TRIBUNE – La souveraineté ne se négocie pas

TRIBUNE – La souveraineté ne se négocie pas

lediplomate.media — imprimé le 29/12/2025
souveraineté France UE
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Par David Saforcada

Il est des vérités politiques que l’on préfère contourner plutôt que d’affronter. La question européenne en fait partie. Depuis trop longtemps, on explique aux Français, notamment dans les rangs du  Rassemblement National comme chez certains Républicains, qu’il serait possible de reprendre le contrôle de notre destin national sans rompre avec l’ordre juridique de l’Union européenne, qu’il suffirait de « changer l’Europe de l’intérieur ». 

Cette idée est non seulement fausse : elle est devenue un refuge commode pour éviter le courage du choix.

L’Union européenne n’est pas une confédération souple d’États libres coopérant à la carte. Elle est un système supranational, fondé sur des traités qui organisent explicitement le transfert de souveraineté. La primauté du droit européen, l’autorité de la Cour de justice, l’indépendance de la Commission, la libre circulation et la discipline juridique commune ne sont pas des dérives : ce sont des principes constitutifs.

On ne réforme pas l’essence d’un système sans en sortir.

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L’illusion des réformes de l’intérieur

Certes, l’Union peut évoluer à la marge. Elle peut adapter ses politiques, infléchir certaines règles, changer de priorités. Mais croire que l’on pourrait, tout en demeurant dans ce cadre, restaurer la souveraineté juridique nationale, faire primer la volonté du peuple français sur des normes extérieures, ou reprendre le contrôle des frontières, relève de l’illusion.

Les traités européens ne se modifient qu’à l’unanimité. Et cette unanimité n’existe pas — et n’existera pas — pour une Europe des nations souveraines. La réalité est brutale mais simple : aucun État, pas même la France, ne peut refonder seul l’Union européenne.

Napoléon III et le général de Gaulle l’avaient compris avant tous les autres. Ils savaient qu’une nation n’existe politiquement que si elle décide par elle-même. C’est pourquoi ils refusaient toute construction supranationale qui soumettrait la France à une autorité extérieure non issue de son peuple.

Modifier l’article 55 : Une ligne de fracture, pas un compromis

La proposition de modifier l’article 55 de la Constitution est révélatrice de cette contradiction. En apparence, elle affirme la primauté du droit national. En réalité, elle ouvre un conflit juridique irréductible entre la France et l’Union européenne.

Car tant que la France reste membre de l’UE, les traités continuent de s’imposer à elle. Aucun changement constitutionnel interne ne peut s’y soustraire. Modifier l’article 55 ne “récupère” pas la souveraineté : cela place la France en situation de désobéissance permanente, d’insécurité juridique et de confrontation directe avec les institutions européennes.

Il faut donc être clair : une telle réforme constitutionnelle ne peut être qu’un marchepied vers la sortie de l’Union européenne. Elle n’est pas une solution intermédiaire. Elle est une ligne de non-retour.

Faire croire le contraire, c’est entretenir une fiction dangereuse.

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La souveraineté est un tout

Philippe Séguin l’avait exprimé avec une lucidité implacable :

« On est souverain ou on ne l’est pas ! Mais on ne l’est jamais à demi. Par essence, la souveraineté est un absolu qui exclut toute idée de subordination et de compromission. »

Cette vérité demeure intangible. La souveraineté ne se fragmente pas. Elle ne se partage pas. Elle ne se négocie pas à la marge. Un peuple est souverain lorsqu’il décide en dernier ressort de ses lois, de ses frontières, de sa monnaie, de ses choix fondamentaux.

Or aujourd’hui, ce dernier ressort n’est plus national.

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Le devoir de clarté

Le bonapartisme n’est pas une posture, c’est une exigence. Celle de la liberté politique de la nation, condition de la démocratie. Il ne s’agit pas de condamner l’Union européenne par principe. Il s’agit de refuser le mensonge politique.

On ne peut pas promettre la souveraineté tout en acceptant un cadre qui l’interdit juridiquement. On ne peut pas invoquer la volonté populaire tout en s’abritant derrière des traités conçus pour la neutraliser.

La France doit donc faire un choix clair :

  • Soit accepter pleinement les règles de l’Union européenne ;
  • Soit assumer la volonté de redevenir souveraine, et en tirer toutes les conséquences.

Bonaparte parlait de volonté.

De Gaulle parlait d’indépendance.

Ils parlaient de la même chose : le pouvoir de décider par soi-même.

Tout le reste n’est que gestion du déclin.

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