TRIBUNE – Seul le peuple iranien est à même de choisir la forme de gouvernement

Par Yves Bonnet
Le préfet honoraire Yves Bonnet est l’un des plus grands experts français des questions de renseignement et de géopolitique, en particulier sur l’Iran. Ancien directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST), il a consacré une large part de ses analyses et de ses travaux à la compréhension des services de renseignement iraniens, du régime théocratique et de ses stratégies régionales.
Auteur de nombreux ouvrages de référence, Yves Bonnet a notamment publié Vevak, au service des ayatollahs (Timée-Éditions), une étude approfondie des services secrets iraniens ; Nucléaire iranien : une hypocrisie internationale (Michel Lafon), consacré aux enjeux stratégiques et politiques du programme nucléaire du régime ; Liban : les otages du mensonge (Michel Lafon), qui éclaire les ramifications régionales de l’influence iranienne ; ainsi que Le Grand Complot (Éditions Gawsewitch), qui revient sur les opérations d’influence et de manipulation liées au dossier iranien.
Si les nations occidentales – et il faut inclure les Etats-Unis dans la liste – cessaient de prétendre régenter le fonctionnement institutionnel des autres pays, le monde ne s’en porterait que mieux. Hier les pays de l’Orient et du Bassin méditerranéen, ceux de l’Asie, de l’Amérique latine, aujourd’hui l’Afrique et le Proche-Orient, ont été confrontés à la prétention « européo-américaine » de leur imposer un système de gouvernement, la démocratie, qui ne leur convient pas nécessairement.
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Dans le magma confus des bouleversements d’après les deux guerres mondiales, l’Iran a du mal à retrouver sa respiration, entre sa « promotion » au rang de bastion de la liberté dans le cadre de la politique (américaine) du containment, et sa soumission aux intérêts des compagnies majors américaines, qui « justifie » le renversement du gouvernement du docteur Mossadegh, coupable d’avoir voulu rendre au peuple iranien la maîtrise de ses propres ressources.
L’attelage Pahlavi – Washington fonctionne parfaitement jusqu’à ce que le shah décide d’en changer la nature et le fonctionnement. La crise ouverte par le premier choc pétrolier est une aubaine pour les membres de la toute jeune OPEP qui réalisent que lesdits pays producteurs se font manger la laine sur le dos par les accapareurs d’une ressource essentielle à l’économie mondiale. Parmi les instigateurs de cette « révolte », Mohammad Reza Pahlavi tient une place de choix.
Pour Washington, c’est l’initiative de trop : non seulement, il figure parmi les chefs d’Etat, ou de gouvernement, qui ont sauté sur l’occasion de la sanction de l’Etat hébreu, mais il prétend à présent régenter la gestion d’une ressource que les Américains ont, depuis toujours, entendu tenir pour leur.
Il n’y a pas que cela. Le shah développe une théorie, judicieuse, selon laquelle le pétrole, avant d’être une source d’énergie, doit être tenu pour une matière première. L’énergie peut se trouver autrement, par exemple par le recours au nucléaire.
La France, justement, vient de lancer un ambitieux programme de construction de centrales pour lequel il est indispensable de se passer du monopole américain de l’enrichissement de l’uranium. Il ne lui manque que le financement. Le nouveau président de la République Valéry Giscard d’Estaing qui tient la ligne initiée par Pierre Messmer d’une filière nucléaire assurant à la France la maîtrise de son énergie voit la belle opportunité de s’engager avec un nouveau partenaire subitement enrichi par le quadruplement du prix du baril. L’affaire est conclue et le shah ajoute à la distance qui le sépare de son protecteur américain, son implication avec un partenaire peu docile du point de vue de la Maison Blanche.
L’affront doit être lavé. Il ne saurait l’être que par le renversement du Shah, puisque la France est hors de portée. Ce dernier, justement, est tombé malade et l’aubaine vient à point. Par ailleurs, l’Iran est livré à des émeutes comparables à celles qui le secoueront cinquante ans plus tard. Deux mouvances se partagent la rue entre lesquelles le shah a fait son choix ; les fanatiques religieux traités avec modération, les politiques a-religieux des moudjahidines du peuple (OMPI), ces démocrates musulmans sont tenus pour conjointement « marxistes » et « islamistes » dans une confusion de vocabulaire révélatrice du degré de culture du pouvoir.
