Le Grand Entretien avec David Saforcada – Candidat à la présidentielle 2027 : Souveraineté, Afrique, francophonie et vision d’une France qui compte à nouveau

Signez la pétition du Diplomate : Pour encadrer toute évolution de la doctrine française !
Le 29 avril 2026, David Saforcada officialisait sur les réseaux sociaux sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, au nom du mouvement L’Appel au Peuple dont il est président. Ce n’est pas un candidat comme les autres. Ancien militaire des Troupes de Marine, ayant servi notamment lors de la première guerre du Golfe, en Somalie, en ex-Yougoslavie, et autres, formateur dans les métiers de la sécurité privée, secrétaire général du Centre d’Études et de Recherches sur le Bonapartisme, il connaît le monde de l’intérieur, celui des opérations extérieures, des terrains africains, des réalités francophones que les responsables politiques évoquent depuis Paris sans les avoir vécues.
Depuis les débuts de notre média, il est contributeur régulier du Diplomate dans la rubrique Le Mot de Cambronne, où sa plume souverainiste et sans concession a commenté les renoncements de la classe politique française face au nouveau désordre mondial.
Il a également signé notre tribune collective et notre pétition appelant la France à reprendre sa place dans le concert des nations. Aujourd’hui candidat à l’Élysée, il développe en exclusivité son programme international dans les colonnes du Diplomate.
Propos recueillis par Le Diplomate Média
Le Diplomate : Vous avez signé la tribune collective et la pétition du Diplomate appelant la France à reprendre sa place dans le concert des nations. Qu’est-ce qui vous a conduit à apposer votre signature, et que représente ce type d’initiative collective pour un mouvement souverainiste comme le vôtre ?
David Saforcada : J’ai signé cette tribune et cette pétition parce qu’elles posent une question essentielle : la France veut-elle encore être une puissance libre, capable de défendre ses intérêts et de faire entendre sa propre voix dans le concert des nations ? La réponse d’un bonapartiste ne peut être que OUI.
Depuis trop longtemps notre diplomatie semble suivre des orientations définies ailleurs, à Bruxelles, à Berlin, à Washington ou au sein d’alliances devenues trop contraignantes. Je défends une France fidèle à ses engagements, mais indépendante dans ses choix, c’est à dire une France capable de dialoguer avec tous sans s’aligner sur personne.
Cette initiative collective dépasse les appartenances partisanes et c’est précisément ce qui fait sa force. Pour l’Appel au Peuple, l’unique mouvement bonapartiste, la souveraineté n’est pas un positionnement politique parmi d’autres, elle est au cœur même de notre conception de la nation, de l’État et de l’appel direct au peuple.
Signer ce texte, c’est donc affirmer une certaine idée de la France. Une nation indépendante, respectée et présente sur tous les continents grâce à ses territoires ultramarins, à sa diplomatie, à ses armées et à la Francophonie. Une France qui ne reçoit pas sa ligne de conduite de l’étranger, mais qui la décide, la porte et l’assume.
Enfin, cette tribune posait une question fondamentale : la France veut-elle encore compter dans le monde ? Si vous étiez élu en 2027, quelle serait la première décision de politique internationale qui signalerait aux chancelleries du monde que quelque chose a changé à Paris ?
Ma première décision serait d’annoncer le retrait de la France du commandement militaire intégré de l’OTAN. Non pour quitter immédiatement l’Alliance atlantique ni rompre avec nos alliés, mais pour signifier clairement que nos armées, notre diplomatie et notre dissuasion ne seront placées sous la tutelle de personne et que la France se réserve le droit de travailler avec qui elle le souhaite même au sein de l’OTAN.
Ce geste serait accompagné d’un message adressé à toutes les chancelleries : la France respectera ses engagements, mais elle décidera désormais souverainement de ses interventions, de ses partenariats et de ses intérêts stratégiques. Elle parlera avec ses alliés comme avec les puissances qui ne le sont pas, sans alignement automatique ni logique de blocs.
