EXCLUSIF – L’Entretien avec le Colonel Dubois – Confits en zone de grand froid : L’EMHM l’excellence qui répond aux exigences du combat en milieu difficile

EXCLUSIF – L’Entretien avec le Colonel Dubois – Confits en zone de grand froid : L’EMHM l’excellence qui répond aux exigences du combat en milieu difficile

lediplomate.media — imprimé le 02/07/2026
Colonel Dubois – Confits
Réalisation Le Lab Le Diplo

Le Colonel Gaëtan Dubois, officier des troupes de montagnes depuis 2003, diplômé de l’École Spéciale militaire de Saint Cyr en 2002 et de l’École de guerre en 2016, a effectué une carrière miliaire principalement orientée vers les opérations et la préparation des capacités militaires, tant dans les équipements que dans la formation ou dans l’expertise du milieu. C’est à l’EMHM, l’École militaire de Haute Montagne, entre 2019 et 2021, qu‘il occupe le poste de directeur général des études, de la prospective et de la formation « montagne et grand froid ». Il rejoint l’état-major de l’armée de terre comme chef de la section chargée des dossiers de synthèse puis, conseiller militaire du ministère de l’Intérieur jusqu’en 2024, pour prendre ensuite le commandement de l’EMHM.

C’est au salon Eurosatory, le salon mondial de la Défense et de la Sécurité intérieure et Sécurité civile que Le Diplomate l’a rencontré.

Propos recueillis par Dorothée Retornaz

Le Diplomate : Quelle est la mission de l’EMHM ? Qu’est ce qui fait la spécificité d’une zone de conflit grand froid à une autre ?

Gaëtan Dubois : Depuis sa création en 1932, l’EMHM constitue une institution unique au sein des armées françaises. Implantée à Chamonix, et depuis 2024, avec une annexe à Modane, elle répond aux exigences croissantes du combat en milieu difficile.

Subordonnée à la 27e BIM, l’EMHM est l’unique pôle d’expertise montagne et grand froid (MGF) des armées. Elle forme tous les cadres spécialistes (27 BIM, forces spéciales des 3 armées, autres unités et soutiens interarmées ayant des spécialistes) aux techniques de déplacements (alpinisme, ski, voire parapente pour les commandos montagne, mobilité motorisée en chenillettes, motoneige, quad) et de franchissement, stationnement, combat, gestion du risque de milieu, jusqu’aux expéditions sur tous les continents.

L’EMHM forme non seulement des cadres spécialistes de la montagne, mais surtout des chefs aptes à commander en milieu isolé et engagé, éprouvés, à la gestion de risques opérationnels réels avec leurs hommes. En tant qu’école de domaine, l’EMHM est le contributeur majeur sur l’ensemble du spectre des réflexions capacitaires : doctrine, mémento tactique ou technique, Réglementation, militaire, ressources humaines et formations, veille, équipements à venir et Innovation spécifique pour le milieu.

Qu’est-ce qui différencie la montagne du grand froid ?

Du point de vue des opérations, la classification du froid est fortement liée à des considérations physique et d’équipement : à partir de 4° C permanent, on parle d’opération en zone froide et on distingue le grand froid à partir de -21°C permanent.

Cette classification est étroitement associée à la géographie puisqu’on retrouve les conditions d’opérations en zone froide en hiver en Europe continentale et, des conditions de grand froid dans les zones polaires, subpolaires et en haute montagne hivernale. On peut donc avoir du grand froid et de la montagne, avec la contrainte du relief et du risque avalanche, comme le nord de la Norvège ou l’Alaska, mais également du grand froid sans montagne dans des zones de plaine comme la Laponie finlandaise. Dans ces zones, les élongations, l’abrasivité du climat, sont des facteurs discriminants qui entament le potentiel de combat bien avant que l’ennemi ne le fasse. À l’exception des zones combinant montagne et grand froid, l’ouverture du milieu apparente la manœuvre en milieu grand froid à celle caractérisant le milieu désertique.

À lire aussi : ANALYSE – A l’assaut de la Nouvelle-Calédonie (PARTIE 1)

Le dérèglement climatique modifie-t-il l’opérationnel ?

Indéniablement, dès aujourd’hui, le dérèglement climatique a des effets importants sur les opérations militaires en montagne et dans les environnements de grand froid. Paradoxalement, il ne signifie pas simplement « moins de froid » : il rend souvent les conditions plus variables, plus imprévisibles et parfois plus dangereuses

En montagne, il engendre, une instabilité accrue du terrain, que l’EMHM observe et documente déjà depuis plusieurs années pour ses usages et son expertise militaires, en lien avec les scientifiques spécialistes du sujet. La fonte du pergélisol (sol gelé en permanence) fragilise les pentes rocheuses. Cela entraîne davantage d’éboulements et de chutes de pierres, une augmentation du risque d’avalanches dans certaines zones, une dégradation, voire une inaccessibilité de certains itinéraires. Les saisons de neige deviennent souvent plus courtes et moins prévisibles, les armées doivent donc adapter leurs outils de planification et de gestion du risque. Enfin, il y a des effets sur les infrastructures : glissements de terrain, crues torrentielles et érosion accélérée, qui peuvent avoir un impact sur les opérations

Nombreux points communs avec les effets dans le grand froid. Pour autant dans l’Arctique, l’effet majeur c’est bien l’ouverture de nouvelles zones stratégiques avec la diminution de la banquise : nouvelles routes maritimes ; accès plus facile à certaines ressources naturelles et donc au final intensification de la compétition entre les États.