Le shah choisit ses victimes et pour réprimer il dispose de l’instrument adéquat : les victimes seront les moudjahidines du peuple, qui se réclament du docteur Mossadegh, l’homme qui a osé défier le souverain, crime inexpiable, le bourreau ce sera la SAVAK, une des polices politiques les plus efficaces au monde. La persécution ciblée s’abat sur ces jeunes idéalistes de l’OMPI avec une violence inouïe : l’organisation est décapitée, dans tous les sens du terme alors que les religieux ne sont qu’exilés, soit dans l’Irak voisin avec l’accord du maître de Bagdad, soit en Europe et avec l’accord du shah, comme l’ayatollah Khomeiny dont VGE accepte l’installation en France.
L’état de santé de Mohammad Reza Pahlavi se dégrade. Au sommet de la Guadeloupe, Jimmy Carter annonce à ses partenaires britannique, canadien et français qu’il faut lâcher le shah. Nul ne proteste et les mêmes qui quêtaient ses faveurs s’accommodent de la probable venue aux affaires des religieux. Seuls, les moudjahidines du peuple tentent de résister à ce qu’ils pressentent devoir être l’installation d’un régime théocratique. Les Occidentaux, en tout cas, s’en satisfont et la protestation des partisans d’un Iran démocratique est balayée par la force.
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Les Américains jouent la carte des mollahs : l’OMPI leur paraît trop proche du monde communiste et, en tout cas, ne saurait reprendre l’inféodation du précédent gouvernement à Washington. Ces « habiles manœuvriers » sont rapidement déçus quand la République islamique abat son jeu et envoie de faux étudiants investir l’ambassade américaine à Téhéran le 4 novembre 1979. Il faut remonter à la guerre des Boxers pour trouver semblable violation des règles diplomatiques. Une des conséquences en étant la saisie de dossiers dont certains étaient détenus dans une ambassade américaine contre toutes les règles, tels les codes du club de Berne dont les Etats-Unis n’ont pas à connaître : la « fuite » venait des services britanniques et nul parmi leurs partenaires ne leur en fit le reproche. Ce qui en dit long sur le degré de soumission des services de renseignement et de sécurité britanniques au « grand frère » américain.
Quant à la suite des évènements, la Maison Blanche n’en est pas à une lâcheté près quand elle refuse l’asile politique au shah Pahlavi en fuite. Sans doute espère-t-on à Washington que cette fermeté tardive à l’encontre d’un ancien partenaire en répression lui vaudra l’oreille des nouveaux maîtres du jeu, les mollahs. Peine perdue : la diplomatie perse, autrement subtile, joue de toutes les moyens de pression que lui confère la détention d’otages, aidée, il faut le dire, par le fiasco de l’opération Eagle Claw. Elle entre en négociation secrète avec les opposants républicains et peut interférer dans l’élection présidentielle américaine qui, effectivement, voit le triomphe du républicain Ronald Reagan. Les otages recouvrent la liberté et la CIA poursuit sa relation avec les mollahs avec pour la conclusion d’un marché curieux, celui de l’Irangate.
Comment, en quelques mois, est-on passé de l’inimitié à la collaboration ? Pour la CIA, la tentation était trop forte d’une bonne entente avec la nouvelle police politique, le Vevak, largement ouverte aux anciens de la Savak eux-mêmes formés à Langley. C’est l’occasion d’un trafic d’armes destinées à équiper les contras du Nicaragua. C’est aussi le déclenchement d’un nouveau scandale à Washington, l’Irangate. Au passage, une fois encore, on poignarde dans le dos la France qui, elle, ne fait pas mystère du soutien qu’elle apporte à Saddam Hussein. La traîtrise est d’autant plus manifeste que la DST française a fait de la CIA son partenaire de toute confiance en la rendant destinataire par priorité absolue de l’intégralité de la collecte (2997 documents) faite à Moscou, dans le cadre de l’affaire Farewell. Plus que jamais il doit être acté qu’au sein de l’OTAN, il n’est qu’un seul maître, l’américain.
La France n’oublie pas si facilement ses alliés. François Mitterrand et son ministre des affaires étrangères, Claude Cheysson, le prouvent quand ils accordent l’asile politique au président du Conseil national de la Résistance iranienne, Massoud Radjavi, et au premier président de la République islamique, Bani Sadr et quand il permet l’installation à Auvers sur Oise de l’état-major de la résistance iranienne.
