TRIBUNE – 2025 : Ainsi va le monde de Donald Trump ! 

TRIBUNE – 2025 : Ainsi va le monde de Donald Trump ! 

lediplomate.media — imprimé le 30/12/2025
Donald Trump
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Jean Dasprypseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques

« Comment reconstruire les relations multilatérales avec ce grand absent. Même quand il n’est pas là, Trump hante les esprits : il a changé la vision du monde » (diplomate sous couvert d’anonymat à propos de l’absence délibérée du Président américain au sommet de G20 [G19] de Johannesburg, 22-23 novembre 2025)[1]. Comment mieux traduire l’empreinte de Donald Trump sur le cours des relations internationales durant l’année écoulée que ne le fait ce diplomate inconnu ?  Rien ne sera plus comme avant, pourrait-on ajouter, qu’on le veuille ou non. Le bulldozer américain fonce dans le tas sans le moindre ménagement, écrasant tous ceux qui tentent de lui résister, mettant ainsi à mal les fondements de l’organisation du monde portée sur les fonts baptismaux en 1945. 

Comment affronter une époque marquée par un cocktail d’insécurité et de résignation consécutif à une globalisation non maîtrisée ? Tel est le principal défi que doit relever la communauté des nations si elle ne veut pas que notre planète se disloque rapidement à la manière du Titanic sur l’iceberg.  Face à un monde dangereux, comment devenir plus fort pour affronter l’adversité ? Revenons d’abord sur l’opération de dynamitage du monde d’hier par le 47ème président des États-Unis avant d’analyser celle plus complexe consistant à remodeler le monde de demain !

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Le dynamitage du monde d’hier 

Force est de constater que Donald Trump se présente à la fois comme le révélateur et le catalyseur de tendances lourdes préexistantes tant dans le fonctionnement que dans la régulation d’un monde désormais révolu à plus d’un titre.

Le bouleversement du fonctionnement du monde passé

Assurément, le monde, tel qu’il se présente durant l’année 2025 dans la foulée de l’élection de Donald Trump pour un second mandat, n’a plus rien à voir avec celui de 2024. Il est en pleine transformation, en total bouleversement. Comment le caractériser par quelques éléments essentiels ? Le désarmement cède la place au réarmement ; la prévention à l’intervention ; la détente à la confrontation ; la stabilité à l’instabilité, la sécurité à l’insécurité ; la coopération à la coercition ; la faiblesse à la force ; le partenariat à la rivalité ; le déclaratoire à l’exécutoire ; la globalisation à la fracturation ; l’universalisme au nationalisme ; l’insouciance à la crainte ; l’optimisme au pessimisme ; la parole à la communication, l’approbation à l’anathème, le volontarisme à la résignation … Par ailleurs, la voix de Donald Trump porte plus que celle de son prédécesseur. L’homme est vilipendé tout en étant recherché pour jouer les quand l’incendie est déclaré (Palestine, Ukraine) ou menace de se propager (tension entre le Japon et la Chine[2], isolement international de l’Algérie poussant le Président Tebboune à faire des faveurs à Donald Trump[3] …). En un mot comme en cent, ne faut-il pas désormais prendre le Président américain à la fois et au sérieux et au pied de la lettre dans sa vision iconoclaste du monde et de sa régulation ?

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Le chamboulement de la régulation du monde passé

Il relève de l’évidence que, face à un nouveau monde, son organisation ancienne devient inappropriée, inefficace. Dans un monde où seule compte la puissance, la prévention et le règlement des différends n’obéit plus à des schémas anciens dépassés. Ne faut-il pas abandonner les réflexes du monde des bisounours pour en revenir aux fondamentaux de la Realpolitik alors que les perspectives d’un retour au statu quo ante sont illusoires, chimériques ? Le rêve des Nations unies se transforme en cauchemar des Nations désunies. Vouloir se raccrocher aux principes de gouvernance d’un monde révolu – nous pensons en priorité au système de sécurité collective ayant inspiré les rédacteurs de la Charte de l’ONU – comme une bernique à son rocher conduit irrémédiablement à une impasse mortifère ! Le rêve d’une Europe puissance se transforme en cauchemar d’une Europe impuissante[4]. À cet égard, les marchands d’illusions qui ont vendu aux naïfs européens la plaisanterie, la blague qui a pour nom « dividendes de la paix » ont désarmé le Vieux continent. Aujourd’hui, nos dirigeants sidérés (re) découvrent avec retard la dimension tragique de l’histoire et l’impérieuse nécessité de faire preuve de créativité, de réactivité pour tenter d’éteindre les feux qui couvent aux quatre coins d’une planète en pleine effervescence.

Après le temps du travail des dynamiteurs du monde passé vient celui des architectes et des bâtisseurs du monde futur !

Le remodelage du monde de demain

Aujourd’hui, la diplomatie trumpienne, sauf à rester sourd aux craquements du monde, nous incite, nous oblige à imaginer, à rechercher les linéaments du fonctionnement sans à-coups du monde futur mais aussi à jeter les bases pragmatiques de sa régulation.