Dans le même temps, j’engagerais le grand débat national qui conduira au référendum sur l’avenir de la France dans l’Union européenne car notre indépendance diplomatique restera incomplète tant que des décisions essentielles continueront d’être transférées à Bruxelles.
Le signal serait donc parfaitement lisible : la France ne se retire pas du monde, elle y revient. Elle redevient une puissance d’équilibre, libre dans ses choix, fidèle à sa parole et capable de dire oui, mais aussi de dire non. Quelque chose aurait effectivement changé à Paris : la France aurait retrouvé une volonté.
Vous avez annoncé votre candidature le 29 avril 2026. Quel est le diagnostic qui vous a conduit à franchir ce pas, et en quoi votre trajectoire de militaire et de souverainiste vous permet-elle de porter une vision internationale que les partis classiques ne portent plus ?
J’ai annoncé ma candidature à l’élection présidentielle parce que j’ai acquis la conviction que la France ne traverse plus seulement une crise politique ou économique, mais une véritable crise de volonté. Notre pays doute de lui-même, abandonne des pans entiers de sa souveraineté et finit trop souvent par confondre coopération et soumission, alliance et alignement.
Mon parcours militaire m’a appris ce que signifie servir la France, mais il m’a également appris à connaître et à respecter les autres. Pendant neuf ans, notamment en opérations extérieures, j’ai découvert d’autres peuples, d’autres cultures et d’autres conceptions de la souveraineté, particulièrement en Afrique. J’y ai compris qu’aucune relation durable ne peut se construire dans l’arrogance ou dans un sentiment de supériorité. Défendre notre souveraineté nous oblige aussi à respecter celle des autres.
Cette expérience, notamment en Somalie ou en ex-Yougoslavie, m’a également appris que rien n’est jamais entièrement blanc ou noir. Le monde est fait de nuances, de contradictions et de zones grises qu’il faut savoir appréhender. La politique internationale ne peut donc pas se réduire à des postures morales, à des indignations sélectives ou à une lecture simpliste opposant systématiquement les bons aux méchants. Elle exige de la lucidité, une connaissance concrète des rapports de force et une vision profondément humaine, pour ne pas dire humaniste, des relations entre les peuples.
Comprendre la complexité du monde ne signifie pourtant ni hésiter ni renoncer à ses principes. Il faut oser la franchise, dire clairement les choses et, surtout, tenir ses positions. La parole de la France doit retrouver sa valeur. Nos alliés doivent savoir qu’ils peuvent compter sur notre soutien, comme nos adversaires doivent savoir que nous ne céderons pas lorsqu’ils menacent nos intérêts, notre sécurité ou notre indépendance.
Je ne me définis pas comme le candidat d’un simple courant souverainiste. Je suis bonapartiste. La souveraineté nationale et populaire constitue donc pour moi le point de départ de toute action politique, avec l’autorité de l’État, le progrès social et l’appel direct au peuple.
Je veux surtout que la France retrouve sa fierté et, osons le mot, une certaine forme d’ego national. Non pas une fierté destinée à rabaisser les autres, ni un ego qui sombrerait dans l’égocentrisme, mais la conscience de ce que nous sommes et la volonté de rester fidèles à ce que notre histoire a fait de nous.
La France est une nation qui doit pouvoir se faire entendre, peser sur les grands équilibres et proposer une troisième voie. Ni alignement automatique ni isolement : une voie française, indépendante et lucide, capable de parler à tous sans se soumettre à personne. Une France forte sans être dominatrice, humaine sans être naïve, fidèle à ses alliés et ferme face à ses adversaires.
C’est cette certaine idée de la France que je veux défendre en 2027 : une France fière, respectée et de nouveau maîtresse de son destin.
Votre programme est bâti sur la souveraineté. Concrètement, que signifie-t-elle en matière internationale : une renégociation de la place de la France dans l’OTAN, un rapport différent à Bruxelles, une politique de neutralité active à la De Gaulle ?