Comme en montagne les conditions météorologiques deviennent de plus en plus imprévisibles. Même si la température moyenne augmente, les militaires doivent faire face à des épisodes de froid extrême toujours présent, des tempêtes plus fréquentes ou plus intenses et des alternances rapides entre pluie, neige et gel.

Comme en montagne, la fonte du pergélisol dégrade les infrastructures qui y sont plus nombreuses : routes, pistes d’aviation ou encore bâtiment qui s’affaissent mais également période de transition « boueuse » plus longue avec des enjeux forts de mobilité tactique. Après la neige de l’hiver, il faut pouvoir combattre et soutenir en se déplaçant également dans la toundra marécageuse et la boue. Ce qui implique des véhicules adaptés à ces types de sol mais également de prendre en considération ces contraintes, de plus en plus fortes, dans la planification opérationnelle.

Le matériel évolue-t-il rapidement aux besoins du terrain ?

La mobilité motorisée, indispensable aujourd’hui, devra demain être consolidée avec une densification du parc spécialisé : « VHM futur », aux versions interarmes, vecteur logistique adapté au grand froid, mais également diversification des vecteurs légers (motoneige, quad, etc.) pour faire face aux défis tactiques et au besoin des différents types de terrain rencontrés. Les munitions rodeuses adaptées au froid, les plateformes robotisées armées, avec une autonomie en environnement dégradé, constitueront probablement le socle de la capacité feu du niveau tactique

Enfin, l’hypothèse d’engagement grand froid en coopération avec nos alliés fait de l’interopérabilité des systèmes d’information opérationnels et de la compatibilité des matériels des prérequis aux opérations conjointes.

Pour autant, sur le terrain, l’expérience des déploiements réguliers en zone polaire, seuls ou avec nos alliés, souligne que la réussite dans un environnement aussi abrasif que le grand froid repose d’abord sur l’investissement dans l’individu. La formation, la capacité d’adaptation et l’autonomie des combattants demeurent des facteurs décisifs.

Dans cette arène où se multiplient les conflits, marqués par des innovations technologiques, comment se situe la France ? 

Les Français représente 700 exposants. Notre base industrielle et technologique de Defense (BITD) est parmi les plus capables au monde et une des rares complètes, depuis les grands groupes comme THALES, qui prône son dôme antimissile aux start-ups innovantes comme ORUS qui expose son microsatellite hyperspectral qui sera lancé dans l’espace en 2027. 

Le défi est permanent. Il s’agit, sous peine de déclassement, de réussir les virages de l’intelligence artificielle et du New Space. Cela ne pourra se faire qu’en s’associant avec les forces vives innovantes duales de la French Tech et des acteurs de l’industrie civile. La révolution dans les affaires capacitaires de Défense viendra en effet de l’adoption de nombre de processus propres au marché civil : organisation de production de masse, prix accessibles, approche produit incrémentale.

L’avenir de la défense en France passera par ces alliances, cette forme d’union nationale, pour être plus fort au sein de l’Europe et en exportation dans le monde.

À lire aussi : ANALYSE – La promesse du chemin de fer Chine-Kirghizistan-Ouzbékistan redessine l’échiquier eurasiatique


#EMHM, #GrandFroid, #GuerreEnMontagne, #Arctique, #Défense, #ArméeFrançaise, #ForcesArmées, #27BIM, #Chamonix, #Militaire, #Eurosatory, #InnovationDéfense, #CombatEnMontagne, #ConflitsModernes, #StratégieMilitaire, #Géopolitique, #ArcticWarfare, #ColdWeatherOperations, #ForcesSpéciales, #DoctrineMilitaire, #SécuritéInternationale, #DéfenseEuropéenne, #OTAN, #NewSpace, #IntelligenceArtificielle, #BITD, #IndustrieDeDéfense, #LeadershipMilitaire, #FormationMilitaire, #CombatGrandFroid, #TroupesDeMontagne, #Souveraineté, #InnovationMilitaire, #SécuritéNationale, #ClimatEtDéfense, #GuerreDuFutur, #TechnologiesMilitaires, #OpérationsMilitaires, #ExpertiseMontagne, #LeDiplomate

Dorothée Retornaz

Dorothée Retornaz

Dorothée Retornaz est correspondant de presse indépendant pour Le Dauphiné Libéré et modératrice d’échanges portant sur l’aéronautique, la géopolitique et la littérature dans différents salons du livre en région Rhône Alpes.

▼ Lire la biographie complète
Retour en haut