TRIBUNE – La corde de la potence se resserre autour du cou des manifestants arrêtés

TRIBUNE – La corde de la potence se resserre autour du cou des manifestants arrêtés

Iran, crime politique
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Tina Rahimi

La corde de la pendaison serre la gorge de la vie. Une vie qui criait dans les rues d’Iran par la voix de jeunes manifestants, et que le régime de la République islamique leur a refusée. Le rêve de cette vie est brisé dans l’obscurité de la dictature, de la répression et des massacres du régime des mollahs, déchiqueté par des balles tirées au cœur des protestataires ou étouffé par la corde de l’exécution.

Depuis le déclenchement des manifestations civiles en Iran, le 28 décembre 2025, le régime de la République islamique a lancé une répression systématique. Des milliers de manifestants ont été violemment pris pour cible et tués dans les rues, sans aucune procédure judiciaire, par l’usage d’armes militaires. Des centaines d’autres ont été arrêtés, faisant craindre une vague imminente d’exécutions de masse.

La directive du chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï, ordonnant aux procureurs et aux tribunaux de réprimer sans indulgence, de juger immédiatement les manifestants arrêtés et de rendre des verdicts rapides, ainsi que l’annonce du parquet de Téhéran concernant de lourdes condamnations — certaines pouvant mener à la peine de mort pour « moharebeh » (guerre contre Dieu) ou « efsad fel-arz » (corruption sur terre) — ont déclenché une alerte majeure quant au risque d’une nouvelle vague d’exécutions.

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Le ministre de la Justice, Amin Hossein Rahimi, a déclaré le 14 janvier qu’aucune indulgence ne serait accordée et qualifié les manifestants — majoritairement des adolescents et jeunes de 16 à 28 ans — de « terroristes » collaborant avec des acteurs étrangers tels que les États-Unis, Israël et des groupes d’opposition basés à l’étranger. Selon la législation iranienne, ces accusations peuvent toutes entraîner la peine de mort.

Les précédentes expériences du régime, notamment lors des manifestations de novembre 2019 et du mouvement « Femme, Vie, Liberté » en 2022, ont montré que l’accélération délibérée des procédures judiciaires, la constitution de dossiers collectifs, la privation des accusés de leur droit à un avocat et la prononciation de lourdes condamnations par des tribunaux expéditifs constituaient le prélude à des exécutions massives. La dynamique actuelle présente les caractéristiques d’un processus organisé visant à intimider la population par des condamnations et exécutions rapides.

Erfan Soltani, manifestant iranien âgé de 26 ans, a été arrêté le 8 janvier 2026 à Karaj. Après plusieurs jours sans nouvelles, sa famille a été informée qu’il avait été condamné à mort et que son exécution était prévue pour le mercredi 14 janvier 2026, selon l’organisation de défense des droits humains Hengaw. Erfan a été privé de tout accès à un avocat et aucune information officielle ne lui a été communiquée sur les charges ou la procédure. Sa famille a été avertie que toute communication publique au sujet de l’affaire pourrait entraîner l’arrestation d’autres membres de la famille.

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Selon les informations disponibles, au moins 18 434 personnes ont été arrêtées et 97 aveux forcés diffusés par les médias officiels. Sur la base des expériences passées, il est à craindre que la République islamique mette prochainement en place des tribunaux expéditifs pour condamner à mort les jeunes, utilisant la peine capitale pour réprimer et instaurer la peur dans la société.

Les manifestants iraniens participent aux plus grandes mobilisations civiles du pays, initialement motivées par l’inflation, la hausse des prix alimentaires et la dépréciation de la monnaie, et rapidement transformées en un mouvement réclamant la fin du régime en place.

Le régime a investi les rues avec des armes militaires et, dans le contexte de coupures d’Internet, de perturbations de Starlink et de coupures d’électricité — notamment sur les grandes avenues —, a orchestré un massacre massif. Selon des ONG de défense des droits humains, plus de 2 000 personnes ont été tuées par tirs directs en seulement deux jours. Certains médias iraniens à l’étranger et des activistes estiment le nombre de victimes entre 12 000 et 15 000.

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Après le massacre, une vague d’arrestations a entraîné des milliers de manifestants dans les prisons de la République islamique, où ils sont exposés à des conditions inhumaines, au risque de torture et d’exécution. Les condamnés passent parfois des jours en isolement, incertains de la date de leur pendaison, et sont parfois amenés plusieurs fois au pied du poteau de pendaison avant d’être ramenés en cellule. Leurs familles attendent derrière les murs de la prison, tandis que les corps sont enterrés dans le silence, sous surveillance policière stricte.

Or, le droit de manifester pacifiquement et sans armes constitue un droit fondamental reconnu tant par le droit interne que par les instruments internationaux. Les tribunaux fermés, les arrestations arbitraires, la privation des accusés de tout avocat indépendant et la prononciation de condamnations extrajudiciaires constituent une violation manifeste des obligations légales et éthiques des juges.

Dans l’absence d’accès à Internet, la vie des manifestants est en danger. Ces derniers sont descendus dans la rue uniquement pour vivre librement et réclamer leurs droits. Ce sont des citoyens en quête de dignité et de fierté, alors que le régime impose pauvreté, sanctions et impasses économiques, politiques et sociales. Le peuple iranien, qui lutte contre l’un des régimes dictatoriaux les plus connus, ne doit pas être laissé seul.

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