En matière internationale, cela signifie d’abord que la France doit retrouver sa pleine liberté de décision. Je souhaite donc son retrait du commandement militaire intégré de l’OTAN. Nous resterons fidèles à nos alliés mais l’engagement de nos forces armées ne devra jamais résulter d’une décision prise ailleurs. L’alliance ne doit pas devenir l’alignement.
Il existe également des lignes rouges qui ne seront jamais franchies, notamment en matière de défense européenne. Une défense commune de l’Europe est possible lorsque des nations souveraines choisissent librement de coopérer face à une menace identifiée. En revanche, je refuserai toute défense européenne intégrée qui placerait nos armées, notre industrie de défense ou nos choix stratégiques sous une autorité supranationale.
Cette ligne rouge concerne évidemment notre dissuasion nucléaire. Elle restera exclusivement française, placée sous l’autorité du président de la République et destinée à protéger les intérêts vitaux de la nation. Elle ne sera ni européanisée, ni mutualisée, ni mise à la disposition d’une structure extérieure. Elle constitue le cœur de notre souveraineté et la garantie ultime de notre indépendance.
Concernant Bruxelles, je veux rendre la parole aux Français par un référendum sur l’avenir de notre pays au sein de l’Union européenne, précédé d’un véritable débat national. Soit nous retrouvons une Europe fondée sur la coopération entre États souverains, soit la France devra négocier une autre voie. On ne peut pas promettre la souveraineté à Paris tout en transférant toujours davantage de pouvoirs à Bruxelles.
Je ne parlerais pas, en revanche, de « neutralité active » au sens strict. Le général de Gaulle n’était pas neutre : il était indépendant. C’est cette ligne que je veux retrouver. La France doit soutenir fermement ses alliés, faire face résolument à ses adversaires et conserver la capacité de dialoguer avec tous.
Cette indépendance active sera également une politique du souvenir. La France devra se rappeler ceux qui l’ont soutenue, mais aussi les régimes qui ont porté atteinte, directement ou indirectement, à ses ressortissants, à ses soldats, à ses alliés ou à ses intérêts.
Je pense notamment au régime des mollahs iraniens et à l’action de ses relais armés au Liban, jamais je n’oublierai nos 58 parachutistes français ont été tués à Beyrouth dans l’attentat du Drakkar. Je pense également au régime autoritaire actuellement au pouvoir en Azerbaïdjan ainsi qu’à la politique menée par Recep Tayyip Erdoğan vis-à-vis de la France et de son allié Grec notamment. Enfin je pense à ses régimes qui ont ou qui continuent, d’une manière plus ou moins discrète, à soutenir les mouvements islamistes. Sous prétexte de réalisme ou d’intérêts commerciaux, la France ne devra plus effacer les actes hostiles dès qu’une convenance diplomatique se présente.
Cette mémoire ne sera jamais dirigée contre les peuples iranien, azerbaïdjanais, turc et autres, ni contre leurs cultures. Elle concernera des régimes, des dirigeants et leurs actes. Il faut savoir distinguer les peuples des pouvoirs qui prétendent parler en leur nom. Les coups portés à la France et à ses alliés devront avoir des conséquences diplomatiques, économiques ou stratégiques. Toute normalisation devra être conditionnée à des changements réels, vérifiables et durables.
Cette politique du souvenir s’appliquera particulièrement au Levant. Nous n’oublierons jamais les liens anciens, humains, culturels et politiques qui unissent la France au Liban. Ce pays ne peut être considéré comme un simple dossier diplomatique parmi d’autres. Nous soutiendrons sa souveraineté, ses institutions et son armée nationale afin qu’il retrouve la pleine maîtrise de son territoire.
Notre amitié avec le peuple libanais nous impose également de parler clairement : aucun redressement durable ne sera possible tant que le Hezbollah conservera un pouvoir militaire parallèle et demeurera un relais régional du régime iranien. Cette position ne sera dirigée contre aucune communauté. Elle reposera sur la défense de l’unité, du pluralisme et de l’indépendance du Liban.
