ANALYSE – La bataille du nickel : Comment Washington a pris l’avantage sur Pékin en Tanzanie

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
Kabanga, l’un des plus grands gisements de nickel inexploités au monde, est en passe de tomber dans le giron américain. Un camouflet pour la Chine, qui convoitait ce trésor tanzanien.
Les enjeux sont colossaux. Le projet Kabanga, véritable eldorado minéral, est estimé à 52,2 millions de tonnes de minerai, avec une teneur moyenne exceptionnelle de 1,98 % de nickel, mais aussi du cuivre et du cobalt.
Sur dix-huit ans d’exploitation, c’est près de 902 000 tonnes de nickel qui pourraient en être extraites, de quoi alimenter des centaines de milliers de batteries pour véhicules électriques..
La compétition a été féroce. Il y a quelques mois à peine, le géant chinois Lygend Resources figurait parmi les prétendants les plus sérieux. Mais selon les informations de Bloomberg, reprises par l’agence Ecofin, c’est finalement le consortium Orion Critical Mineral Consortium (CMC) qui a été choisi comme partenaire privilégié.
Un consortium adossé à la puissante agence fédérale américaine, l’International Development Finance Corporation (DFC), et soutenu par des fonds souverains d’Abu Dhabi.
L’investissement est à la hauteur de l’enjeu : plus de 500 millions de dollars sont sur la table. Pour Lifezone Metals, la société cotée à New York qui pilote le projet, c’est une bouffée d’oxygène et la promesse d’un partenaire stratégique de poids.
Pour Washington, c’est l’assurance de sécuriser une nouvelle source d’approvisionnement en minerais critiques, alors que la production américaine de nickel était tombée à environ 10 000 tonnes en 2025, un niveau dérisoire face à ses besoins colossaux.
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Cette démonstration de force américaine intervient dans un contexte de recomposition du marché mondial du nickel. Longtemps archidominée par l’Indonésie, forte de ses 60 % de la production mondiale et de ses liens étroits avec les capitaux chinois, l’offre se tend. Jakarta a drastiquement réduit ses quotas d’exportation, faisant basculer le marché mondial vers un déficit inédit de 32 000 tonnes en 2026. Une aubaine pour les grands projets inexploités comme Kabanga, dont le coût de construction est estimé à 942 millions de dollars.
Mais ce triomphe américain est encore fragile. Rien n’est définitivement signé.
Lifezone Metals négocie toujours âprement avec le gouvernement tanzanien pour modifier l’accord-cadre du projet, notamment sur le partage des bénéfices fiscaux. Ces discussions avançant plus lentement que prévu, la décision finale d’investissement a été reportée au premier trimestre 2027
La bataille est donc loin d’être terminée. Elle se joue désormais sur plusieurs fronts : celui des négociations avec un État tanzanien soucieux de maximiser ses retombées, et celui des contrats d’enlèvement à long terme, dont les acheteurs potentiels restent pour l’instant inconnus. L’avantage est américain, mais la partie est encore longue.
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