EXCLUSIF – Le Grand Entretien avec David Lisnard – Quelle stratégie pour la France dans le nouveau désordre mondial ?

EXCLUSIF – Le Grand Entretien avec David Lisnard – Quelle stratégie pour la France dans le nouveau désordre mondial ?

lediplomate.media — imprimé le 29/06/2026
David Lisnard
Réalisation Le Lab Le Diplo

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la question du positionnement stratégique de la France dans un monde en recomposition accélérée s’impose désormais au cœur du débat politique. Rivalité systémique entre les États-Unis et la Chine, guerre prolongée en Ukraine, tensions croissantes au Moyen-Orient, fragmentation du multilatéralisme, révolution technologique liée à l’intelligence artificielle, retour des politiques de puissance : les équilibres internationaux entrent dans une phase de mutation historique.

Dans ce contexte, les enjeux de souveraineté, de réindustrialisation, de défense, de maîtrise technologique et d’indépendance énergétique redeviennent centraux pour les États européens et particulièrement pour la France.

David Lisnard, président de l’Association des maires de France (AMF), maire de Cannes,  président du mouvement Nouvelle Énergie et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, défend depuis plusieurs années une vision fondée sur la souveraineté nationale, la liberté économique, la puissance industrielle et le rétablissement de l’autorité de l’État.

Pour Le Diplomate Média, il revient sur sa vision stratégique de la France face aux grands bouleversements géopolitiques contemporains et expose les grandes lignes de sa politique internationale.

Propos recueillis par Roland Lombardi

Le Diplomate : Le monde semble entrer dans une nouvelle phase de confrontation entre grandes puissances, marquée par le retour de la guerre, des blocs et des logiques de puissance. Comment analysez-vous ce basculement géopolitique historique et quelle place la France doit-elle y tenir ?

David Lisnard : J’aurai prochainement l’occasion de détailler précisément ma vision en ce qui concerne les questions de géopolitique et de défense. 

Il est en revanche suffisamment clair que nous changeons d’époque. La parenthèse ouverte en 1989, sur un monde que l’on croyait pacifié par le commerce, régulé par le droit, garanti par la puissance hégémonique des États-Unis, se referme. C’était même une illusion.

Le basculement actuel combine quatre dynamiques simultanées : retour de la guerre, fragmentation géoéconomique, compétition techno-industrielle et polarisation idéologique. Le monde devient plus conflictuel, plus coercitif et plus politique. 

Autrement dit, le monde qui se forme n’est ni une nouvelle guerre froide, ni un simple désordre, ni un chaos absolu. C’est un système de blocs partiels, de coalitions variables et de dépendances instrumentalisées. Les grandes puissances réintroduisent une logique d’empire fonctionnel : sécuriser leurs zones, contrôler les technologies critiques, verrouiller les ressources, façonner les normes et tester la cohésion adverse. Dès lors, le monde va se diviser en sphères d’influence et de puissances parfois prédatrices tandis que la guerre redevient pensable pour les pays européens qui doivent faire face à la fin de l’européanisation du monde.

Il est possible aussi que le multilatéralisme cède la place à une bipolarisation : un G2 sino-américain, sorte de condominium, peut-être un G3 demain si l’Inde confirme sa montée en puissance. 

De leur côté, les BRICS élargis rassemblent près de la moitié de l’humanité et contestent l’ordre occidental, malgré leurs fortes dissensions et rivalités internes, pendant que le rapprochement de Moscou et de Pékin recompose l’Eurasie à nos dépens. 

Partout, les rapports de force commandent à nouveau, quand nous continuons d’opposer des intentions d’ordre moral.

Deux tentations françaises nous égarent. La première : proclamer l’« Europe puissance » et la « souveraineté » sans jamais en payer le prix. La seconde : se résigner au déclin, comme si la France était résignée à n’être plus qu’une puissance moyenne et spectatrice. 

La France garde les attributs d’une puissance complète à l’échelle européenne : siège permanent au Conseil de sécurité, dissuasion nucléaire indépendante, base industrielle de défense de qualité, armée projetable, territoires ultramarins nous procurant la seconde zone économique exclusive du monde, présence en indo-pacifique, autonomie diplomatique. 

Mais elle est aussi un pays affaibli et exposé : finances publiques catastrophiques et dette détenue en majorité par des étrangers, dépendances industrielles, vulnérabilité informationnelle, fatigue stratégique de l’opinion, masse économique insuffisante pour rivaliser seule. Une nation qui ne maîtrise plus ses comptes, son industrie et son énergie cesse de peser dans les affaires du monde.

