ANALYSE – Le rôle de la Somalie dans la stratégie africaine d’Ankara

Erdogan et en fond une carte de la Somalie
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie). 

La Somalie occupe une place clé dans la stratégie africaine de la Turquie. Située dans la Corne de l’Afrique, le long de routes commerciales vitales et riche en ressources maritimes, elle attire depuis des années l’intérêt d’Ankara. 

Le lien moderne entre la Turquie et la Somalie est né d’un moment symbolique : en 2011, Recep Tayyip Erdoğan, alors Premier ministre turc, s’est rendu à Mogadiscio en pleine famine dévastatrice. Il fut le premier dirigeant non africain à fouler le sol somalien après des décennies de conflits, apportant avec lui des aides humanitaires et une attention internationale. Cette visite, présentée à l’époque comme un geste humanitaire désintéressé, a jeté les bases d’un partenariat qui, avec le temps, est devenu de plus en plus stratégique et pragmatique.

Depuis l’« Année de l’Afrique » proclamée par la Turquie en 2005 jusqu’à aujourd’hui, Ankara a cultivé des relations avec de nombreux pays africains, mais la Somalie se distingue comme un cas exemplaire. En un peu plus d’une décennie, la Turquie est passée du statut d’ami “secourable” à celui d’acteur dominant en Somalie. Aujourd’hui, Mogadiscio est le cœur de la présence turque en Afrique de l’Est : un laboratoire où se mêlent coopération et intérêts nationaux turcs. Retrapons le fil de cette histoire pour comprendre comment Ankara, avec habileté et détermination, a tissé un réseau d’aides, d’investissements, de force militaire et de diplomatie pour étendre son influence en Somalie et sur le continent africain.

L’Infiltration Économique : De la Coopération à l’Exploitation

Juste après la visite de 2011, la Turquie s’est présentée comme un partenaire généreux pour la reconstruction somalienne. Par l’intermédiaire de son agence de coopération TIKA et de diverses organisations humanitaires, Ankara a financé des projets essentiels : elle a contribué à la rénovation de l’aéroport international Aden Adde de Mogadiscio, à la modernisation du port de la capitale et même à la construction d’infrastructures sanitaires majeures, comme un grand hôpital portant le nom de Recep Tayyip Erdoğan. En quelques années, grâce à des centaines de millions de dollars en aides et investissements, la Turquie a gagné la sympathie de la population locale et du gouvernement somalien, se posant en alliée désintéressée soucieuse du bien-être du pays.

Derrière cette façade de coopération, cependant, Ankara a progressivement assuré un contrôle direct sur des segments stratégiques de l’économie somalienne. Des entreprises turques proches du gouvernement Erdoğan ont obtenu des concessions à long terme sans appel d’offres pour gérer des infrastructures clés. Le groupe Albayrak, par exemple, s’est vu confier la gestion du port de Mogadiscio pour des années, tandis que la société Favori LLC (également turque) a pris les rênes de l’aéroport international. Ces concessions, initialement justifiées par le manque de capacités locales et la volonté turque d’aider, ont toutefois garanti à Istanbul une position privilégiée sur les principales portes d’entrée de la Somalie vers le monde. Outre les profits générés par les activités portuaires et aéroportuaires, la présence turque dans ces nœuds stratégiques offre un levier politico-économique : celui qui contrôle les ports et les aéroports somaliens exerce une influence considérable sur le gouvernement de Mogadiscio. Il n’est pas surprenant que des rapports internationaux aient par le passé soulevé des doutes sur des pratiques opaques liées à cette gestion – allant des pots-de-vin versés à des responsables locaux au blanchiment d’argent –, signe que l’« aide » turque a aussi un visage prédateur.

Parallèlement, la Turquie a investi dans l’éducation comme un outil de pénétration culturelle et économique à long terme. Ces dernières années, de nombreux jeunes Somaliens ont reçu des bourses pour étudier dans des universités turques. Ankara a financé des écoles et des programmes éducatifs en Somalie, et après 2016 (suite à la rupture d’Erdoğan avec le mouvement Gülen), elle a consolidé sa présence éducative en reprenant des établissements scolaires locaux. Cela signifie qu’une nouvelle élite somalienne grandit avec une formation, une langue et des contacts turcs. À terme, les médecins, ingénieurs, fonctionnaires et entrepreneurs somaliens formés à Istanbul ou Ankara deviendront des alliés naturels et des partenaires économiques de la Turquie. Cet investissement est stratégique : ce qui semblait être une coopération éducative désintéressée se révèle être un moyen de façonner la future classe dirigeante somalienne en phase avec les intérêts d’Ankara.

