fait, les changements survenus dans le pays depuis une décennie sont si spectaculaires que pratiquement tous les étrangers croisés durant notre périple d’une dizaine de jours en Arabie saoudite, acceptent d’assez bonnes grâces d’essuyer les plâtres. Les raisons ? La population est accueillante. Les Saoudiens – et surtout les Saoudiennes – cherchent le contact. Quelques-unes retirent même leurs voiles, sans être menacées de coups de bâtons par les “moutawas“. Les policiers religieux pour la promotion de la vertu et la prévention du vice sont devenus pratiquement invisibles. L’objectif principal de notre déplacement dans cet immense royaume longtemps moyenâgeux était de confirmer qu’il était possible de se débrouiller seul. La réponse est positive. 

Qui aurait pu imaginer, il y a encore peu, que Médine, deuxième ville sainte de l’islam après La Mecque, une cité de plus d’un million d’habitants, puisse être accessible aux non-musulmans, à l’exception d’une zone bien délimitée autour de la mosquée du prophète Mahomet ? Il est possible de prendre des photos, de filmer, après avoir demandé l’autorisation. Une occidentale, qui ne portait pas une tenue “islamiquement correcte“ à Médine, n’a été interpelée que très discrètement. « Ce serait peut-être mieux que vous vous changiez Â», lui a soufflé un agent de la sécurité, lui indiquant une boutique vendant des abayas. 

De l’alcool, en toute discrétion

En clair, les visiteurs étrangers se sentent en sécurité partout dans le pays. Il y a très peu de vols, d’agressions. Même si la peine de la main coupée pour les pickpockets, prévue par la charia, est devenue extrêmement rare. Les avions, les trains sont à l’heure, vos contacts locaux ne vous font pas attendre. On pourrait presque déjeuner par terre dans le métro de Riyad. Les hôtels sont en général très corrects, quant aux restaurants, ils restent acceptables, même s’ils ne relèvent pas de la haute gastronomie. Les piscines proposent aux femmes les mêmes horaires qu’aux hommes. Le mot « bière Â» n’est plus banni, même si cette bière est servie sans alcool. Sur les pas des Émirats, du Qatar et de Bahreïn, l’Arabie saoudite élargit discrètement l’accès à l’alcool, même si sa consommation est toujours interdite, en raison de son caractère illicite dans l’islam. 

Le Figaro a révélé le 26 novembre dernier qu’il existait dans le quartier diplomatique de Riyad, à l’ouest du centre-ville, un unique magasin de boissons alcoolisées du pays. Ouvert jusqu’à présent aux diplomates non-musulmans, il accueille dorénavant depuis novembre 2025 certains étrangers détenteurs d’un permis de séjour spécial (*). De notre côté, nous avons eu la surprise de découvrir dans le minibar de notre hôtel à Djeddah une petite bouteille de Cabernet Sauvignon (“red sweet“) et une autre de Traminer (“white sweet“).  

Une régime très autoritaire

Ce périple, commencé à Riyad, s’est poursuivi dans le nord, à Haïl, à Jubbah, à Al-Ula, puis à Médine, à Djeddah, pour se terminer dans la province d’Asir, au sud-ouest de l’Arabie saoudite, à proximité du Yémen. Pour découvrir notamment le village de Rijal Almaa, avec ses maisons en pierre, parfois hautes de 7 étages, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Alors que le risque terroriste reste présent en Arabie saoudite (il y aurait eu des attentats de l’État islamique en octobre à Djeddah et Médine, faisant quatre morts parmi les agents de sécurité), la sécurité reste particulièrement discrète. Dans l’Asir, notre véhicule n’a pas été arrêté une seule fois par les forces de l’ordre. 

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Famille traditionnelle saoudienne. La femme ne marche plus derrière son mari… – PHOTO Ian Hamel
Famille traditionnelle saoudienne. La femme ne marche plus derrière son mari… – PHOTO Ian Hamel

Certes, l’Arabie saoudite reste l’un des régimes les plus autoritaires du monde. Sous les portraits du prince Mohamed ben Salmane, au regard plutôt bienveillant, du roi, son père, Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, 90 ans, et de son grand-père, Abdelaziz ibn Saoud, fondateur de l’actuelle Arabie saoudite en 1932, la moindre critique du pouvoir reste inconcevable. Alors que The Line, le projet de ville futuriste au milieu du désert (un immeuble long de 170 kilomètres et haut de plus de 500 mètres) a fait définitivement naufrage, un officiel a continué à nous le vanter, redoutant d’avoir à reconnaître que tout n’était pas parfait dans le royaume. 

Une question majeure mérite d’être posée : tout peut-il continuer à être imposé autoritairement par le haut, comme en Turquie autrefois, à l’époque de Mustafa Kemal Atatürk (1923-1938), sans que la population n’ait à aucun moment son mot à dire ? Le prince héritier jouit apparemment d’une popularité réelle chez les femmes et les jeunes. Mais comment demander à un cadre local, qui ne parle pas forcément anglais, de concevoir un marché “traditionnel“ à Haïl, situé au nord de la région du Nejd, susceptible de satisfaire des touristes occidentaux ? Résultat : en guise de marché “traditionnel“, il a été créé une enfilade de boutiques sans charmes, toutes identiques, tenues par des fonctionnaires assoupis, et ne proposant pratiquement que les mêmes produits chinois…

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(*) « Le magasin était bondé : en Arabie saoudite, la réglementation sur l’alcool s’assouplit soudainement Â», Le Figaro, 26 novembre 2025.   


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