Je n’accepte pas que la France soit un commentateur impuissant. Elle doit être une puissance que je qualifierai d’armature : suffisamment forte pour protéger ses intérêts, suffisamment alliée pour démultiplier sa masse, suffisamment autonome pour ne pas être absorbée dans les priorités et intérêts d’autrui. 

Notre ligne ne doit être ni la neutralité, ni l’alignement, ni la posture. Nous devons défendre une souveraineté d’alliances : une France militairement crédible, économiquement robuste et politiquement motrice dans la refondation stratégique de l’Europe.

Cela suppose un vrai leadership et une capacité d’analyse autonome. S’y ajoutent des partenaires choisis, non imposés, et une capacité d’agir vite et franchement, seuls quand nos intérêts l’exigent, et parfois brutalement.

La souveraineté ne se proclame pas : elle se finance. La France peut redevenir une puissance d’initiative, capable de peser et d’entraîner, à condition d’en reconstituer d’abord les moyens chez elle.

Face à la rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine, quelle stratégie la France et l’Union européenne doivent-elles adopter : alignement occidental renforcé, autonomie stratégique européenne ou politique d’équilibre plus indépendante ?

Ni alignement occidental renforcé au sens d’un suivisme stratégique, ni politique d’équilibre indépendante au sens d’une équidistance entre Washington et Pékin. La ligne la plus rationnelle pour la France et l’Union européenne est une autonomie stratégique européenne d’alliances : solidarité occidentale sur la sécurité, réduction des dépendances critiques vis-à-vis de la Chine, refus d’une vassalisation politique, industrielle et technologique vis-à-vis des États-Unis mais une alliance atlantique redéfinie et, si possible, solide.

L’Union européenne n’affronte pas une rivalité extérieure abstraite, mais une contrainte à double face. 

D’un côté, la Chine est à la fois partenaire, concurrente et rivale systémique dans plusieurs secteurs critiques. Le déficit commercial de l’Union européenne avec Pékin a atteint le niveau record de 360 milliards d’euros en 2025. C’est de la Chine que nous dépendons désormais le plus : elle fournit 100 % des terres rares lourdes consommées dans l’Union et concentre plus des trois quarts du raffinage mondial des métaux critiques, jusqu’à 90 % pour les terres rares. Si Pékin ferme le robinet, ce sont nos chaînes industrielles – automobile, défense, énergie – qui s’arrêtent. Voilà la vérité sur notre vulnérabilité critique.

De l’autre, les États-Unis restent l’allié militaire central, mais sont aussi un compétiteur technologique, industriel et parfois coercitif sur le plan économique. 

Nous devons comprendre qu’ils poursuivent leurs intérêts, qui ne coïncident pas toujours avec les nôtres : hier l’accord avec l’Iran, aujourd’hui la pression sur Israël, demain peut-être un arrangement sino-américain conclu à notre détriment. Le risque, pour l’Europe, est de devenir la variable d’ajustement d’un G2, le condominium que j’évoquais précédemment. 

La sécurité européenne demeure, à court terme, indissociable du cadre atlantique. Le sommet de l’OTAN à Washington en 2024 a qualifié la Chine de défi systémique pour la sécurité euro-atlantique et de « decisive enabler » de l’effort de guerre russe en Ukraine. Autrement dit, pour les Européens, la question chinoise n’est plus asiatique seulement : elle est entrée directement dans l’équation de sécurité du continent. 

La compétition de puissance se joue aussi sur le financement, l’industrie, la recherche, les semi-conducteurs, l’IA, le spatial, le quantique, la fusion, la robotique, les matières premières et les investissements sortants.

Alliée des États-Unis sans alignement sur l’ensemble de leur agenda, ferme face à la Chine sur la sécurité et les dépendances critiques sans découplage total, européenne dans ses capacités et occidentale dans sa solidarité de sécurité : c’est la seule synthèse compatible avec les intérêts français et européens. 

Elle se décline sur trois niveaux : en sécurité dure, l’OTAN, le soutien à l’Ukraine, le renforcement de la base industrielle de défense européenne, la hausse des capacités et la protection contre les cybermenaces, les campagnes d’influence et les coercitions ; en économie stratégique, la sécurisation des chaînes critiques, le filtrage des investissements, la protection de la recherche, l’encadrement des transferts de technologies duales et une politique industrielle crédible. En diplomatie de puissance enfin, l’Europe conserve des canaux de coopération avec la Chine sur le climat, le commerce et la stabilité financière, tout en refusant les dépendances qui créent une vulnérabilité politique.