La Présence Militaire : Entre Formation et Lutte Antiterroriste

Sur le plan militaire, la Turquie est passée d’un simple soutien à un rôle incontournable dans la sécurité somalienne. Le symbole le plus tangible est le Camp TURKSOM, une vaste base militaire inaugurée à Mogadiscio en septembre 2017. Construite pour environ 50 millions de dollars sur une superficie de 400 hectares, non loin du port et de l’aéroport, c’est la plus grande installation militaire turque à l’étranger. Dans cette académie militaire ultramoderne, des instructeurs turcs forment sans relâche les troupes somaliennes : on estime qu’un soldat somalien sur trois a aujourd’hui été formé par les forces armées turques. Chaque année, des centaines de recrues et d’officiers, y compris des unités spéciales comme les commandos « Gorgor » de l’armée et les unités de police spéciale « Haramcad », passent par ce camp. Ce n’est pas seulement une formation technique : lors des cérémonies de serment de certains contingents somaliens, on entend l’hymne national turc et des discours en turc, signe de l’influence culturelle autant que militaire d’Ankara sur les nouvelles forces armées somaliennes.

L’objectif affiché de cette présence massive est d’aider la Somalie à combattre le terrorisme jihadiste, en particulier la menace d’Al-Shabaab, le groupe islamiste affilié à Al-Qaïda actif depuis 2006. Dans cette optique, la coopération militaire turco-somalienne va au-delà de la formation d’infanterie : la Turquie a commencé à fournir au gouvernement de Mogadiscio des équipements militaires avancés, notamment les célèbres drones armés Bayraktar TB2. Ces appareils sans pilote, produits par l’industrie turque et déjà décisifs dans d’autres conflits (de la Libye à l’Azerbaïdjan), sont désormais utilisés dans la guerre contre Al-Shabaab. Depuis 2022, les TB2 survolent les cieux somaliens pour des missions de reconnaissance et des frappes ciblées contre les militants jihadistes, modifiant les équilibres sur le terrain. Pour la fragile Somalie, dépourvue d’une aviation efficace, disposer de drones turcs permet de frapper les repaires terroristes rapidement et précisément, réduisant sa dépendance aux raids des partenaires occidentaux. Pour Ankara, cela renforce encore son rôle : non seulement elle forme les soldats qui combattent Al-Shabaab, mais elle fournit aussi les armes de pointe pour le faire, devenant ainsi indispensable dans la lutte antiterroriste dans la Corne de l’Afrique. Cette stratégie offre également un avantage annexe : la Somalie devient une vitrine pour l’industrie militaire turque et un terrain d’essai pour ses équipements, consolidant la réputation (et le marché) des produits militaires turcs à l’échelle mondiale. Pendant ce temps, la présence militaire turque en Somalie sert d’avant-poste stratégique dans une région clé, projetant la puissance d’Ankara bien au-delà de ses frontières.

L’Objectif Énergétique : Le Contrôle des Ressources Somaliennes

Si l’engagement turc en Somalie pouvait initialement sembler motivé par l’altruisme et des calculs géopolitiques, un intérêt plus concret a émergé avec le temps : les ressources énergétiques somaliennes. Le sous-sol et surtout les fonds marins au large de la Somalie renferment des richesses potentielles en pétrole et gaz naturel, restées inexploitées pendant des décennies en raison des guerres et de l’instabilité. Ankara n’a jamais perdu de vue cette perspective et a travaillé pour se positionner comme partenaire privilégié de Mogadiscio dans ce secteur.