La recherche du fonctionnement du monde futur

Le monde bascule. Le monde fait la part belle aux plus forts, laissant la portion congrue aux plus faibles[5]. Écoutons les esprits clairvoyants qui nous le disent, l’expliquent depuis belle lurette en prêchant souvent dans le désert ! Déjà dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, Thucydide souligne que « le fort fait ce qu’il peut faire et le faible subit ce qu’il doit subir ». Plus près de nous, dans Le fil de l’épée, le général de Gaulle écrit « Et, quant à l’ordre international que notre époque essaie de créer, se peut-il même concevoir sans une force militaire pour l’établir et l’assurer ». Bien que peu au fait des grandes théories des relations internationales, Donald Trump met en application la fameuse loi du plus fort. Et, il n’a que faire des jérémiades, des péroraisons martiales des hauts responsables de l’ONU, de l’Union européenne mais aussi de leurs États membres. Peu lui chaut leurs objurgations à se conformer aux écritures anciennes ! Sa seule boussole est le slogan inscrit en lettres blanches sur sa superbe casquette rouge : « Make America Great Again » (MAGA). Gare à tous ceux qui se mettraient en travers de son chemin ! Ils se promettent un enfer diplomatique et commercial dont ils se souviendront longtemps. C’est sur ces contingences que se construit de nos jours le monde du XXIe siècle avec toutes les conséquences que cela comporte pour sa régulation.

La recherche de la régulation du monde futur

Comment procéder pour imposer au monde sa vision ? Certainement pas en se pliant aux règles d’un multilatéralisme ringard et inefficace. Mais, en pratiquant la fameuse diplomatie du « deal », en particulier avec le rival systémique qu’est la Chine de Xi Jinping. À cette fin, réglons d’abord les grandes crises qui secouent la planète (Gaza, Ukraine …) pour pouvoir commercer librement au bénéfice de la richesse et de la prospérité de la Grande Amérique ! Par effet de domino, le monde s’en portera mieux grâce au fauteur de paix que le 47ème Président des États-Unis quitte à taper sur les doigts des fauteurs de trouble tels que le Venezuela en pratiquant la diplomatie de la canonnière. Ses alliés doivent payer leur prix fort pour garantir leur sécurité au risque de voir annuler leur assurance tous risques (article 5 de l’OTAN en particulier). Finies les alliances et leurs sommets inutiles ! Vive les rencontres informelles où l’on ne perd pas de temps en palabres inutiles mais on applaudit aux initiatives de l’Oncle Sam. Certains brillants esprits n’ayant jamais accepté sa victoire à la présidentielle ne trouvent pas mieux que de caricaturer la démarche de Donald Trump. Ils évoquent son esprit munichois à l’égard de la Russie[6]. Ils n’ont pas de mots assez durs pour stigmatiser sa « capitulation »[7]. Mais, qu’ont-ils d’autres à proposer face à l’autocrate du Kremlin ?[8]

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Embrassons l’avenir !

« Dépourvu d’empathie, le milliardaire agit selon une logique transactionnelle, dénuée de dogme idéologique. Son véritable moteur, c’est l’argent » (Giuliano da Empoli, auteur des Ingénieurs du chaos, JC Lattès, 2019)Une fois de plus, tout est dit en ces quelques mots éclairants sur l’homme [et sa (non-) pensée] qu’est le 47ème Président des États-Unis. Un an après son entrée en fonction, ses homologues paraissent toujours incrédules, sidérés face à l’homme à la mèche blonde et à sa diplomatie surprenante. Ils ne semblent pas en tirer les conséquences qui s’imposent. Le choix qui se présente à eux est binaire : s’opposer en en ayant la volonté et les moyens (à la manière d’un Xi Jinping ou d’un Vladimir Poutine) ou bien se plier à ses caprices en louvoyant pour éviter les pires avanies. (à la manière du Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte ou de la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen) ? Là est la question, le reste n’est que fariboles et billevesées qui n’ont aucune importance. Les dirigeants occidentaux le veulent-ils, le peuvent-ils compte tenu de leur faiblesse intrinsèque ? Nous pensons bien évidemment à Emmanuel Macron qui s’agite sur la scène internationale tel un ludion. En guise de conclusion provisoire, l’on pourrait dire qu’ainsi va le monde de Donald Trump en 2025 !

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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur


[1] Claire Gatinois/Philippe Ricard, Diplomatie. L’ère Trump, le cauchemar des Européens, Le Monde, 23-24 novembre 2025, p. 15.

[2] Harold Thibault/Philippe Pons, Trump pris à partie dans la crise entre Pékin et Tokyo sur Taïwan, Le Monde, 28 novembre 2025, p. 4.

[3] Frédéric Bobin, L’offensive de charme d’Alger en direction de Washington, Le Monde, 28 novembre 2025, p. 5.

[4] Collectif de 100 personnalités, La puissance européenne est devenue une question de survie, pour répondre aux tragédies géopolitique et climatique, Le Monde, 28 novembre 2025, p. 23.

[5] Emmanuel Macron, À l’heure des prédateurs, nous devons être forts pour être craints », Vœux au Armées, Abou Dabi (Émirats arabes unis), 21 décembre 2025.

[6] Gilles Paris, L’esprit munichois de la Maison Blanche, Le Monde, 27 novembre 2025, p. 29.

[7] Aurélien Colson, Tout plan de paix qui accorderait à Moscou un droit de veto sur l’avenir de l’Ukraine est une capitulation, Le Monde, 28 novembre 2025, p. 22.

[8] Alain Frachon, Ukraine : ce que veut Vladimir Poutine, Le Monde, 28 novembre 2025, p. 25.


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