Pour la France, cela implique de jouer un rôle de puissance-cadre. Paris doit pousser pour organiser la convergence entre réarmement européen, souveraineté technologique, sécurité économique et maintien du lien transatlantique.

L’Union européenne apparaît de plus en plus critiquée pour ses lourdeurs bureaucratiques, ses contraintes normatives et certaines dépendances stratégiques qu’elle aurait contribué à accentuer. Selon vous, l’UE constitue-t-elle aujourd’hui un levier de puissance pour la France ou parfois un frein à son indépendance diplomatique, industrielle, énergétique et militaire ?

L’Union Européenne est un impensé stratégique et politique. L’UE n’est pas un obstacle extérieur à la souveraineté française, elle est le cadre dans lequel cette souveraineté peut être soit amplifiée, soit neutralisée. 

L’Union est d’abord un atout par son marché, le plus grand du monde. Elle est un frein par sa bureaucratie, son inflation normative et sa naïveté commerciale et énergétique. Le marché européen de l’électricité en est l’exemple le plus coûteux : il a renchéri notre électricité nucléaire, pourtant décarbonée et compétitive, au détriment de notre industrie et du pouvoir d’achat des Français.

Regardez parallèlement le Brexit : l’expérience britannique le disqualifie : le Royaume-Uni n’a repris le contrôle ni de son commerce ni de son immigration, bien au contraire. La réponse n’est pas de quitter l’Union, mais d’y reprendre la main par les États. Si la Commission a pris cette place, c’est que les États la lui ont laissée, la France la première.

Sur le plan économique, nous devons simplifier, investir, défendre nos intérêts industriels. Sur le plan institutionnel, une coopération entre États sur les sujets de défense, politique étrangère, technologies de rupture, dans l’esprit du Plan Fouchet, sera bien plus efficiente qu’un saupoudrage paralysant à vingt-sept. Beaucoup ont cru pendant des décennies que la puissance européenne serait fédérale et politique. Ce qui fonctionne, c’est le marché ; la puissance politique, elle, se construit par la coopération des nations.

L’UE peut être un multiplicateur de puissance pour la France dans le monde des masses critiques, mais elle est un frein dès lors que la règle, la norme, la fragmentation institutionnelle et le compromis l’emportent sur la décision stratégique. Pour notre pays, la question n’est pas de savoir si l’Europe « protège » ou « empêche », mais dans quels domaines l’échelle européenne accroît la souveraineté française, et dans quels domaines elle la dilue.

Les questions de souveraineté industrielle, énergétique et militaire reviennent au premier plan. Quelle serait votre doctrine pour reconstruire la puissance française dans les secteurs stratégiques : nucléaire, industrie de défense, énergie, cybersécurité et production industrielle ?

Il faut libérer l’économie pour financer le régalien. On ne reconstruit pas une puissance industrielle à coups de plans et de subventions, mais en desserrant l’étau fiscal, normatif et énergétique qui asphyxie nos producteurs.

Desserrer cet étau ne suffit pas : encore faut-il choisir. On ne reconstruit rien en décrétant que tout est stratégique. Nous devons définir une hiérarchie claire : souverains sur les noyaux durs – nucléaire, défense, cyber de l’État, composants critiques – européens sur les filières, alliés sur le reste. Et, autour de ces noyaux, des interdépendances choisies plutôt que subies. L’État doit fixer ses priorités, garantir les volumes, porter une part du risque. Il doit aussi généraliser les procédures accélérées qu’il sait mobiliser quand il le décide. Ce qui fut l’exception pour la cathédrale et les JO doit devenir la règle pour nos priorités stratégiques, afin que les délais de permis, de certification et de marchés publics épousent l’urgence.

Le nucléaire est notre infrastructure de souveraineté : il porte ensemble l’indépendance énergétique, la compétitivité industrielle et la stabilité du réseau électrique. Cela commande de prolonger le parc, d’exécuter l’EPR2, de lancer les petits réacteurs modulaires, de financer la recherche sur la fusion et le thorium, de reconstruire une base industrielle et des compétences complètes avec soudeurs, tuyauteurs, automaticiens. 

Sur la défense, l’actualisation de la loi de programmation militaire ajoute 36 milliards d’euros sur 2026-2030 et porte l’effort national à 2,5 % du PIB en 2030. Bonne nouvelle, mais ne confondons pas affichage budgétaire et ambition stratégique : une partie de ces crédits ne fait que combler une programmation sous-financée dès l’origine. Le déclassement est déjà là : le budget allemand atteint près du double du nôtre, la Pologne alignera huit fois plus de chars modernes que la France d’ici 2035, et nous ne produisons plus un seul char depuis l’arrêt de la chaîne Leclerc en 2008. Enfin, nous avons pris un retard considérable sur les drones, désormais incontournables.

