TERRORISME – Syrie, le retour de l’État islamique et le message franco-britannique

Syrie, le retour de l’État islamique
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)

Un raid qui parle davantage à la géopolitique européenne qu’au jihadisme

Le raid conjoint mené par la France et le Royaume-Uni contre des dépôts et des tunnels de l’État islamique au nord de Palmyre n’est pas une simple opération antiterroriste. Il constitue avant tout un signal politique et stratégique qui dépasse largement l’objectif militaire immédiat. Frapper l’EI en Syrie aujourd’hui revient à intervenir dans un pays qui n’est plus celui de la longue guerre civile, mais un laboratoire instable de transition, de légitimation et de réalignement international.

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Une Syrie radicalement transformée

La chute de Bachar el-Assad et son exil à Moscou ont ouvert une phase inédite. Le nouveau pouvoir incarné par Ahmad al-Sharaa, ancien jihadiste devenu en un temps record interlocuteur de l’Occident, a bénéficié d’une ouverture de crédit surprenante. Londres et Paris ont assoupli les sanctions et rouvert des canaux de coopération directe, y compris militaire. Dans ce contexte, la persistance de l’EI n’est pas seulement une menace résiduelle : elle devient un test grandeur nature pour la nouvelle Syrie et pour ceux qui parient sur sa « normalisation ».

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La valeur politique de la cible

Sur le plan tactique, l’emploi de munitions de précision Paveway 4 par les Eurofighter Typhoon britanniques et les Dassault Rafale français s’inscrit dans une doctrine désormais bien rodée. Mais le choix de frapper des structures souterraines de l’EI à Palmyre revêt une portée symbolique : montrer que le jihadisme n’est ni éradiqué, ni intouchable. Et surtout démontrer que la nouvelle direction syrienne accepte de coopérer ouvertement avec l’Occident contre son propre passé le plus encombrant.

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Coopérer sans Washington

L’élément le plus significatif se trouve ailleurs. Pour la première fois depuis des années, la France et le Royaume-Uni mènent une opération aérienne coordonnée contre l’EI sans le soutien direct des États-Unis. Le dernier précédent remontait à 2018, lorsque Paris, Londres et Washington avaient frappé ensemble le régime syrien. Aujourd’hui, l’absence américaine fait partie intégrante du message. Dans une alliance atlantique où les États-Unis tendent à déléguer de plus en plus la sécurité européenne à leurs partenaires, l’interopérabilité franco-britannique devient une nécessité stratégique, non un simple exercice de style.

L’EI comme « terrain d’entraînement »

La présence résiduelle de État islamique offre à Londres et à Paris une double opportunité. D’une part, maintenir la pression sur un acteur toujours capable de frapper, comme l’a montré l’attentat ayant coûté la vie à des militaires américains à Palmyre. D’autre part, tester des capacités opérationnelles communes, déjà éprouvées lors d’exercices comme Volfa 2025, dans un contexte réel mais politiquement maîtrisable.

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Vers une nouvelle architecture de sécurité européenne

Ce raid doit également être lu comme une pièce du puzzle de la redéfinition de la sécurité européenne. Avec une OTAN de plus en plus orientée vers la compétition globale et un Washington moins disposé à gérer directement les crises régionales, la France et le Royaume-Uni se préparent à combler le vide. La Syrie devient ainsi un terrain d’apprentissage politique et militaire pour une Europe contrainte, bon gré mal gré, d’apprendre à utiliser la force sans le parapluie américain.

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Au-delà de l’antiterrorisme

Le raid contre l’État islamique ne bouleverse pas les équilibres sur le terrain syrien. Mais il clarifie une trajectoire. L’Occident mise sur une Syrie post-Assad intégrable, contrôlable et coopérative. L’EI, paradoxalement, devient l’instrument par lequel cette hypothèse est testée. L’enjeu n’est pas tant la disparition définitive du jihadisme que la construction d’un nouvel ordre régional, fragile et contradictoire, mais jugé préférable au chaos permanent.


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