Dès 2016, Erdoğan a obtenu du gouvernement somalien un mémorandum d’entente pour la coopération énergétique et minière. Cet accord, initialement resté lettre morte en raison des bouleversements politiques (le coup d’État manqué en Turquie en juillet 2016 a gelé de nombreux projets), a repris de l’élan ces dernières années. En janvier 2020, la Turquie a ratifié cet accord au moment où la Somalie adoptait une nouvelle loi sur le pétrole et créait la Somali Petroleum Authority (SPA), l’entité nationale chargée de gérer les contrats d’exploration. Cela a ouvert la voie à une collaboration directe : la compagnie pétrolière d’État turque TPAO a été officiellement invitée à mener des recherches d’hydrocarbures dans les eaux somaliennes. En pratique, Ankara s’est assuré le droit d’explorer et, à l’avenir, d’exploiter les gisements offshores somaliens en partenariat avec les autorités locales.

Les enjeux sont colossaux. Des études géologiques et des relevés sismiques récents suggèrent que les bassins offshores somaliens pourraient contenir des réserves considérables – on parle d’environ 30 milliards de barils équivalents pétrole, un trésor énergétique qui attirerait n’importe quelle puissance. Les premières zones d’exploration identifiées couvrent au moins 15 blocs le long de la côte de l’océan Indien et du golfe d’Aden. Cependant, ces initiatives ne sont pas sans implications géopolitiques : certaines des zones marines somaliennes prometteuses chevauchent des secteurs disputés par des pays voisins. Le cas le plus emblématique est celui de la zone maritime au sud, objet d’un différend entre la Somalie et le Kenya (un litige porté devant la Cour internationale de justice). L’entrée de la Turquie dans la course pétrolière somalienne a donc suscité l’attention – et l’inquiétude – d’autres acteurs régionaux, qui craignent qu’Ankara ne gagne un avantage stratégique dans le domaine énergétique dans la Corne de l’Afrique.

Consciente de l’importance de sécuriser les futures activités d’extraction, la Turquie soutient également la Somalie dans le renforcement de sa dimension maritime. Ces dernières années, Ankara a lancé des programmes pour aider Mogadiscio à reconstituer une marine militaire efficace, quasi inexistante depuis l’effondrement de l’État dans les années 1990. Des conseillers turcs forment le personnel de la garde côtière somalienne, et il n’est pas exclu que la Turquie fournisse à l’avenir des vedettes rapides ou des équipements navals. D’un autre côté, protéger les côtes somaliennes n’est pas seulement une affaire nationale : cela protège directement les investissements turcs contre des menaces comme la piraterie (toujours présente dans la région) ou d’éventuels sabotages liés aux conflits régionaux. C’est une extension naturelle du plan d’Ankara : après avoir pris racine sur terre avec des bases et des entreprises, elle assure également le contrôle des mers autour de la Somalie. Après tout, la marine turque patrouille déjà régulièrement dans ces eaux dans le cadre de missions internationales antipiraterie ; avoir un allié somalien bien équipé facilite la maîtrise de toute cette zone maritime. En somme, le « grand jeu » énergétique somalien offre à la Turquie un double avantage : des perspectives de profit et d’approvisionnement dans le secteur pétrolier d’une part, et une raison supplémentaire de consolider sa présence militaro-stratégique le long de l’une des voies maritimes les plus cruciales du globe.

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La Diplomatie Turque : De Médiatrice à Metteuse en Scène de la Politique Africaine

L’action de la Turquie en Somalie ne se limite pas à l’économie et à l’armée : Ankara a également su jouer la carte diplomatique, utilisant la Somalie comme tremplin pour se poser en médiatrice et même en « metteuse en scène » de dynamiques politiques africaines plus larges. La stratégie turque en Afrique consiste à se présenter non pas comme une puissance hostile ou néocoloniale, mais comme un acteur prêt à résoudre des problèmes, faciliter des dialogues et promouvoir des ententes mutuellement avantageuses – une sorte de politique du « gagnant-gagnant » qui maximise l’influence turque tout en minimisant les ennemis déclarés.

