TRIBUNE – Nice : Le renouveau d’un rôle stratégique clé pour la France et l’Italie en Europe

TRIBUNE – Nice : Le renouveau d’un rôle stratégique clé pour la France et l’Italie en Europe

lediplomate.media — imprimé le 08/08/2026
Nice : Le renouveau
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Henri de Grossouvre, essayiste

Dans cette tribune, Henri de Grossouvre plaide pour faire de Nice le cœur d’un nouveau partenariat stratégique entre la France et l’Italie. À travers le rôle d’Éric Ciotti, les ambitions du professeur Bernard Asso à la tête du Centre Universitaire Méditerranéen (CUM) et l’évolution des équilibres européens, il défend l’idée d’un axe Paris-Rome capable d’offrir une nouvelle impulsion à une Europe des nations.

Depuis sa fondation par des Grecs au IIIe siècle avant Jésus Christ, Nice joue un rôle international clé en méditerranée, ville grecque, romaine, puis appartenant au royaume de Piémont-Sardaigne elle a été culturellement italienne pendant plusieurs siècles avant son rattachement à la France en 1860. Elle synthétise les racines gréco-latines de l’Europe tout en attirant l’Europe du Nord, au XVIIIe siècle, puis au XIXe siècle, Nice devient la destination hivernale privilégiée des aristocraties européennes, notamment britanniques, russes et allemandes. La France en Europe a deux vocations principales : une franco-allemande et continentale, symbolisée par Strasbourg, nous partageons une histoire commune avec notre voisin oriental, depuis Charlemagne, et une vocation méditerranéenne ouverte au-delà de l’espace culturel et géographique européen symbolisée par Nice et Marseille. Après l’indépendance de l’Algérie, le général de Gaulle a choisi clairement de construire l’Europe sur une base franco-allemande. Cela a fonctionné jusqu’à la réunification de la RFA et de la RDA. Depuis la réunification, l’Allemagne s’est progressivement émancipée de la coopération avec la France en jouant de plus en plus ses intérêts propres au détriment de la solidarité européenne tout en bénéficiant des avantages de l’Union et surtout de l’Euro. L’Allemagne avait externalisé sa défense aux Etats-Unis, son énergie à la Russie et sa croissance économique à la Chine, même si ce schéma est caduc depuis le revirement allemand vis-à-vis de la Russie sous Merkel, accentué par la guerre en Ukraine et depuis la réélection de Donald Trump, l’Allemagne continue à jouer ses intérêts propres au détriment des intérêts de ses partenaires européens, notamment français. Le refus de travailler avec Dassault Aviation, seul entreprise européenne capable de construire un avion de combat de A à Z sans dépendre pour l’essentiel des anglo-saxons en est un exemple archétypal. 

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Parallèlement, l’Italie et la France se sont progressivement rapprochées, les présidents de la République française et italienne, Emmanuel Macron et Mario Draghi, ont signé à Rome le 26 novembre 2021 le traité de Quirinal, dont l’ambition est justement comparable à celle du traité de l’Élysée, signé par le général de Gaulle et le chancelier Adenauer. Le traité de Quirinal a été signé deux ans après le traité d’Aix la Chapelle (22 janvier 2019) dont l’objectif était d’adapter le traité de l’Élysée au XXIe siècle, force est de constater que ce traité n’a pas enrayé le déclin du pseudo « couple franco-allemand », formule exclusivement utilisée par les Français faisant d’ailleurs toujours sourire mes amis Allemands. 