Au Levant, nous n’hésiterons jamais non plus à soutenir l’existence, la sécurité et le droit à vivre en paix de l’État d’Israël. Mais soutenir Israël ne signifie pas approuver aujourd’hui toutes les décisions du gouvernement de Benyamin Netanyahou. La France devra être capable de condamner ses excès comme ceux de l’extrême droite israélienne, notamment lorsqu’ils compromettent la paix, le droit international ou la dignité des populations civiles.
Il faut toujours distinguer un État, un peuple et le gouvernement qui exerce momentanément le pouvoir. Notre amitié envers Israël ne doit pas nous interdire la franchise. De la même manière, défendre les droits légitimes du peuple palestinien ne signifie ni tolérer le terrorisme ni fermer les yeux sur ceux qui refusent l’existence d’Israël.
Je reste par ailleurs profondément attaché à un projet ambitieux : faire de Jérusalem une ville internationale et, à terme, le siège principal des Nations unies. Jérusalem possède une portée historique, spirituelle et universelle qui dépasse les frontières. Un statut international garanti permettrait de protéger les lieux saints, d’en assurer l’accès à tous et de faire de cette ville aujourd’hui disputée un symbole de dialogue entre les peuples et les religions.
Un tel projet serait naturellement difficile et ne pourrait aboutir sans l’accord des peuples directement concernés. Mais la diplomatie française doit aussi savoir porter de grandes idées, même lorsqu’elles semblent d’abord impossibles. La sécurité d’Israël, les droits et la dignité du peuple palestinien ainsi que la recherche d’une paix durable doivent avancer ensemble.
Notre politique étrangère accordera enfin une place majeure à la Francophonie. Celle-ci ne doit plus être considérée comme un simple espace culturel ou commémoratif, mais comme un véritable réseau de coopération diplomatique, économique, universitaire et stratégique. La France devra parallèlement nouer des alliances et des partenariats avec d’autres nations chaque fois que nos intérêts convergeront, dans le respect mutuel et sans logique de soumission.
La souveraineté n’est pas l’isolement. C’est la liberté de choisir ses alliances, de coopérer sans s’effacer, de dialoguer sans se soumettre et de défendre ses intérêts sans demander la permission. C’est aussi être fidèle à ses amis, lucide face à ses adversaires et ne jamais oublier ceux qui ont porté atteinte à la France.
C’est cette indépendance active, cette politique de la mémoire et cette troisième voie française que je veux rendre à notre pays.
Sur l’Ukraine, vous avez été critique, dans la rubrique Le Mot de Cambronne, sur Le Diplomate, de l’alignement sans nuance de la France sur Washington. Président, quelle politique conduiriez-vous, et comment défendriez-vous les intérêts français sans sacrifier ni la crédibilité ni la souveraineté de la France ?
J’ai condamné l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Vladimir Poutine dès le premier jour. Rien ne peut justifier la violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale d’un État. Mais condamner cette invasion ne doit pas nous interdire d’analyser avec lucidité ce qui l’a précédée.
Après les accords de Minsk (I et II), les États occidentaux, notamment la France et l’Allemagne, n’ont pas assumé toutes leurs responsabilités. Ils auraient dû agir davantage pour faire respecter ces accords et envisager, avec un mandat international, le déploiement d’une force d’interposition ou d’observation. Une initiative ferme prise à temps aurait peut-être permis d’empêcher l’engrenage. Le rappeler ne revient pas à excuser la décision russe : comprendre les causes d’un conflit n’efface jamais la responsabilité de celui qui déclenche la guerre.
Je me distingue également de ceux qui, au nom d’un souverainisme mal compris, sombrent dans un anti-occidentalisme primaire. La France appartient à l’Occident par son histoire et sa civilisation. Refuser l’alignement sur Washington ne signifie pas se jeter dans les bras des puissances qui contestent nos intérêts.
La Russie, la Chine, l’Iran ou encore la Turquie, à des degrés et sous des formes différentes, peuvent être des interlocuteurs, mais aussi des adversaires stratégiques, économiques ou diplomatiques. Nous le constatons en Afrique comme sur d’autres théâtres. Certains membres des BRICS entendent construire leur puissance au détriment de la nôtre. Il serait naïf de l’ignorer sous prétexte qu’ils s’opposent aux États-Unis.