Dans la Corne de l’Afrique, la Turquie a joué un rôle de tisseuse diplomatique dans les dossiers les plus épineux. Un exemple frappant est son implication dans la complexe relation entre le gouvernement central somalien et les régions autonomes ou sécessionnistes comme le Somaliland. Cette dernière, ancienne colonie britannique autoproclamée indépendante de la Somalie, est un terrain de compétition entre diverses puissances (les Émirats arabes unis, par exemple, souhaitent y établir des bases à Berbera). Forte de la confiance acquise à Mogadiscio, Ankara s’est proposée comme médiatrice : elle a nommé des envoyés spéciaux et accueilli des pourparlers pour faciliter un accord pacifique entre Mogadiscio et Hargeisa (capitale du Somaliland), cherchant à réparer la fracture dans l’unité somalienne. Dans cet effort de médiation, la Turquie a dû aussi jongler avec les intérêts d’autres acteurs régionaux, notamment l’Éthiopie. Addis-Abeba, qui a entretenu des relations fluctuantes avec la Somalie, est aujourd’hui un partenaire à la fois de Mogadiscio et d’Ankara (Erdoğan a noué d’excellents liens avec le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed). La Turquie a donc avancé avec prudence, dialoguant avec la Somalie et l’Éthiopie pour s’assurer que la stabilisation somalienne ne heurte pas les sensibilités éthiopiennes. Cette posture d’équilibriste a renforcé l’image d’Ankara comme un acteur capable de parler à tous dans une région fragmentée par des rivalités nationales et claniques.

Les ambitions diplomatiques turques vont bien au-delà de la Corne de l’Afrique. Ces dernières années, Erdoğan a plusieurs fois offert les bons offices de la Turquie pour medier des conflits même éloignés de sa sphère d’influence traditionnelle. Un cas emblématique est le conflit entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC), qui a repris de l’ampleur à cause de la rébellion armée dans le Kivu (groupe M23) et des accusations mutuelles d’ingérence entre Kigali et Kinshasa. Alors que la communauté internationale peinait à trouver des solutions, la Turquie s’est portée volontaire comme médiatrice : Erdoğan, fort de son rôle accru sur la scène internationale, a proposé « tout le soutien nécessaire » pour résoudre le différend. Bien que l’offre turque n’ait pas été acceptée (Kinshasa l’a regardée avec scepticisme, préférant sans doute des médiations africaines), le message politique est clair. Ankara veut être reconnue comme un facilitateur de paix même en Afrique centrale, posant un pied diplomatique dans des régions où elle n’avait aucune présence il y a encore quelques années. Cette audace vise à améliorer l’image de la Turquie en Afrique – non seulement comme vendeur d’armes ou chasseur de contrats, mais comme partenaire aidant à résoudre les crises – tout en élargissant son réseau de contacts et d’alliances sur le continent.

Le mot d’ordre de la diplomatie turque en Afrique est le pragmatisme. Contrairement aux anciennes puissances coloniales ou aux superpuissances occidentales, la Turquie adopte un langage de coopération égalitaire : elle met l’accent sur des projets de développement mutuel, des investissements dans les infrastructures, des échanges culturels et la formation, évitant les tons moralisateurs ou les ingérences politiques explicites dans les affaires internes. Cette approche « gagnant-gagnant » est conçue pour gagner les cœurs et les esprits sans susciter d’alarmes. Ankara cherche à éviter de se faire des ennemis directs : elle entretient des relations avec des gouvernements stables comme avec ceux isolés internationalement, misant sur des avantages réciproques. Par exemple, tout en étant une alliée étroite du gouvernement somalien, la Turquie a maintenu des canaux de dialogue avec le Kenya voisin et d’autres acteurs du Golfe, évitant de transformer la Somalie en terrain de confrontation ouverte avec des puissances rivales (comme les Émirats ou l’Arabie saoudite). De même, en Éthiopie, elle a soutenu l’intégrité du pays (notamment en vendant des drones à Addis-Abeba pendant le conflit interne) sans compromettre ses relations avec la Somalie ou d’autres voisins. Ce jeu d’équilibre exige de la finesse : jusqu’à présent, Erdoğan a réussi à positionner la Turquie comme un ami de tous, ou du moins comme un acteur flexible qui propose de la coopération plutôt que de s’aligner idéologiquement. C’est ainsi qu’Ankara, à partir de missions humanitaires et d’accords bilatéraux ciblés, émerge comme une metteuse en scène discrète de la politique africaine, capable de déplacer ses pions (économiques, militaires et diplomatiques) sur plusieurs échiquiers continentaux à la fois.