La France et l’Italie aujourd’hui, comme la France et l’Allemagne, représentent presque la moitié du budget de l’Union Européenne, Rome et Paris, avec des alliés de l’UE, notamment en Europe Centrale, pourraient donc, si elles le veulent, peser de manière déterminante sur les orientations stratégiques européennes, cela serait d’autant plus facile s’il y a une proximité politique entre la France et l’Italie après les présidentielles de 2027. Une Europe forte, une Europe Puissance, mais une Europe des Nations, chère au général de Gaulle est donc un scénario possible, je dirais même souhaitable. Bernard Asso, professeur de droit public à Nice a dans son mandat d’élu de la ville de Nice auprès d’Éric Ciotti, le CUM, le Centre Universitaire Méditerranéen. Il est ainsi le successeur de Paul Valéry à la tête de cette manière de collège de France régional, conciliant excellence académique et littéraire et ouverture au grand public. Bernard Asso a un programme ambitieux pour le CUM, pour replacer Nice au cœur des enjeux méditerranéens et européens. Nous vivons une période de crise, certes, mais les crises sont d’autant plus graves qu’elles sont riches en opportunités. Le professeur Asso a d’ailleurs théorisé la spécificité et le sens du futur antérieur dans les langues européennes : ce qui est advenu aurait pu se réaliser différemment, « pour peu que nous sachions le vouloir », pour reprendre la formule du général de Gaulle. Du XIXe au XXIe siècle, dans les périodes mouvementées, Nice joue un rôle discret, voire secret, sous Rome, la région de Nice devient stratégique pour le contrôle des routes reliant l’Italie à la Gaule, le site de Cemenelum (Cimiez, où se pense aujourd’hui encore le rôle stratégique de Nice), colline de Nice, devient la capitale de la province des Alpes-Maritimes, assurant la liaison entre Rome, la Méditerranée et les Alpes. En 1858 un accord secret est conclu entre Napoléon III et le comte de Cavour, la France aide le Piémont à chasser les Autrichiens en échange du rattachement de Nice à la France qui aura lieu en 1860, Nice a ainsi permis paradoxalement l’unité italienne. Dans les années trente, la fourniture d’arme à l’Italie voisine passait par Nice. Depuis mars 2026, le nouveau maire de Nice, Éric Ciotti, dont le père est originaire de Trévise souligne l’importance de l’approfondissement de liens économiques et de transports entre la métropole de Nice et la Ligurie voisine, au plan national, il souhaite aussi la mise en place d’une alliance stratégique étroite entre Paris et Rome. Le rapprochement franco-italien, initié par Emmanuel Macron et Mario Draghi, n’est pas un projet partisan mais une tendance de fond de l’évolution géopolitique européenne qu’il convient d’accompagner car il est dans l’intérêt bien compris de la France, de l’Italie et des pays européens, Nice a tous les atouts pour en être le cœur, conceptuel et opérationnel. 

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Cet article a été initialement publié dans le quotidien italien Le Cronache.


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Henri de Grossouvre

Henri de Grossouvre

Henri de Grossouvre est essayiste en géopolitique européenne et relations internationales et directeur de la prospective d'un grand groupe français. Il est membre du Conseil d'administration de Sciences Po Strasbourg et a été président d'une épicerie sociale et solidaire. Il a grandi à la campagne en Bourbonnais (Allier) et habite pas loin de Strasbourg dans un village sur la rive droite du Rhin. Il a publié son premier livre "Paris Berlin Moscou" en 2001, il soutenait alors Jean-Pierre Chevènement, candidat souverainiste de gauche à l'élection présidentielle. Ce livre a été préfacé par le général Gallois qui avait convaincu le général de Gaulle de doter la France de l'arme nucléaire et qui a théorisé la dissuasion nucléaire française. Ce livre, rapidement épuisé a été réédité en français, et a été traduit et édité en italien en 2004 et en serbe en 2014. Il s'est révélé prémonitoire dans la mesure ou moins d'un an après la plupart des quotidiens du monde entier ont titré sur "Paris Berlin Moscou" à propos de l'opposition de la France, de l'Allemagne et de la Russie à la guerre menée par les États-Unis en Irak. Henri de Grossouvre a ensuite publié "Pour une Europe européenne, une Avant-garde pour sortir de l'impasse" en 2007, livre préfacé par François Loos, ministre de l'industrie, alsacien et radical valoisien.

En 2009, Henri de Grossouvre a publié "L'Eurodistrict Strasbourg Ortenau, la construction de l'Europe réelle / Der Eurodistrikt Strassburg-Ortenau, Konstruktion eines lebendigen Europa", livre bilingue français allemand préfacé par Roland Ries, maire socialiste de Strasbourg.

Henri de Grossouvre pratique le tennis de table en compétition et le cyclisme et est monté à cheval en compétition (CSO). Il a habité en Roumanie, en Autriche, en Belgique et a fait une partie de ses études à Bonn, en Allemagne et aux Etats-Unis (Harvard Summer School). Il a régulièrement publié des articles dans des quotidiens européens (Le Figaro, Die Presse) et dans des revues spécialisées dans les relations internationales et la géopolitique : Revue Défense Nationale, Revue Politique et Parlementaire, Revue Outre-Terre, Limes (Italie), Poredak (Serbie), World Affairs (Inde)...

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