Président, je maintiendrais donc un soutien politique et défensif à l’Ukraine, sans engager directement nos soldats et sans accepter une escalade que nous ne maîtriserions plus. Aucune paix ne pourrait être imposée à Kyiv, aucune annexion obtenue par la force ne devrait être reconnue. Mais la France devrait aussi retrouver une initiative diplomatique propre et parler à toutes les parties, y compris à Moscou.
Ma ligne serait simple : ni soumission à Washington ou à Bruxelles, ni complaisance envers Moscou, Pékin, Téhéran ou Ankara. La France coopérera lorsqu’elle le jugera utile, combattra les initiatives contraires à ses intérêts lorsqu’il le faudra et n’ira jamais plus loin que ce qu’elle aura elle-même souverainement décidé. C’est cela, une politique étrangère indépendante : être fidèle à ses alliés sans devenir leur vassal, lucide face à ses adversaires sans renoncer au dialogue, et toujours maître de ses choix.
Vous avez servi sur le terrain, notamment en Afrique avec les Troupes de Marine. Après le retrait contraint du Sahel, l’effacement de la France et la montée en puissance de Wagner puis d’Africa Corps, quelle politique africaine défendez-vous ; militaire, économique, diplomatique ?
Mon expérience en Afrique avec les Troupes de Marine m’a appris qu’on ne construit rien de durable dans l’arrogance, le paternalisme ou le sentiment de supériorité. J’y ai découvert des peuples fiers, profondément attachés à leur souveraineté et j’ai compris que la France devait parler à ses partenaires africains comme à des égaux.
Notre effacement au Sahel constitue un échec politique et diplomatique. Nous avons trop longtemps réduit notre présence à sa dimension militaire, sans toujours expliquer nos objectifs ni suffisamment écouter les populations. Wagner puis Africa Corps ont exploité nos erreurs, les ressentiments et les campagnes de désinformation. Mais leurs méthodes et leurs ambitions ne doivent susciter aucune naïveté : la Russie, comme la Chine, la Turquie ou l’Iran, défend en Afrique ses propres intérêts directement au détriment des nôtres.
Je veux d’ailleurs souligner l’excellent ouvrage Out of Africa, du colonel Peer de Jong et de Frédéric Lejeal. Il décrit précisément les causes de cette déchéance française. Les erreurs de nos responsables politiques et de certains de leurs conseillers, l’absence de vision à long terme et, surtout, notre incapacité à anticiper les transformations du continent.
Il faut donc reconstruire notre politique africaine autour de trois piliers.
Sur le plan diplomatique, nous devons rompre avec la Françafrique comme avec la repentance permanente. Ni donneurs de leçons ni partenaires honteux de leur histoire, nous devons établir des relations d’État à État, fondées sur la franchise, le respect mutuel et la souveraineté de chacun. Cela suppose de connaître les réalités locales, de tenir nos engagements et de cesser de considérer l’Afrique comme un ensemble uniforme.
Cette politique ne doit d’ailleurs pas se limiter à l’espace francophone. La France doit renforcer sa présence et ses partenariats dans les pays non francophones, notamment en Angola et au Mozambique qui ont décidé de faire des ouvertures vers la Francophonie. L’Afrique est multiple, notre diplomatie doit l’être également.
Sur le plan militaire, la France ne doit intervenir qu’à la demande claire des États concernés, sur la base d’accords transparents, avec des objectifs précis et une durée déterminée. Notre priorité doit aller à la formation, au renseignement, au conseil et à l’accompagnement des armées nationales. Nous devons soutenir fermement nos alliés sans nous substituer indéfiniment à eux. D’ailleurs comme le souligne le colonel de Jong, une partie de cette coopération pourrait être assurée par des sociétés françaises spécialisées, en coopération avec l’État et agissant dans le cadre d’accords conclus avec les pays partenaires. Sans privatiser la guerre nous devons disposer d’outils plus souples pour former, conseiller et encadrer. D’autres puissances, notamment la Russie et la Turquie, savent employer ce type d’instrument d’influence. La France ne peut plus rester désarmée dans cette compétition.