La France laïque, seule, tient tête à l’Iran religieux. Téhéran choisit le terrain de leur confrontation. C’est le Liban. Cette guerre de l’ombre met aux prises les services français, la DGSE et la DST, et les organisations terroristes qui prolongent et amplifient les attaques planifiées à Téhéran. La France, par ailleurs, soutient l’OLP dont un « ambassadeur » réside à Paris.
Le CNRI connaît alors une période de réorganisation, étoffe son implantation en région parisienne, acquiert une audience internationale ; sa présidente porte urbi et orbi le message d’un retour à la normale à Téhéran par et pour l’établissement d’une démocratie représentative. Tous les partis politiques français, de la gauche aux formations conservatrices, outre des personnalités comme Danielle Mitterrand et Me Henri Leclerc, Adrien Zeller, soutiennent sa vision apaisée de l’Iran débarrassé du fanatisme religieux. Le régime des mollahs, au contraire, déploie un dispositif serré de mise en cause des orientations politiques du CNRI, anime un lobby de dénigrement de l’opposition à l’étranger et lui fait payer, en Iran même, un tribut intolérable.
François Mitterrand parti, un changement radical intervient avec l’élection de Jacques Chirac : le nouveau président de la République prescrit le rapprochement des services de chacun des deux Etats, en particulier de la DST et du VEVAK, qui conduit en juin 2003 à la rafle de tous les membres de la communauté. De justesse, la manœuvre de leur expulsion échoue en grande partie par la mobilisation de personnalités ralliées depuis des années à la cause d’un Iran démocratique et grâce à la justice administrative qui rejette des procédures engagées à la hâte et la justice antiterroriste qui donne raison à la résistance iranienne par un non-lieu.
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Concomitamment et selon un scénario soigneusement écrit, les camps regroupant près de la frontière irakienne, les combattants de l’Armée de libération de l’OMPI sont assaillis par l’armée américaine, fermés et leurs occupants menacés d’expulsion vers l’Iran. Il faudra, là encore, le soutien de personnalités d’origines diverses pour que s’offre, en Albanie, l’opportunité du regroupement des rescapés des massacres perpétré par la force Qods du général Qassem Soleimani et l’armée irakienne sous influence de Téhéran.
Ce rappel des faits est indispensable alors que l’ampleur de la contestation populaire et la violence de la répression posent la question de l’après-régime. Comme il fallait s’y attendre, les déclarations s’enchaînent et les prétentions s’affirment d’opposants jusqu’alors discrets.
Dans une confusion qui fait les affaires du régime théocratique, les faits sont souvent oubliés qu’il importe de restaurer dans leur intégralité :
Bien que cela soit ressassé à l’envi, il convient de rappeler que seul le peuple iranien est à même de choisir la forme de gouvernement qui lui convient et d’en désigner les responsables. La venue au premier plan d’un prétendant sans autre légitimité que sa filiation avec un dictateur sanguinaire est plus que contestable même si les soutiens ne lui font pas défaut en Europe et singulièrement en France.
A l’inverse la campagne de désinformation contre l’OMPI à nouveau ouverte atteste de la crédibilité d’un mouvement qui supporte seul depuis plus de quarante-cinq ans la contestation d’un pouvoir illégitime autant au niveau des principes que de la pratique de son gouvernement. Ce qui importe aujourd’hui n’est pas tant le procès d’une Résistance qui a donné des dizaines de milliers de morts à la cause d’un Iran proche de nos propres valeurs que la séparation des pouvoirs d’avec une théocratie tyrannique.
Ces deux postulats représentent la condition nécessaire et suffisante d’un retour de l’Iran dans le concert des grands pays et, dans un cadre régional, de la stabilisation du Proche-Orient.
L’Iran est détenteur d’une rente pétrolière parmi les plus prometteuses au monde. Sans aucune révérence pour l’une des plus anciennes civilisations au monde, les Etats-Unis se sont accaparés les ressources d’un grand pays en rétablissant puis en soutenant un régime détestable qu’ils ont mené à sa propre perte. Pourtant les Iraniens se sont appliqués, au début du vingtième siècle, à bâtir un Etat moderne incluant les principes, que nous pensons universels, des droits de l’homme et de l’indépendance nationale. Mais la prise du pouvoir par un colonel de cosaques sonne la fin de la récréation cinq décennies plus tard, l’oncle Sam sanctionne, La venue au pouvoir du docteur Mossadegh et la nationalisation d’une ressource qui appartient bel et bien au peuple iranien et à lui seul sonne comme un avertissement pour les accapareurs anglo-saxons : la CIA et le SIS britannique y mettent bon ordre et, à moindre coût, restaurent dans la plénitude de ses pouvoirs un shah qui s’était piteusement enfui. Le prix à payer le sera par les Britanniques qui doivent partager l’exploitation pétrolière avec l’« ami américain » et perdent leur monopole sur les gisements iraniens. Le shah Mohammad Reza Pahlavi, un temps écarté du pouvoir, revient dans les fourgons de la CIA pour sombrer dans le délire narcissique de Persépolis et rentrer en possession d’un héritage qui n’est pas le sien.
