ANALYSE – Le Hezbollah, pilier stratégique de l’Iran : Les experts alertent sur les faiblesses de l’accord américano-iranien

ANALYSE – Le Hezbollah, pilier stratégique de l’Iran : Les experts alertent sur les faiblesses de l’accord américano-iranien

lediplomate.media — imprimé le 02/07/2026
Trump vs Hezbollah
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Angélique Bouchard

Alors que l’administration Trump a conclu un mémorandum d’entente avec l’Iran, plusieurs experts en politique étrangère appellent à une extrême prudence concernant le groupe terroriste Hezbollah. Considéré comme l’outil le plus précieux du régime iranien, le groupe libanais reste au cœur des préoccupations sécuritaires américaines et régionales.

Dans le mémorandum d’entente signé entre Washington et Téhéran, le nom du Hezbollah n’apparaît pas explicitement. Cependant, la première des quatorze clauses exige « la fin permanente des opérations militaires sur tous les fronts », y compris la cessation des hostilités au Liban. Pour de nombreux analystes, cette formulation vise directement le groupe terroriste chiite, sans pour autant proposer de mesures contraignantes pour son désarmement ou son affaiblissement structurel.

Le Hezbollah, « joyau de la couronne » de la stratégie iranienne

Lisa Daftari, rédactrice en chef, a déclaré à Fox News Digital que « le Hezbollah n’est pas seulement le proxy le plus précieux du régime iranien ; c’est le joyau de la couronne de sa défense avancée ». Selon elle, « pendant près de cinq décennies, la République islamique a investi des milliards pour transformer le Hezbollah en un arsenal de missiles déployé à l’avant, pointé directement vers le cœur d’Israël ».

Elle ajoute que « perdre le Hezbollah ferait plus de mal aux mollahs que de perdre le détroit d’Ormuz ou n’importe quoi d’autre dans leur arsenal. C’est pourquoi le Hezbollah figure dans la clause numéro un » du mémorandum.

Bill Roggio, senior fellow à la Foundation for Defense of Democracies, rappelle que « le Hezbollah a un historique de cinq décennies de meurtres d’Américains, commençant par l’attentat contre les casernes des Marines à Beyrouth en 1983». Il précise que le groupe a également joué un rôle clé dans la formation et le soutien des milices irakiennes responsables de la mort de plus de 600 soldats américains, et qu’il a entraîné Al-Qaïda à l’utilisation de voitures piégées suicides.

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Les mécanismes financiers : comment l’Iran finance le Hezbollah malgré les sanctions

L’un des points les plus sensibles de l’accord concerne les mécanismes financiers. L’Iran finance le Hezbollah depuis des décennies via le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) et ses forces Qods. Ces transferts se font à travers des réseaux complexes de sociétés-écrans, des transferts d’argent liquide et des circuits de blanchiment qui permettent de contourner les sanctions internationales.

Le mémorandum d’entente prévoit la création d’un fonds de 300 milliards de dollars destiné à la reconstruction et au développement économique de l’Iran. Plusieurs sénateurs républicains ont vivement critiqué cette disposition. Le sénateur Roger Wicker a estimé que ce fonds « rendrait le paiement accordé à l’Iran sous l’accord de 2015 du président Obama dérisoire en comparaison ». De son côté, le sénateur Ted Cruz a averti que « donner des milliards de dollars à des fanatiques théocratiques qui veulent nous assassiner est une idée exceptionnellement mauvaise », ajoutant que cet argent serait utilisé pour « assassiner des Américains ».

Ces critiques soulignent un risque majeur : si l’Iran parvient à accéder à ces fonds sans concessions réelles sur ses activités terroristes, cela pourrait permettre à Téhéran de renforcer financièrement le Hezbollah et d’autres milices régionales. Les sanctions actuelles limitent déjà les ressources de l’Iran et contraignent le régime à faire des choix difficiles en matière de financement de ses proxies. Un afflux de capitaux pourrait donc inverser cette dynamique et redonner de l’oxygène à l’économie de guerre iranienne.

