EXCLUSIF – Le Grand Entretien avec le compositeur de Citizen Vigilante, Rodolfo Matulich : « Le public ne devait pas avoir de répit »

EXCLUSIF – Le Grand Entretien avec le compositeur de Citizen Vigilante, Rodolfo Matulich : « Le public ne devait pas avoir de répit »

lediplomate.media — imprimé le 08/08/2026
Le Grand Entretien avec le compositeur de Citizen Vigilante, Rodolfo Matulich
Réalisation Le Lab Le Diplo

Dans un cinéma contemporain souvent dominé par des bandes originales lisses et interchangeables, la musique de Citizen Vigilante se distingue par sa densité émotionnelle et par sa capacité à porter, à elle seule, une part substantielle du propos du film. Derrière cette partition se trouve Rodolfo Matulich, pianiste, chef d’orchestre et compositeur italien.

Formé au piano au conservatoire d’Alessandria, il s’est spécialisé dans la musique de film auprès d’Ennio Morricone à l’Accademia Chigiana de Sienne, a étudié l’orchestration avec Norman Ludwin et travaillé avec des orchestres à Sofia, Londres et Budapest. On lui doit la musique de Russian Beauty, distribué par Medusa, ainsi qu’une Symphonie n° 1 dédiée à Jean-Paul II, écrite pour le vingt-cinquième anniversaire du pontificat et publiée par Warner Music – une œuvre qui dit assez l’amplitude d’un parcours que le seul cinéma ne résume pas.

Sur Citizen Vigilante, il signe une partition qui mêle orchestre symphonique et électronique, et qui joue moins l’illustration que le contrepoint : là où le film est frontal, la musique introduit de la douceur, et c’est précisément de cette tension qu’elle tire sa force.

Entretien avec le compositeur, à propos d’un film dont la sortie est devenue une affaire publique – interdit en Allemagne, relayé gratuitement sur X par Elon Musk, puis en tête des classements de location numérique.

Propos recueillis par Angélique Bouchard

Entretien réalisé par écrit en juillet 2026, traduit de l’italien. Les réponses sont reproduites intégralement ; seules la ponctuation et l’orthographe ont été rétablies. Les propos n’engagent que leur auteur.

Le Diplomate Media : Comment êtes-vous arrivé sur Citizen Vigilante ? Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce projet ?

Rodolfo Matulich : J’ai été attiré par le titre — le film s’appelait à l’origine The Dark Knight — et par l’histoire d’un Batman moderne qui n’est pas un super-héros, mais un homme comme nous.

Quelle a été votre première réaction en découvrant le scénario ou les premières images ? L’histoire a-t-elle résonné en vous personnellement ?

Le film est très réel : on le vit de l’intérieur. On fait partie de l’histoire comme si l’on faisait partie du casting. Tout est très réel.

Quelle a été votre approche d’ensemble pour composer cette partition ? Aviez-vous dès le départ une direction musicale ou une atmosphère précise en tête ?

Je n’avais pas de direction musicale précise, mais une certitude : le film devait contenir de nombreux genres musicaux — classique, rock, disco, etc.

Comment avez-vous travaillé avec le réalisateur sur l’identité musicale du film ? Y avait-il des références ou des consignes particulières ?

Je dirais qu’Uwe Boll a été fantastique. Il m’a laissé une grande liberté, sans points de référence imposés : le maximum pour un compositeur.

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Y a-t-il eu des scènes particulièrement difficiles, ou particulièrement inspirantes, à mettre en musique ?

La fin m’a beaucoup inspiré : Sander, le protagoniste, après avoir rendu justice à la jeune fille violée, lui apparaît en vidéo. Le thème que j’ai écrit, très doux, adoucit beaucoup la scène. Ensuite Henry, qui est blessé, et la scène initiale du supermarché. Mais je dois dire que chaque scène inspire énormément.

Le film possède une énergie très brute, très intense. Comment avez-vous utilisé la musique pour renforcer cette atmosphère sans l’étouffer ?

J’ai utilisé l’électronique associée à l’orchestre. Le morceau I’ll Kill You ressemble à un début de symphonie, qui renvoie à Mahler et à Bruckner, avant de rejoindre l’électronique. L’effectif est cordes et cors. Il commence par un pizzicato obsédant des violoncelles et des contrebasses, avant l’entrée d’un thème très bref aux violons, très dépouillé, de trois mesures ; puis un glissando des violoncelles conduit à une modulation lointaine par rapport à la tonalité de départ, pour repartir exactement da capo, avec en dessous une percussion électronique obsédante. On croit que le morceau accélère, mais en réalité non : c’est comme la pensée de Sander, immobile, qui réfléchit puis agit. Le thème de Sander donne une connotation de douceur au personnage, comme celui d’Henry.