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L’ascension de la Turquie en Somalie est une étude de cas sur la manière dont une puissance de taille moyenne peut étendre son influence avec astuce et persévérance. En un peu plus de dix ans, Ankara a construit en Somalie ce qui ressemble à une plateforme stratégique intégrée : un bastion économique (ports, aéroports, entreprises, écoles), un bastion militaire (bases, formateurs, armes) et un bastion politico-diplomatique (relations privilégiées et rôle de négociation). Tout cela est soutenu par un récit de coopération fraternelle et d’avantages mutuels, qui masque mais n’efface pas le fait que la Turquie poursuit impitoyablement ses intérêts nationaux. À l’avenir, il est plausible que la présence turque sur le continent africain continue de s’étendre. La Somalie a été le point d’entrée idéal, grâce à un contexte de fragilité extrême où l’aide turque est apparue comme salvatrice. Ce modèle est désormais adapté et reproduit ailleurs : de la côte de la mer Rouge (on pense aux projets au Soudan, ralentis par des événements locaux) au Sahel et à l’Afrique subsaharienne, où Ankara conclut des accords de défense et vend des drones à divers gouvernements, la « tente » turque s’élargit sous le soleil africain.

Cette évolution ne passe pas inaperçue et a des implications géopolitiques significatives, notamment pour des pays européens comme l’Italie, qui ont des intérêts historiques en Afrique. L’Italie, en particulier, observe avec un mélange de regret et d’inquiétude ce qui se passe en Somalie : un territoire autrefois sous administration italienne au siècle dernier, où Rome a longtemps bénéficié d’une influence culturelle et politique, voit aujourd’hui la Turquie comme protagoniste incontesté. Alors que l’Italie et l’Europe ont adopté pendant des années une approche prudente et indirecte (limitée à des missions internationales, des aides ponctuelles et des initiatives diplomatiques multilatérales), la Turquie a eu l’agilité de s’insérer directement, tissant sur le terrain des liens que les puissances européennes peinent désormais à ébranler. Cela signifie que, demain, lorsqu’il s’agira d’exploiter de nouveaux gisements pétroliers somaliens ou de lancer des programmes de reconstruction, les entreprises turques pourraient avoir un avantage sur les opérateurs européens, ayant déjà solidement planté leurs racines dans le pays.

Pour l’Italie et les autres acteurs européens, la leçon somalienne est double. D’une part, ignorer trop longtemps des zones critiques comme la Corne de l’Afrique comporte le risque de les abandonner à l’initiative d’autres : les vides de pouvoir ou d’influence sont rapidement comblés, aujourd’hui non seulement par la Chine ou la Russie, mais aussi par des puissances régionales ambitieuses comme la Turquie (ou les pays du Golfe). D’autre part, la pénétration turque n’est pas nécessairement irréversible : elle offre des pistes pour une éventuelle coopération ou une concurrence constructive. L’Europe pourrait choisir de collaborer avec Ankara sur des objectifs communs en Afrique, en tirant parti du fait que, après tout, la Turquie et l’Occident partagent des intérêts comme la stabilité régionale et la lutte contre le terrorisme. Ou bien, au contraire, elle pourrait décider de relancer sa propre présence autonome – par exemple en investissant davantage dans les aides et le commerce, ou en soutenant fermement les processus de développement local – pour contrebalancer l’influence turque et éviter d’être écartée du jeu.

En définitive, la solide stratégie de la Turquie en Somalie et en Afrique montre comment Ankara sait allier pragmatisme et vision : Erdoğan voit le continent africain comme un terrain où semer de l’influence aujourd’hui pour récolter des avantages géopolitiques et économiques demain. Le « Sultan » turc a appris à parler le langage de l’Afrique – fait de respect formel, d’investissements tangibles et de présence constante – pendant que d’autres acteurs en étaient encore à bredouiller des promesses. La Somalie en est la preuve : pour compter en Afrique, il faut être sur le terrain. La Turquie y est, et elle entend y rester. Il appartient aux autres de décider s’ils veulent la contrer, l’accompagner ou l’ignorer – en sachant que, dans tous les cas, la partie africaine est désormais ouverte et qu’Ankara y joue un rôle de premier plan.

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