Tout le monde y trouve son compte : comme il l’a fait avec l’Arabie Saoudite, Washington offre au shah sa protection en échange de sa main-mise sur les hydrocarbures, il fomente et réussit dans son coup d’Etat contre Mossadegh le 22 août 1953, prise d’otages américains le 4 novembre 1979 à l’ambassade à Téhéran et découverte des codes secrets de l’OTAN, fiasco de l’opération Eagle Claw, quand la France, alliée de l’Irak de Saddam Hussein, s’engage à ses côtés dans sa guerre contre l’Iran des années quatre-vingt, les Etats-Unis et leur féal britannique vont beaucoup plus loin. Médiation de l’Algérie et libération des 55 otages, embargo, Irangate, bombardement et démantèlement des camps de l’OMPI en Irak.
Cela ne lui fut jamais pardonné. Coupé du peuple, en délicatesse avec le clergé chiite, Pahlavi a beau s’évertuer à moderniser l’Iran, à en faire évoluer les structures sociales et sociétales, il est trop tard. Le pouvoir en place fait face à deux oppositions : celle que l’on peut considérer comme inspirée du modèle occidental, celle qui souhaite la réislamisation de la société sous la coupe des religieux. De ces deux oppositions, le shah identifie la première comme la principale menace. Sans doute par crainte de l’émergence d’un nouveau Mossadegh en même temps que par sous-estimation de la force du fanatisme religieux. La répression s’abat par priorité sur les premiers et comme il faut en cataloguer l’organisation, elle est vite qualifiée de marxiste puis d’islamiste et enfin d’islamo-communiste (sic). Acharné à punir les héritiers du Dr Mossadegh par des exécutions sommaires, et à décapiter l’OMPI, le pouvoir « impérial » laisse monter la vague religieuse, et donne son accord au bannissement de l’ayatollah Khomeiny, initialement condamné à mort. Ruhollah Khomeiny trouve refuge dans l’Irak voisin de Saddam Hussein, pour quelques années puis en France avec l’accord de Mohammad Reza Phalavi qui s’en croit libéré.
Pour autant, la rue ne s’apaise pas. La rue, qu’est-ce à dire ? la contestation, enflée de manifestation en manifestation, portée aux limites du supportable, pour un régime politique aux abois. Quelque chose qui rappelle les soulèvements actuels. Le shah prend peur, confie les clés du pouvoir à Chapour Bakhtiar et s’enfuit, pour la deuxième fois, aux commandes de son avion.
Le parti religieux est majoritaire. Il peut abattre son jeu et prend le pouvoir, un pouvoir qu’il verrouille à la faveur d’une Constitution qui organise l’omnipotence des religieux. Il est ainsi installé un guide suprême, élu à vie, comme le pape des catholiques, mais dépositaire de toutes les formes du pouvoir, jusqu’au gouvernement du pays.
Pour la Maison Blanche, ce retour à des formes de gouvernement archaïques n’est qu’un pis-aller, l’essentiel étant de barrer le chemin du pouvoir à des « marxistes », inféodés à Moscou.
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La haine du soviétisme est soutenue par les pétromonarchies. Elle enclenche une dérive dictatoriale pire que le défunt régime impérial. Les moudjahidines du peuple restent dans l’opposition pour ne plus jamais en sortir : mais les formes de leur combat changent avec le soutien qu’ils trouvent dans l’Irak voisin où ils peuvent s’installer et même se doter ex nihilo d’une organisation militaire.
Aucun autre Etat ne viendra en appui d’un parti proche d’un système de pouvoir a-religieux (le mot de laïque n’a aucune signification hors contexte français) qui traduisent le désir croissant d’une société libérée des contraintes cultuelles. La France reste sur cette ligne quand François Mitterrand et Claude Cheysson accordent l’asile à Massoud Radjavi, chef de file de la Résistance iranienne et à Bani Sadr, premier président de la République islamique. Faisant fi des protestations voire des menaces du régime religieux, le gouvernement français consent même à ce que la petite ville d’Auvers sur Oise accueille sur son territoire l’état-major de l’OMPI avec tout ce que cela implique sur le plan de la sécurité.