La doctrine doit viser la guerre longue : stocks stratégiques, contrats pluriannuels de munitions et de drones, financement des PME sous-traitantes qui sont nos vrais goulets d’étranglement. Une industrie de défense est une fonction régalienne externalisée dans l’économie privée ; elle doit être pilotée comme telle.

En cyber, le minimum vital – chiffrement, identités, hébergement des données sensibles, continuité des réseaux de l’État – doit rester entre nos mains : auditable, substituable, récupérable.

Instaurons partout la même préférence pour nos technologies souveraines : le SAMP/T plutôt que la dépendance systématique au matériel américain. Réarmer ne suffit pas. La puissance reviendra quand l’État cessera de raisonner en flux tendus pour bâtir des capacités qui tiennent sous la contrainte, et qu’il rendra compte de chaque euro engagé.

L’intelligence artificielle, le quantique, l’espace, la robotique et les nouvelles technologies deviennent désormais des enjeux de puissance comparables au nucléaire au XXe siècle. Comment éviter le décrochage technologique de la France face aux États-Unis et à la Chine ?

Vous avez raison : ces technologies sont le nucléaire de notre siècle, et la souveraineté de demain s’y joue. 

Nous avons des atouts : des ingénieurs de très haut niveau, des entrepreneurs audacieux, un champion européen de l’intelligence artificielle, des pépites dans la robotique, une stratégie quantique nationale renforcée d’un milliard d’euros sur 2026-2030, une filière spatiale de premier rang. 

Mais le danger est double : étouffer nos atouts entre une bureaucratie qui surrégule et un saupoudrage qui interdit la taille critique, et nous résigner à n’être que le marché, le régulateur ou le sous-traitant des autres.

En cinquante ans, l’Europe n’a pas engendré une seule entreprise valorisée à plus de 100 milliards d’euros, quand les six géants américains au-dessus de 1 000 milliards sont tous nés sur cette période. En 2025, l’investissement privé dans l’intelligence artificielle a atteint près de 286 milliards de dollars aux États-Unis, vingt-trois fois le niveau chinois. Et la Chine est désormais en tête dans 57 des 64 technologies critiques recensées. 

L’Europe a réglementé l’intelligence artificielle avant même d’en produire. Les mesures de simplification de l’AI Act votées en juin sont un aveu tardif. Surtout, il n’y a pas d’intelligence artificielle souveraine sans accès souverain au calcul, donc à l’électricité. C’est notre premier atout : un pays doté d’un parc nucléaire abondant et décarboné peut alimenter ses centres de données quand les autres en manquent. Encore faut-il un cadre qui libère ce calcul, l’accès aux données et le foncier des data centers, au lieu de les entraver.

Nous ne copierons ni le modèle de masse américain, ni la mobilisation d’État chinoise. 

Nous devons choisir une voie de supériorité ciblée en concentrant l’effort sur quelques domaines décisifs, par des coalitions d’États décidées plutôt qu’en répartissant les crédits entre vingt-sept pays. 

Visons d’abord l’intelligence artificielle là où nous pouvons gagner : défense, santé, énergie, industrie, avec la commande publique pour levier. Le quantique, où nous gardons une vraie avance, et le spatial – accès, connectivité, services – appellent le même effort concentré. Enfin, prenons conscience de l’énorme enjeu de société et économique de la robotique : la Chine y a installé 295 000 robots industriels en une seule année, neuf fois plus que les États-Unis. Sans elle, il n’y aura pas de réindustrialisation.

Reste le financement. L’épargne des Français se dirige aujourd’hui trop peu vers les entreprises. Un pilier de retraite par capitalisation l’orienterait vers les PME et les ETI technologiques, reconstituerait un actionnariat stable et nous affranchirait des capitaux étrangers à condition de ne jamais laisser racheter nos actifs critiques quand ils touchent à la souveraineté. 

La France doit renoncer au rêve d’une supériorité générale, hors de portée, pour bâtir une supériorité ciblée, protégée et industrialisée sur les technologies qui commandent sa liberté d’action. C’est notre dissuasion pour ce siècle.

Comment analysez-vous aujourd’hui la stratégie de Donald Trump et l’évolution de l’Amérique trumpienne ? Les États-Unis poussent désormais leurs alliés européens – notamment par la voix de J.D. Vance – à se réindustrialiser, à réarmer leurs économies et à défendre davantage leurs identités et valeurs civilisationnelles. Quelle relation la France devrait-elle entretenir avec cette nouvelle Amérique ?