Pendant la composition, avez-vous puisé dans le travail d’autres compositeurs de films ou dans des partitions précises ? Y a-t-il eu des références qui vous ont influencé ?

Je crois que tous les compositeurs subissent des influences, pour en sortir ensuite avec leur originalité propre, évidemment. Je connais bien le symphonisme tardo-romantique ; j’aime beaucoup Ravel, Ennio Morricone, John Williams. Mais je le répète : toujours dans mon originalité.

Comment compareriez-vous votre approche sur ce film avec d’autres partitions que vous avez écrites, ou avec le style d’autres compositeurs travaillant dans des genres voisins ?

J’ai toujours la même approche : ma caractéristique est de me couler dans le personnage, je suis caméléon. Quand j’ai écrit, il y a des années, la musique du film Russian Beauty, on me croyait russe. Un grand chef d’orchestre russe me l’a dit : « Mais tu n’es pas russe ?! Comment as-tu fait pour écrire une musique aussi russe ? »

Dans le paysage actuel de la musique de film, où beaucoup de partitions sont très électroniques ou minimalistes, avez-vous fait le choix conscient d’aller dans une autre direction sur Citizen Vigilante ?

J’aime naviguer d’un registre à l’autre. J’adore l’orchestre et j’en mets toujours : l’orchestre respire toujours davantage que l’électronique. Pour Citizen, j’ai voulu être non seulement doux, mais aussi obsédant. Le public ne devait pas avoir de répit.

Le film explore les thèmes de la justice, du vigilantisme et de l’effondrement de la société. Comment avez-vous cherché à traduire ces idées par la musique ?

Sander est parfois vu comme un homme froid, un justicier calculateur. Moi, je l’ai vu souffrant, au contraire — et son thème en est le constat. Sander est et représente l’Europe et son avenir : souffrant, dramatique. Le thème traduit, dans sa douceur mais aussi dans sa dimension dramatique, l’état d’une Europe décadente, aux mains d’une politique qui ne sait pas réagir aux abus commis envers les gens bien.

Selon vous, quel message la combinaison du récit et de la partition transmet-elle au public aujourd’hui ?

Elle transmet le récit d’une vision dure, forte, dans laquelle la partition s’intègre et qu’elle vient parfois adoucir. Presque un contrepoint inverse, qui donne de l’emphase à tout le film.

Dans le climat culturel et social actuel de nombreux pays occidentaux, pensez-vous que des films comme Citizen Vigilante font écho à une certaine frustration des gens envers les institutions et la criminalité ?

Je pense que oui. Personne ne voudrait d’une justice faite soi-même, mais si les institutions n’en prennent pas conscience, on risque que les Sander soient nombreux à l’avenir.

En tant que compositeur, avez-vous rencontré des résistances ou des polémiques pour avoir travaillé sur un projet au thème aussi ouvertement lié au vigilantisme ?

Je n’ai rencontré aucune résistance ; nous verrons à l’avenir ce qui se passera. Mais sur ce point je veux être clair : le film n’incite pas à la violence. Boll a eu le courage de montrer les choses telles qu’elles sont. Inciter à la violence, c’est ce qu’on lit dans l’actualité tous les jours. Il y a deux morceaux qui se détachent de la dimension obsédante que j’ai voulu donner à la partition : celui d’Henry et celui de Sander, qui sont adversaires dans le film, même si à la fin ils se comprennent.

Que voudriez-vous que les spectateurs retiennent de la musique de Citizen Vigilante ?

Le thème de Sander m’a bien réussi. J’aimerais que ce soit celui-là qu’ils gardent, parce que le film a une composante humaine très forte.

Sur quels autres projets travaillez-vous actuellement ?

Je viens de terminer un film italien. J’espère travailler à nouveau avec Uwe Boll, et je suis plusieurs projets internationaux.

Y a-t-il autre chose que vous souhaiteriez partager avec les lecteurs du Diplomate Media ?

Je les remercie avant tout. Beaucoup ignorent que je suis italien. J’ai quelques grands projets que j’espère mener à bien, et je les tiendrai au courant.

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Angélique Bouchard

Angélique Bouchard

Diplômée de la Business School de La Rochelle (Excelia - Bachelor Communication et Stratégies Digitales) et du CELSA - Sorbonne Université, Angélique Bouchard, 25 ans, est titulaire d’un Master 2 de recherche, spécialisation « Géopolitique des médias ». Elle est journaliste indépendante et travaille pour de nombreux médias. Elle est en charge des grands entretiens pour Le Dialogue.

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