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Lorsque nos soldats sont engagés, en revanche, la décision doit rester pleinement politique, la chaîne de commandement clairement française et les moyens accordés à la hauteur de la mission.
Sur le plan économique, nous devons passer d’une aide trop souvent inefficace à des investissements mutuellement bénéfiques dans l’agriculture, l’énergie, l’eau, les infrastructures, la santé, la formation et l’industrialisation locale. Nos entreprises doivent retrouver leur place à travers des partenariats créateurs d’emplois et de valeur en Afrique comme en France. Nous devons également défendre lucidement nos intérêts stratégiques face à la concurrence parfois agressive des autres puissances.
La Francophonie doit enfin redevenir un grand espace de coopération universitaire, scientifique, économique, culturelle et stratégique. Elle ne doit être ni un instrument de domination française ni une organisation commémorative, mais une communauté de nations souveraines réunies par une langue, des projets et des intérêts partagés.
Je ne veux donc ni reconquérir l’Afrique ni l’abandonner. Je veux que la France y redevienne un partenaire fiable, respecté parce qu’il respecte, écouté parce qu’il sait écouter mais également capable de défendre avec fermeté ses ressortissants, ses alliés et ses intérêts. Tout n’a pas disparu, mais beaucoup doit être reconstruit sur des bases plus saines, avec de l’humilité, de la constance et une véritable volonté politique.
La francophonie représente 300 millions de locuteurs, une projection démographique vers 700 millions à l’horizon 2050, et un levier d’influence que la France sous-exploite. Comment en feriez-vous un instrument de puissance réelle et non un label culturel sans portée stratégique ?
La Francophonie ne doit plus être un simple espace de commémoration, de sommets protocolaires ou de défense abstraite de la langue française. Elle doit devenir un véritable instrument de coopération et de puissance partagée. Mais pour réussir, la France devra abandonner toute tentation paternaliste : la Francophonie n’est pas la propriété de Paris. Elle appartient à tous les peuples qui ont le français en partage.
Je proposerais la création progressive d’une Union francophone respectant pleinement la souveraineté de chaque nation. Elle ne serait ni une nouvelle Union européenne ni une structure supranationale. Elle reposerait sur des coopérations concrètes et librement consenties dans les domaines économique, universitaire, scientifique, culturel, diplomatique et stratégique.
Je lancerais notamment l’idée un programme « Senghor », inspiré d’Erasmus, permettant aux étudiants, apprentis, chercheurs, enseignants et jeunes entrepreneurs de circuler entre les pays francophones. La langue française ne deviendra un véritable instrument de puissance que si elle offre des perspectives de formation, d’emploi, d’innovation et de mobilité.
Nous devons également bâtir un espace économique francophone : fonds communs d’investissement, financements croisés, partenariats industriels, infrastructures numériques, coopération agricole et énergétique, soutien aux petites entreprises. Un ensemble de plusieurs centaines de millions de consommateurs partageant une même langue peut peser dans les rapports de force mondiaux.
Cette Union pourrait s’organiser autour de plusieurs pôles régionaux : la France pour l’Europe, le Maroc et la Côte d’Ivoire en Afrique, Madagascar dans l’océan Indien, le Vietnam en Asie, le Québec en Amérique du Nord et le Liban au Proche-Orient. Il ne s’agirait pas d’imposer une architecture depuis Paris, mais de construire un réseau multipolaire dans lequel chacun apporterait ses forces et ses priorités.