L’Amérique de Trump est un empire contesté qui refuse de décliner et entend rester dominant à ses conditions. Il ne quitte pas le jeu mondial ; il veut y rester en faisant payer les autres : réindustrialiser, fermer les frontières, rapatrier les chaînes critiques, redéfinir l’alliance sur des bases transactionnelles. Sa ligne est souvent illisible : un jour il presse l’Iran, le lendemain il retient Israël ; il négocie seul avec Moscou sur l’Ukraine, et avec Téhéran via Oman et le Pakistan, sans nous. 

Il n’attache plus de prix à sa réputation d’allié fiable : il menace de prendre le Groenland, promet d’aider les manifestants iraniens, puis félicite le régime qui les pend et lui consent des concessions contre de vagues engagements. 

Son injonction nous rend service. Quand Washington somme les Européens de se réindustrialiser, de réarmer et d’assumer leurs intérêts, il s’agit d’une vérité. 

L’Amérique nous veut plus forts à condition que nous restions utiles dans une hiérarchie qu’elle entend continuer de dominer. Raison de plus pour nous renforcer selon nos intérêts.

Le message va d’ailleurs plus loin que le partage du fardeau militaire. À Munich, en février 2025, J.D. Vance a désigné comme première menace pour l’Europe non la Russie, mais le recul de la liberté d’expression, la défiance des élites envers leurs peuples, l’immigration de masse. Il y a là une part de vérité : l’Europe doit cesser de douter d’elle-même et réaffirmer ses nations et ses frontières. Mais ne nous y trompons pas : partager certaines valeurs ne rapproche pas nos intérêts. Les États-Unis défendent d’abord leurs producteurs, leurs plateformes, leur monnaie et leurs marchands d’armes, quel que soit le discours sur la civilisation.

La bonne relation avec cette Amérique n’est donc ni l’hostilité de principe, ni l’atlantisme réflexe, ni la fascination idéologique. C’est une alliance lucide et sélective : une sécurité partagée sans dépendance de décision, une coopération technologique sans naïveté industrielle, un dialogue politique sans mimétisme idéologique. Celle d’un allié fiable, mais qui finance sa propre défense, défend ses intérêts à chaque table et cesse de sous-traiter sa sécurité. Washington ne traite d’égal à égal qu’avec les nations qui se respectent assez pour assurer elles-mêmes la leur. Le problème est donc d’abord chez nous.

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La France dispose de la deuxième Zone économique exclusive mondiale et possède des intérêts stratégiques majeurs dans l’Indo-Pacifique. Quelle serait votre politique dans cette région devenue centrale dans la compétition mondiale face à la montée en puissance chinoise ?

Pour la France, l’Indo-Pacifique n’est pas un théâtre de projection lointain : c’est un territoire national. 93 % de notre zone économique exclusive s’y trouve, 1,65 million de Français y vivent, de La Réunion à la Nouvelle-Calédonie, de Mayotte à la Polynésie, et nous y maintenons en permanence près de 8 000 militaires. Nous sommes la seule puissance européenne véritablement résidente entre l’océan Indien et le Pacifique. Cet atout, nous le sous-exploitons. La France doit y agir en puissance riveraine : l’enjeu n’y est pas seulement diplomatique, il est souverain, militaire, économique et civilisationnel. J’y vise une capacité réelle d’influence, de présence et de capacité de réplique pour préserver nos intérêts.

La zone concentrera la moitié du PIB mondial en 2040 et toutes les lignes de faille. La Chine revendique près de 90 % de la mer de Chine méridionale et y bâtit des bases. Taïwan, où se fabriquent plus de 90 % des semi-conducteurs les plus avancés, demeure un point de bascule du monde. La Corée du Nord multiplie les tirs de missiles. Notre déficit commercial avec la région a explosé. Pékin y est à la fois un partenaire économique, un rival stratégique et une puissance qui n’hésite pas à user de révisionnisme historique pour justifier sa volonté d’expansionnisme géographique. Il faut le traiter comme tel, sans ambiguïté.

La Nouvelle-Calédonie, la Polynésie, La Réunion, Mayotte, Wallis-et-Futuna, les Terres australes sont nos plates-formes stratégiques, pas des périphéries administratives. Nous en ferons des points d’ancrage de commandement, de renseignement maritime, de protection des câbles et de projection logistique. Cela suppose de renforcer nos outre-mer : radars, drones de surveillance, patrouilleurs, ports à double usage, cyberdéfense, réserve territoriale et d’en faire un chantier prioritaire, pas une annexe budgétaire. Une puissance qui n’organise pas ses confins maritimes invite les autres à les tester.