Le rôle de la Russie dans le soutien à l’Iran et au Hezbollah

La Russie a joué jusqu’ici un rôle croissant aux côtés de l’Iran dans le contournement des sanctions et le soutien aux proxies régionaux. Moscou, tout en préservant ses relations avec l’État hébreu et ne pas froisser l’administration Trump, a fourni ces dernières années à Téhéran des technologies, des armes et une coopération diplomatique qui permettent au régime iranien de résister à la pression occidentale. Avec l’échec de la chute du régime, cette alliance entre les deux pays peut peut-être renforcer la capacité de l’Iran à maintenir son soutien au Hezbollah, malgré les difficultés économiques.

La Russie et l’Iran coordonnent également leurs efforts au Moyen-Orient, notamment en Syrie, où leurs intérêts convergent pour contrer l’influence américaine et israélienne. Cette coopération indirecte bénéficie au Hezbollah, qui reçoit une partie de son armement et de son financement via des circuits protégés par cette alliance russo-iranienne. L’accord américano-iranien pourrait donc être affaibli si la Russie continue d’aider Téhéran à contourner les restrictions financières et militaires.

Un accord qui évite de traiter frontalement la menace le Hezbollah

Le secrétaire d’État Marco Rubio a défendu le mémorandum en affirmant que les menaces posées par les proxies iraniens étaient couvertes par le texte. « Quand on parle de la fin des hostilités dans toute la région, cela n’est pas possible tant que les proxies iraniens lancent des missiles et des drones depuis l’Irak et participent à des actes de terrorisme comme l’ont fait le Hamas et le Hezbollah », a-t-il déclaré.

Pourtant, plusieurs experts estiment que l’accord reste insuffisant. Jonathan Conricus, ancien porte-parole de l’armée israélienne, a affirmé que « du point de vue israélien, le Hezbollah n’est pas une organisation avec laquelle on peut négocier ou espérer qu’elle change ses méthodes ». Il a ajouté que le groupe, en tant qu’organisation djihadiste, a pour objectif principal de mener une guerre sainte contre les Juifs, puis contre les chrétiens et les Occidentaux.

Un passif américain toujours d’actualité

L’affaire Amer Fakhoury illustre la menace persistante que représente le Hezbollah. Ce Libano-Américain a été enlevé et torturé au Liban en 2019 par le groupe. Une cour fédérale américaine a jugé que l’Iran, à travers son proxy, était responsable de sa détention. Sa famille a obtenu gain de cause après une longue bataille judiciaire.

Les filles d’Amer Fakhoury ont déclaré que « la stabilité durable au Liban ne peut pas se faire au détriment de la responsabilité » et ont appelé à ce que « les organisations terroristes comme Hezbollah ne détiennent plus le pouvoir d’intimider, de détenir et de réduire au silence des personnes innocentes ».

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L’accord entre les États-Unis et l’Iran laisse de nombreuses zones d’ombre concernant le Hezbollah. Si le mémorandum évoque la fin des hostilités au Liban, il ne nomme pas explicitement le groupe et ne prévoit pas de mesures contraignantes pour son désarmement ou son affaiblissement durable.

L’impact économique des sanctions, combiné au projet de fonds de 300 milliards de dollars et au rôle de la Russie et surtout la Chine dans le contournement des restrictions, pose la question centrale de savoir si l’Iran sera réellement contraint de réduire son soutien au Hezbollah ou s’il pourra au contraire renforcer ses capacités. Pour de nombreux experts, tant que le groupe conservera son arsenal, son financement et son rôle central dans la stratégie de Téhéran, toute perspective de stabilité durable au Liban et dans la région restera compromise. La capacité de l’administration Trump à obtenir des concessions concrètes sur ce dossier sera déterminante pour la crédibilité de l’accord.

Mais pour Roland Lombardi, historien, géopolitologue spécialiste du Moyen-Orient et directeur du Diplomate média, c’est déjà un lamentable fiasco : « J’avais écrit dès le premier jour que Donald Trump prenait un pari considérable en frappant l’Iran. À mes yeux, il misait sur un effondrement rapide du régime, favorisé par une décapitation militaire et un possible basculement et un coup de palais interne et favorable que beaucoup, à Jérusalem comme à Washington, pensaient imminent. Ce scénario ne s’est pas matérialisé. Il a joué… et il a perdu.