J’irai même plus loin : la France pourrait mettre sa voix et son siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies au service d’une expression plus forte de la Francophonie. Il ne s’agirait pas d’abandonner notre siège, notre droit de veto ou notre souveraineté diplomatique mais d’organiser une concertation régulière avec les États francophones. Lorsque des positions communes se dégageraient, la France pourrait les porter devant le Conseil de sécurité et donner ainsi une résonance mondiale à des nations qui n’y disposent pas d’une représentation permanente. Cette démarche renforcerait notre siège au lieu de le diluer. La France resterait libre de sa décision, mais elle deviendrait aussi, lorsque cela serait possible, le porte-voix d’un vaste espace politique et culturel. Notre puissance nationale servirait alors une influence partagée, tandis que la Francophonie renforcerait en retour le poids diplomatique de la France.
La coopération pourrait également concerner la santé, la recherche, l’intelligence artificielle, la sécurité maritime, la lutte contre le terrorisme et la formation militaire. Enfin, la France devrait redevenir exemplaire dans la défense de sa propre langue, dans ses institutions, ses entreprises, ses universités et sa diplomatie.
La Francophonie ne doit être dirigée contre personne. Elle doit permettre à des nations souveraines de mieux résister à l’uniformisation et de peser davantage face aux grands blocs. Une puissance partagée, fondée non sur la domination, mais sur la langue, la réciprocité, le respect des souverainetés et la défense d’intérêts communs.
Vous présidez L’Appel au Peuple et êtes secrétaire général du Centre d’Études et de Recherches sur le Bonapartisme. Qu’est-ce que l’héritage bonapartiste apporte concrètement à une vision de la politique étrangère française au XXIᵉ siècle ?
Lorsque l’on évoque le bonapartisme et la politique étrangère, on pense spontanément à Napoléon Ier. Pourtant, pour imaginer ce que pourrait être une diplomatie bonapartiste au XXIᵉ siècle, c’est davantage vers Napoléon III qu’il faut regarder.
Le Premier Empire fut presque constamment confronté aux coalitions européennes. Sa diplomatie reste donc indissociable des guerres que Napoléon dut mener pour défendre la France, préserver les acquis de la Révolution et maintenir la place qu’elle avait retrouvée en Europe.
Le Second Empire évolua dans un contexte différent. Je ne parlerais pas d’un bonapartisme de temps de paix car Napoléon III fut contraint lui aussi au recours à la force. Mais il porta une politique étrangère plus diversifiée, reposant également sur la diplomatie, l’économie, le commerce, les infrastructures, la culture et le droit. Il défendit le principe des nationalités, soutint l’unité italienne, développa une politique méditerranéenne et chercha à faire de la France une puissance d’équilibre capable de dialoguer avec tous.
Tout ne fut pas exempt d’erreurs ou de contradictions, notamment au Mexique. Mais l’essentiel est ailleurs : Napoléon III comprit que la puissance d’une nation ne se mesure pas seulement à ses armées. Elle repose aussi sur sa capacité à proposer, à construire, à entraîner et à faire rayonner une certaine idée de l’homme et de la société.
C’est cet esprit qu’il faut aujourd’hui moderniser. La France doit retrouver une diplomatie d’initiative, soutenue par une défense indépendante, une économie forte, une industrie souveraine, une présence maritime mondiale. Elle doit pouvoir nouer des partenariats selon ses intérêts, soutenir fermement ses alliés, notamment au sein de la Francophonie, et dialoguer avec les autres puissances sans s’aligner sur aucune.
Cette grandeur française ne vise pas à écraser les autres. Elle porte une certaine idée de la liberté, de l’égalité devant la loi, de la dignité humaine et de l’émancipation des peuples, héritée des Lumières, de la Révolution et du Code civil. Au XXIᵉ siècle, elle doit aussi s’exprimer par la recherche, la transition écologique, l’intelligence artificielle, la coopération universitaire et les grands projets économiques.
Être bonapartiste aujourd’hui, c’est donc vouloir une France souveraine sans être isolée, puissante sans être dominatrice, fière sans être arrogante et humaine sans être naïve. Napoléon III nous rappelle qu’une politique étrangère bonapartiste ne se limite pas à la guerre : elle est d’abord une politique de volonté, de rayonnement, de développement et d’équilibre.
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