Autour de ces points d’ancrage, je raisonne en cercles. D’abord les partenaires lourds comme l’Inde, avec qui nous avons un partenariat de défense exemplaire autour du Rafale, le Japon, l’Australie, l’Indonésie, avec lesquels je veux un agenda annuel d’exercices conjoints : surveillance maritime, cyber, secours aux populations, logistique. 

Ensuite les pivots d’Asie du Sud-Est : Singapour, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie. Enfin les États insulaires du Pacifique, où se joue une bataille d’influence que nous avons trop longtemps négligée. Le tout sans nous enrôler dans une logique de bloc qui ferait de nos territoires des cibles.

Deux chantiers, enfin. Une initiative française sur les câbles, les ports et la connectivité souveraine du Pacifique insulaire et de l’océan Indien, articulée avec l’Union européenne et son programme Global Gateway. Et un vrai retour en Océanie politique : garde-côtes, formation et bourses, santé, climat, francophonie, gouvernance maritime. C’est dans cette influence quotidienne qu’on gagne ou qu’on perd une région. Sur Taïwan et les mers régionales, ma ligne est claire : soutien au statu quo, refus de la force, respect du droit international, missions de présence assumées mais calibrées.

Les relations entre Paris et Alger traversent une crise profonde, tandis que le Maroc affirme de plus en plus son rôle régional et que la Libye demeure fragmentée. Quelle politique entendez-vous mener vis-à-vis de l’Algérie et plus largement du Maghreb ?

La France ne peut plus y arbitrer les rivalités, elle doit y hiérarchiser ses intérêts et compartimenter ses relations. Elle doit surtout cesser de faire dépendre toute sa politique régionale de l’Algérie. L’Algérie, le Maroc et la Libye n’appellent pas la même politique : il faut parler aux deux rives du duel algéro-marocain sans dépendre d’aucune, et empêcher que la Chine, la Russie, la Turquie ou les monarchies du Golfe ne structurent seules la région. Car le Maghreb est notre profondeur stratégique en Méditerranée, au Sahel et en Europe et, par les mémoires et les diasporas, un sujet de tension ou de cohésion intérieure française.

Avec l’Algérie, je ne veux ni rupture théâtrale, ni aveuglement mémoriel. Elle est trop importante pour être traitée en adversaire, et trop conflictuelle pour rester un partenaire privilégié. Le cœur du problème est l’accord de 1968, qui place les ressortissants algériens hors de notre droit commun et neutralise nos réformes migratoires : aucune réforme sérieuse de l’immigration n’est possible sans le dénoncer. Le levier des visas doit être constant et hiérarchisé : d’abord les passeports diplomatiques et les dignitaires du régime, avant les familles et les étudiants. Un État qui refuse de reprendre ses ressortissants délinquants et tolère des opérations d’ingérence sur notre sol ne peut prétendre à nos largesses. La relation deviendra solide le jour où elle se fera d’égal à égal, entre deux nations qui tiennent parole. J’y travaillerai.

Avec le Maroc, c’est l’inverse, et tant mieux. La reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental a clarifié la relation et débouche sur un partenariat d’exception, jusqu’à un traité bilatéral inédit. Le Maroc est notre premier partenaire économique en Afrique et un point d’entrée vers tout le continent. Je souhaite approfondir ce lien : ferroviaire, énergie, sécurité, co-développement en Afrique. Une diplomatie de clarté et d’intérêts mutuels obtient ce qu’une diplomatie de l’ambiguïté n’obtient jamais.

La Libye, enfin, est une plaie ouverte aux portes de l’Europe : un pays coupé en deux, sans élection depuis 2014, où la Turquie et la Russie ont installé leurs relais pendant que les Européens étaient marginalisés. Son plan de réunification se négocie désormais à Washington. Nos intérêts y sont pourtant directs : terrorisme, flux migratoires, énergie. La France doit y retrouver une voix, avec ses partenaires européens et sous mandat des Nations unies, au lieu de subir un dossier où d’autres décident à sa place. 

Je n’oublie pas la Tunisie, clé des flux migratoires et de la stabilité du Maghreb central : un partenariat exigeant, sans complaisance pour ses dérives. Car tout se tient. Il n’y a pas de politique sahélienne sérieuse sans une lecture fine des enjeux avec ces pays.

N’oublions pas enfin les enjeux culturels d’une politique constructive avec le Maghreb.

Après les revers enregistrés au Sahel et le recul de l’influence française dans plusieurs pays africains, comment la France peut-elle reconstruire une relation crédible avec l’Afrique face à la montée en puissance de nouveaux acteurs comme la Chine, la Russie ou la Turquie ?

