ANALYSE – Trump à Riyad : Le retour du deal diplomatique

Par Olivier d’Auzon
Levée surprise des sanctions syriennes, pression pour la paix israélo-saoudienne, et pluie de milliards sur les géants de la tech américaine : la diplomatie Trump est de retour, sans remords ni complexe.
Huit ans après son premier voyage présidentiel en Arabie saoudite, Donald Trump a de nouveau foulé le sol saoudien, cette fois dans le cadre de son second mandat. L’arrivée, théâtralisée à souhait – tapis pourpre, escorte de cavaliers arabes, honneurs militaires – a donné le ton : plus qu’une simple visite officielle, un message politique destiné à affirmer un retour sur la scène internationale.
Le choix de Riyad pour ce premier déplacement à l’étranger depuis sa réélection n’est pas anodin. Il rappelle que, pour Trump, le Moyen-Orient reste un espace stratégique de négociation, de confrontation idéologique et de potentiel diplomatique. Face à une région fragilisée par le conflit à Gaza et les tensions avec l’Iran, le président américain a voulu incarner à la fois le faiseur de paix et l’homme d’affaires pragmatique.
Des affaires avant la paix
Dans les salons du Palais royal, entouré de hauts responsables saoudiens et de PDG d’entreprises technologiques américaines, Trump a présenté une série d’accords économiques censés renforcer l’axe Washington-Riyad. Les annonces furent spectaculaires : 20 milliards de dollars d’investissements saoudiens dans des centres de données et des infrastructures énergétiques, et un partenariat technologique de 80 milliards de dollars impliquant Google, Oracle, Nvidia ou encore Uber.
Ce ballet d’hommes d’affaires autour du président témoigne d’une double stratégie : redonner du souffle à l’économie américaine par le biais de contrats internationaux et projeter une image de stabilité partagée avec les puissances du Golfe. La présence remarquée de sociétés comme Palantir ou Northrop Grumman rappelle également la dimension sécuritaire de cette alliance, ancrée dans la coopération en matière de défense et d’intelligence artificielle.
Un revirement syrien passé sous silence
C’est en toute fin de discours, devant les participants du Forum d’investissement saoudo-américain, que Trump a lâché une annonce inattendue : la levée des sanctions américaines contre la Syrie. Présentée comme un « geste de paix » dans un Proche-Orient fragmenté, cette décision marque une rupture nette avec la politique de ses prédécesseurs.
Le président a expliqué ce revirement par ses récents entretiens avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président turc Erdogan.
La Syrie, a-t-il dit, mérite « une seconde chance ». Aucun mot, toutefois, sur le passé djihadiste du nouveau président syrien, Ahmad al-Sharaa, ancien chef d’un groupe affilié à al-Qaïda.
Cette omission soulève de sérieuses questions sur la nature des nouveaux équilibres que Washington entend favoriser dans la région.
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Les Accords d’Abraham, toujours en ligne de mire
Sans surprise, Trump a réitéré son souhait de voir Riyad rejoindre les Accords d’Abraham, signés en 2020 avec les Émirats arabes unis et Bahreïn pour normaliser les relations avec Israël. En présence du prince héritier, il a exprimé son « espoir fervent » que l’Arabie saoudite suive le même chemin, tout en laissant entendre que cette décision reviendra « en dernier ressort » au royaume.
Mais le contexte actuel, marqué par l’offensive israélienne à Gaza, rend peu probable une telle évolution à court terme. Riyad a rappelé à plusieurs reprises qu’aucune normalisation ne sera possible sans un règlement durable du conflit israélo-palestinien. Trump le sait. Mais en posant les jalons d’un futur possible, il s’assure d’apparaître comme l’architecte d’une paix toujours en chantier.
L’ombre persistante de Gaza
Impossible, toutefois, d’occulter la guerre à Gaza. Même si Trump n’a pas abordé le conflit de front, il en a saisi la portée symbolique. Dans son discours, il a dénoncé les souffrances infligées à la population civile tout en maintenant un ton accusateur envers les dirigeants du Hamas.
Il a réaffirmé une position controversée déjà esquissée plus tôt cette année : transformer Gaza, sous administration américaine, en « Riviera du Moyen-Orient », une vision aux contours flous mais révélatrice d’un certain tropisme pour les grands desseins urbanistes et géopolitiques.
Pendant ce temps, l’État hébreu intensifie ses opérations militaires, avec des frappes ciblées comme celle sur le leader du Hamas, Mohammad Sinwar, survenue au moment même de l’intervention présidentielle à Riyad.
Un retour, des ambiguïtés
En 2017, Trump avait choisi Riyad pour annoncer une nouvelle posture américaine dans le monde musulman. En 2025, il y revient avec les mêmes outils – le contrat, la force, le spectacle – mais dans un contexte plus incertain. Il tend la main à Damas, appelle Riyad à reconnaître Israël, signe des mégas contrats et reste silencieux sur le passé.
Ni l’affaire Khashoggi ni les tensions persistantes autour de l’Iran ne furent évoquées. La realpolitik, dans sa version la plus décomplexée, semble avoir définitivement remplacé les proclamations morales.
Donald Trump ne cherche pas à reconstruire l’ordre mondial. Il veut, comme toujours, le remodeler à son image : direct, transactionnel, spectaculaire. Cette visite en Arabie saoudite, entre diplomatie de connivence et géopolitique de l’investissement, illustre une fois de plus la manière dont le président américain conçoit le pouvoir : comme un rapport de force où les ennemis servent à motiver, et les alliés à signer.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
