ANALYSE – Soudan : Le fragile retour à la légalité au milieu des ruines de la guerre

Soudan : Le fragile retour à la légalité au milieu des ruines de la guerre
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe GaglianoPrésident du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Une annonce, un espoir, une tranchée. Le 19 mai 2025, en pleine guerre civile qui a déjà fait plus de 130 000 morts et provoqué des millions de déplacés, Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée soudanaise et dirigeant de facto du pays, a signé un décret nommant Kamil Idris, ancien haut fonctionnaire de l’ONU, au poste de Premier ministre. Plus qu’un signe de rupture, cette nomination semble avant tout un geste désespéré pour obtenir une reconnaissance internationale, dans un contexte où l’État soudanais est disloqué, fracturé, éventré.

Kamil Idris est un nom connu dans les couloirs de la diplomatie multilatérale. Ancien directeur général de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), juriste de formation, ancien diplomate à l’ONU, il s’était présenté en candidat indépendant contre Omar el-Béchir en 2010. Mais aujourd’hui, le voici projeté dans un scénario où la légalité n’est qu’un simulacre et où le pouvoir se mesure en milices, en drones et en villes bombardées.

L’Union africaine a salué cette nomination comme « une étape vers une gouvernance inclusive », mais sur le terrain, le sang continue de couler. Le conflit entre les Forces armées régulières et les Forces de soutien rapide (RSF) de Mohamed Hamdan Dagalo ne connaît pas de répit : Khartoum est à nouveau en feu, Port-Soudan subit des frappes de drones, Omdourman résonne d’explosions alors que les troupes d’al-Burhan lancent une offensive majeure. Les RSF contrôlent le Darfour, bénéficieraient – selon Khartoum – d’un soutien en armes venu des Émirats arabes unis via le Tchad, et ont même annoncé la formation d’un gouvernement parallèle.

Dans ce chaos, la nomination d’Idris ne suffit pas à réécrire le scénario. C’est un geste politique, un signal lancé aux chancelleries, peut-être un préalable aux futures négociations, mais cela ne change rien à la réalité d’un pays qui survit entre les coupures d’électricité, les hôpitaux à l’arrêt et un exode massif de réfugiés. Même la promesse d’inclusion – avec la nomination de deux femmes au Conseil souverain – ne comble pas le vide institutionnel.

La guerre au Soudan n’est pas qu’un affrontement entre généraux. C’est une guerre de modèles, de visions, de puissances extérieures. C’est l’effondrement, sous les bombes, de tout espoir de transition post-Béchir. Et désormais, face à ce vide, la communauté internationale doit choisir : traiter avec ceux qui portent les armes, ou avec ceux qui – comme Kamil Idris – tentent de redonner forme à un État. À supposer qu’il en reste encore un à sauver.

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