Disons d’abord la vérité : notre désengagement militaire du Sahel est achevé. Cinq accords de défense rompus – Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad, Sénégal – nos bases rétrocédées ; il ne nous reste guère que Djibouti et un point d’appui au Gabon. Wagner, rebaptisé Africa Korps, occupe le terrain. La Turquie y vend ses drones, la Chine y avance ses intérêts. Cet échec a une cause : nous avons trop longtemps fait reposer la relation sur le militaire et sur une posture de paternalisme post-colonial que plus personne n’acceptait.

Reconstruire suppose de changer de logiciel, et même de question : au lieu de nous demander comment retrouver notre influence, demandons-nous pourquoi un État africain choisirait la France plutôt que la Chine, la Russie ou la Turquie. Tant que nous n’y répondons pas froidement, tout « reset » reste cosmétique. La repentance n’achète aucune influence. Je crois à une relation d’intérêts, sans condescendance ni culpabilité. La réponse est donc aussi ans leurs priorités, pas dans nos catégories : l’emploi des jeunes, la dette, l’énergie, l’agriculture, les infrastructures, l’accès au capital comptent plus, pour eux, que nos débats mémoriels.

Cela suppose aussi d’abandonner le réflexe du pré carré francophone. Le rapprochement avec les économies anglophones dynamiques – le partenariat avec le Kenya, le sommet de Nairobi – va dans le bon sens. L’Afrique est un continent jeune et en croissance, qui se pense désormais comme un sujet stratégique, et non comme une chasse gardée. Nous y conservons des atouts considérables, mais notre seule présence ne suffit plus : il faut convaincre, proposer des offres sectorielles tenables, et co-construire plutôt que prétendre piloter. L’influence se regagnera par l’utilité et la constance, dans la durée.

Le Moyen-Orient connaît une nouvelle phase de déstabilisation avec la guerre entre Israël et l’Iran, la fragilité persistante du Liban et le retour des affrontements régionaux. Comment analysez-vous la politique de la France au Levant et quelle devrait être la meilleure position diplomatique et stratégique de la France ?

En politique étrangère, ce sont les rapports de force qui décident. L’Iran ne cède qu’à la contrainte, et un accord arraché sous la menace ne vaut que ce que vaut sa garantie. Pour Israël, l’affrontement avec l’Iran est existentiel : son droit à se défendre est légitime, et la responsabilité première de l’escalade revient à Téhéran et à ses proxies. Un Iran doté de l’arme nucléaire reste une ligne rouge absolue. Or le mémorandum qui vient d’être signé diffère ce problème, il ne le règle pas. Il promet le démantèlement et le retrait de l’uranium enrichi ; mais ces 440 kilogrammes à 60 %, de quoi fabriquer une dizaine de bombes, ne seront neutralisés que lorsque cet engagement sera effectif et vérifié.

Et les négociations censées le finaliser se présentent mal. La dilution du stock sur le sol iranien, puisque Téhéran refuse de l’exporter, est pleine de zones d’ombre : à quel taux, selon quel calendrier ? Surtout, ce stock resterait en Iran, et une dilution se renverse en quelques mois. 

Quant à Ormuz, l’Iran annonce un droit de péage à partir de mi-août, au mépris du droit international et de la promesse américaine d’un détroit libre : une dangereuse boîte de Pandore.

Ce que cette crise révèle surtout, c’est l’absence française. Nous sommes pourtant l’un des rares pays capables de parler à toutes les parties, d’œuvrer à la défense du droit international, la sécurité d’Israël, la souveraineté du Liban et la critique du rôle iranien. 

Nous en avons les moyens : des Rafale qui protègent en ce moment nos partenaires du Golfe, 400 000 ressortissants, le Charles-de-Gaulle sur zone, des accords de défense avec les Émirats, le Qatar et le Koweït, un siège permanent au Conseil de sécurité. Pourtant, l’accord sur le nucléaire se négocie sans nous, d’Islamabad à la Suisse ; le plan pour Gaza s’écrit à Washington sans nous. 

Nous siégions dans le format E3/P5+1 qui a négocié l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien aux côtés de nos partenaires européens, de la Russie, de la Chine et des États-Unis ; nous n’y sommes plus. Hésitante, la France a vu son influence régresser et failli perdre ce qui fait sa singularité : pouvoir parler à tous.

Au Liban, la ligne doit être ferme et utile : soutien à l’État et à son armée, désarmement du Hezbollah et retrait au sud du Litani comme conditions non négociables, dans le cadre de la résolution 1701. Je veux saluer ici la mémoire de nos soldats de la FINUL tombés cette année. La France y a un rôle ; encore faut-il qu’elle le tienne.