Dans les années soixante-dix, il s’opère une stabilisation des positions des diverses protagonistes au conflit iranien avec, à Téhéran, l’appareil d’un Etat islamique policier, avec tout ce que cela comporte comme violations des droits humains et de la répression, en Irak, une opposition organisée de façon militaire et un état-major implanté en France. Progressivement, le régime renforce son assise à partir de ses deux corps « de police » que sont les gardiens de la révolution et les bassidji. Leurs effectifs se comptent par centaines de milliers ce qui rend pratiquement impossible en l’état la victoire de toute émeute.
Pour autant, l’organisation des moudjahidines du peuple continue de représenter une opposition crédible, puisqu’elle s’appuie à la fois sur une base militante nombreuse et des moyens militaires correctement équipés et entraînés. L’opposition royaliste est transparente, les autres membres de la diaspora ne disposent d’aucune structure militante et/ou sont infiltrés par des séides de Téhéran.
L’OMPI paie le prix de sa ténacité : ses militants sont systématiquement arrêtés, condamnés, exécutés par pendaison publique ; alors qu’en France, elle fait l’objet de campagnes de dénigrement, au moins pour partie subventionnés par Téhéran.
Avec ses alliés au sein de la coalition du Conseil national de la Résistance iranienne, l’opposition de l’OMPI effectue un incessant travail de lobbying et trouve des soutiens crédibles en Europe et aux Etats-Unis. Des personnalités comme Alejo Vidal Quadras, vice-président du Parlement européen, Danielle Mitterrand, Me Henri Leclerc, les députés François Colcombet et Jean-Pierre Michel, Alain Vivien, Mgr Gaillot, Philippe Gosselin, André Chassaigne, plusieurs dizaines de parlementaires français, britanniques, américains, européens participent aux gigantesques rassemblements de plusieurs dizaines de milliers de participants que le CNRI organise chaque année en France.
Le guide suprême et ses proches tablent sur un affaiblissement de l’opposition démocratique. Il n’en est rien. Les pendaisons et lapidations se succèdent sans que faiblisse la résolution des Iraniens qui veulent pour l’Iran un autre destin que la soumission absolue.
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Le paysage et l’ambiance changent en juin 2003 avec l’opération de police inopinée que le ministre de l’intérieur français, Nicolas Sarkozy conduit à Auvers sur Oise et qui se traduit par l’arrestation de la quasi-totalité des militants de l’OMPI en France. Les locaux sont soigneusement perquisitionnés, les archives saisies et, en l’absence de tout document compromettant, des décisions d’expulsions prises en grand nombre. Il n’échappe à personne que, trois mois plus tôt, le gouvernement américain a engagé et gagné, sans grand mérite, la seconde guerre d’Irak qui livre ce pays à l’Iran et porte un coup définitif à l’opposition iranienne dont les camps sont fermés et les militants assignés à résidence. Ce que trente années de résistance n’ont pu faire, quelques semaines d’une agression aveugle y parviennent : le démantèlement de toute opposition au régime théocratique.
C’est donc à la rue que revient l’initiative de se dresser contre l’ochlothéocratie au prix d’émeutes périodiques réprimées avec une férocité sans équivalent dans le monde. Le dernier de ces soulèvements a beau être le plus sanglant, l’opinion internationale la plus nombreuse à en dénoncer l’inhumanité, le pouvoir même vaciller, la question demeure à laquelle nul ne peut répondre, hors le peuple iranien : quand retrouvera-t-il le droit de décider par lui-même de son destin ?
Les « sauveurs » d’un peuple en désespoir montrent le bout de leur nez qui n’ont jamais rien osé qui puisse déstabiliser pareille forme d’oppression, les médias leur ouvrent complaisamment leurs micros ou leurs colonnes, mais rien ne change. Les exécutions se multiplient.
La seule question qui se pose face à une vraie révolte populaire est celle-ci : le régime va-t-il passer cette nouvelle épreuve ? restera-t-il uni face à une révolte qui ne faiblit pas ? De quelles manœuvres de diversion ses dirigeants sont-ils capables ? et leurs alliés ?
Chacun de nous a parfaitement le droit de s’exprimer sur le sujet pourvu que soit posé le préalable du droit à la parole et à l’action.
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