Les frappes ont incontestablement affaibli les capacités iraniennes, mais Téhéran a remporté surtout une autre bataille : celle de la communication. En donnant l’image d’un régime qui tient debout malgré les coups, il a nourri un récit de résilience, alors même que, militairement et économiquement, il était au bord de la rupture ou du moins en sort profondément fragilisé.

Face au risque d’enlisement, à la flambée des prix du pétrole, surtout sur les pompes à essence américaines, au risque d’une crise financière mondiale, ainsi qu’à la déception, la défiance grandissante d’une partie de son électorat MAGA – à qui il avait promis d’en finir avec les guerres sans fin –, dont une frange commençait à se détourner de lui, écœurée par ce qu’elle percevait comme un reniement des engagements de leur champion, Donald Trump a choisi de refermer le dossier au plus vite et dans la précipitation. Or, en politique comme à la guerre, l’impatience est souvent mauvaise conseillère.

Je continue de penser qu’une stratégie d’asphyxie économique et financière de long terme aurait été bien plus efficace qu’une intervention militaire risquée. J’ai toujours été un adversaire farouche des néoconservateurs américains et de leurs guerres catastrophiques de regime change, mais si l’on décide malgré tout de se lancer dans un conflit, encore faut-il savoir où l’on veut aller. Machiavel rappelait qu’une guerre ne se conduit pas à moitié : on la mène jusqu’à son terme ou on s’abstient de la déclencher.

Le paradoxe est là. Après avoir défendu pendant des années une politique de « pression maximale », Trump semble désormais s’engager dans un accord bâclé et qui pourrait offrir au régime iranien un répit économique et financier. Si celui-ci devait se traduire par un afflux massif de dollars et de ressources, Téhéran disposerait à nouveau de marges de manœuvre pour reconstituer sa puissance régionale et soutenir ses proxies, pourtant considérablement affaiblis et en réalité absolument exsangues ces derniers mois sous les coups israéliens.

Cerise sur le gâteau, cet accord redonne une influence déterminante au Qatar et au Pakistan, deux acteurs qui, depuis des années, jouent leur propre partition régionale et dont les orientations stratégiques sont souvent à rebours des intérêts occidentaux. À force de vouloir sortir au plus vite du dossier iranien, le président américain risque bien de réinstaller au centre du jeu ceux qu’il prétendait précisément marginaliser.

Pire encore, ce revirement donne le sentiment que Trump abandonne en chemin, une nouvelle fois et comme ses lamentables prédécesseurs, ses alliés israéliens, la majorité du peuple libanais, prise en otage par le Hezbollah, mais aussi une grande partie du peuple iranien, otage eux aussi du régime des Pasdaran, à qui il avait laissé espérer un véritable soutien en faveur d’un changement politique.

À mes yeux, il s’agit d’un échec stratégique majeur et un échec cuisant. Non seulement pour sa politique au Moyen-Orient, mais aussi dans la compétition mondiale avec la Chine, qui observe avec attention l’incohérence – et les hésitations – de la puissance américaine. L’image de Donald Trump en ressort incontestablement écornée, y compris auprès d’une partie de ses propres partisans malgré l’arrêt précipité des combats. Et si cette inflexion devait se confirmer dans la durée, elle pourrait bien marquer la fin de ce que j’avais appelé le « sursaut Trump ».

Comme disait Churchill, « en politique, il n’y a qu’une chose pire que de faire la guerre : la faire sans savoir comment la terminer« . Et quand on commence à distribuer des jetons à son adversaire après l’avoir presque mis au tapis, il ne faut pas s’étonner de le voir se relever… »

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Angélique Bouchard

Angélique Bouchard

Diplômée de la Business School de La Rochelle (Excelia - Bachelor Communication et Stratégies Digitales) et du CELSA - Sorbonne Université, Angélique Bouchard, 25 ans, est titulaire d’un Master 2 de recherche, spécialisation « Géopolitique des médias ». Elle est journaliste indépendante et travaille pour de nombreux médias. Elle est en charge des grands entretiens pour Le Dialogue.

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