La diplomatie d’affichage, elle, nous affaiblit. Reconnaître un État sans contrepartie, comme nous l’avons fait avec la Palestine, ou écarter un partenaire de défense d’un salon d’armement, n’envoie aucun signal stratégique. Cela irrite des alliés et nous prive de coopérations utiles. La France n’est pas perçue comme neutre, et peu importe. Elle doit être perçue comme prévisible, ferme et utile ; ni dans la posture purement morale, qui parle sans effet, ni dans l’alignement réflexe, qui suit sans stratégie. 

La seule influence qui dure est celle d’une puissance qui apporte de la sécurité, un appui à nos partenaires et des solutions concrètes. Cela veut dire défendre des intérêts précis – empêcher un Iran nucléaire, protéger nos ressortissants et nos alliés du Golfe, sécuriser notre approvisionnement énergétique – et exiger notre place à chaque table. C’est la condition pour cesser de subir une région où se jouent directement notre sécurité et notre approvisionnement.

Enfin, entre guerre en Ukraine, menace jihadiste persistante au Sahel, affirmation de la Russie, montée des puissances émergentes comme l’Inde et remise en cause du modèle occidental, considérez-vous que la France doit revoir en profondeur sa doctrine diplomatique et militaire pour redevenir une puissance d’équilibre et d’influence ?

La France doit et peut redevenir une puissance d’initiative plus que d’équilibre. Elle doit retrouver la capacité d’agir la première et d’entraîner les autres, sur l’Ukraine, sur ses approvisionnements, sur ses technologies.

L’initiative la plus difficile qu’il nous faut donc anticiper sera celle qui prévaudra à la sortie de la guerre en Ukraine. Il faudra à la fois aider à reconstruire un pays ravagé et rouvrir avec la Russie, qui restera notre voisine, un canal de dialogue. 

Sans naïveté. Il s’agit de renouer ce dialogue structuré qui, au plus fort de la guerre froide, a réduit les tensions avec l’URSS, un ennemi nucléaire autrement plus menaçant avec lequel nous avons su parler sans rien lui céder. Nous saurons parler à une Russie qui défend durement ses intérêts, pour trouver, là où c’est possible, des zones de moindre conflictualité.

Mais porter de telles initiatives suppose une France qui pèse. 

Nous ne devons surtout pas renier notre identité, mais réarmer ce qui a toujours fait notre force : la liberté d’appréciation gaullienne, dans un monde devenu plus dur. Nous ne pèserons pas en rêvant d’une neutralité impossible ou en se voulant la conscience morale de l’Occident. 

Nous pèserons en nous donnant les moyens d’agir. Le chantier est d’abord intérieur. C’est là que tout commence.

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Roland Lombardi

Roland Lombardi

Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.

Il est chargé de cours au DEMO – Département des Études du Moyen-Orient – d’Aix Marseille Université et enseigne la géopolitique à Excelia Business School de La Rochelle.

Il est régulièrement sollicité par les médias du monde arabe. Il est également chroniqueur international pour Al Ain. Il est l’auteur de nombreux articles académiques de référence notamment : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Études Internationales, HEI – Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l’Orient, vol. 128, no. 4, 2017, « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Été 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux, « Ambitions égyptiennes et israéliennes en Méditerranée orientale », Revue Conflits, N° 31, janvier-février 2021 et « Les errances de la politique de la France en Libye », Confluences Méditerranée, vol. 118, no. 3, 2021, pp. 89-104. Il est l’auteur d’Israël au secours de l’Algérie française, l’État hébreu et la guerre d’Algérie : 1954-1962 (Éditions Prolégomènes, 2009, réédité en 2015, 146 p.). Co-auteur de La guerre d’Algérie revisitée. Nouvelles générations, nouveaux regards. Sous la direction d’Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur, aux éditions Karthala, Février 2015, Gaz naturel, la nouvelle donne, Frédéric Encel (dir.), Paris, PUF, Février 2016, Grands reporters, au cœur des conflits, avec Emmanuel Razavi, Bold, 2021 et La géopolitique au défi de l’islamisme, Éric Denécé et Alexandre Del Valle (dir.), Ellipses, Février 2022. Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.

Ses derniers ouvrages : Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (VA Éditions, Janvier 2020) – Préface d’Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité de la DGSE, Poutine d’Arabie (VA Éditions, 2020), Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2021), Abdel Fattah al-Sissi, le Bonaparte égyptien ? (VA Éditions, 2023).

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