SÉCURITÉ – Aux côtés des casseurs des cités, les Black Blocs : Qui sont ces autres acteurs du chaos du 17 octobre ?

SÉCURITÉ – Aux côtés des casseurs des cités, les Black Blocs : Qui sont ces autres acteurs du chaos du 17 octobre ?

lediplomate.media — imprimé le 20/10/2026
Réalisation Le Lab Le DiploRéalisation Le Lab Le Diplo

Par la rédaction du Diplomate

Vêtus de noir, visages dissimulés, mobiles et déterminés à affronter les forces de l’ordre, les Black Blocs ont joué un rôle dans les violences qui ont marqué la journée du 17 octobre 2026. Derrière ces groupes sans chef apparent se cache une histoire politique ancienne, issue de l’extrême gauche autonome européenne, et une stratégie de confrontation qui transforme parfois les manifestations en scènes d’émeute. Leur organisation, leurs éventuels financements et leurs relations avec les mouvements politiques radicaux soulèvent des questions majeures. Mais comment combattre une mouvance qui n’existe pas sous la forme d’une organisation unique ? Et jusqu’où l’État peut-il aller pour empêcher la violence sans porter atteinte au droit de manifester ?

Les vitrines fracassées, les barricades incendiées et les attaques contre les policiers du 17 octobre n’ont pas seulement révélé la profondeur de la colère sociale française. Elles ont également remis au premier plan une mouvance dont les méthodes sont connues depuis des décennies : les Black Blocs.

Selon les autorités, des militants anarcho-autonomes, antifascistes et d’ultragauche ont participé aux affrontements, aux côtés de casseurs venus profiter du désordre. À Paris, Le Monde a notamment décrit des groupes organisés attaquant les lignes policières près de la Madeleine. Reuters a rapporté la présence de centaines de participants constitués en Black Blocs autour de la place de la République.

Mais les Black Blocs ne sauraient résumer, à eux seuls, les violences du 17 octobre. D’autres groupes de casseurs et de pillards, notamment des individus issus de certains quartiers populaires et des cités, doivent également être pris en compte dans l’analyse des saccages, des pillages de commerces et des attaques contre les forces de l’ordre. Leurs motivations peuvent être différentes de celles des militants anarcho-autonomes : recherche d’affrontement, opportunisme délinquant ou volonté de profiter du désordre pour piller. Il convient toutefois de distinguer ces profils sans présumer de l’origine des auteurs de chaque violence avant les conclusions des enquêtes. Cette pluralité d’acteurs est essentielle pour comprendre comment une mobilisation sociale peut dégénérer en une succession d’émeutes aux logiques parfois distinctes.

Le gouvernement et les services de police ont également mis en cause l’ultragauche, tandis que les responsabilités politiques faisaient l’objet d’affrontements entre majorité, droite et gauche radicale.

Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise ont soutenu la mobilisation sociale et critiqué la gestion policière. Leurs adversaires les accusent d’entretenir une culture de confrontation avec les institutions. Pour Jordan Bardella, président du RN, LFI pousse à la guerre civile et « Jean-Luc Mélenchon fait du policier un ennemi à abattre ».

A raison. Et au regard des déclarations incendiaires et des appels à la violence, à la révolte, à la sécession de nombreux de ses membres et élus, LFI peut être considéré aujourd’hui comme en grande partie responsable de cette ultra-violence en incitant à l’insurrection. Ne soyons pas naïf, le terrorisme de l’extrême-gauche n’est pas un fantasme. Certains groupes, organisés en véritables milices et gravitant autour de LFI, et dont nombreux membres sont fichés S, s’entraînent même régulièrement à la guérilla. Et pire, comme le rappelle si justement David Lisnard : « Les groupuscules d’extrême gauche sont souvent des petits-bourgeois. Ils vont s’entraîner sur le plateau de Millevaches. Il y a des camps de terroristes d’extrême gauche en France. Tous les 11 novembre, Monsieur Mélenchon y va, ce n’est pas pour rien ! ».

De même, le slogan ACAB, acronyme anglais signifiant « All Cops Are Bastards », circule depuis longtemps dans certaines mouvances radicales hostiles à la police. 

Comment alors une démocratie peut-elle contenir des groupes qui considèrent parfois la violence comme un instrument politique ?

Des squats allemands aux émeutes françaises : L’histoire d’une tactique révolutionnaire

Contrairement à une idée répandue, les Black Blocs ne constituent pas une organisation internationale dotée d’un président, d’un siège social ou d’une carte d’adhérent.

Le terme désigne avant tout une tactique de regroupement militant.

Son origine remonte à Berlin-Ouest, au début des années 1980. Des militants autonomes, issus notamment du mouvement des squats, se regroupent vêtus de noir pour affronter la police. Leur objectif est double : afficher une solidarité collective et compliquer l’identification individuelle.

Cette méthode se diffuse ensuite dans les milieux anarchistes et anticapitalistes européens, puis aux États-Unis. Elle acquiert une visibilité mondiale lors des manifestations contre l’Organisation mondiale du commerce à Seattle, en 1999.

Son fonctionnement repose sur des groupes d’affinité, souvent peu hiérarchisés. Les participants peuvent partager une idéologie libertaire, anarchiste, antifasciste ou anticapitaliste, sans relever d’une structure unique.

Leur rapport à la violence varie. Certains privilégient la confrontation symbolique avec les institutions et les entreprises ; d’autres revendiquent des destructions matérielles ou participent à des attaques contre les forces de l’ordre.

Dans les manifestations françaises, cette tactique a été observée notamment lors des mobilisations contre la loi Travail en 2016, du mouvement des Gilets jaunes et des rassemblements du 1er Mai.

Le 17 octobre 2026 s’inscrit dans cette continuité.

L’une des difficultés rencontrées par les forces de l’ordre tient à la capacité de ces groupes à se mêler à des cortèges pacifiques. Les interventions deviennent alors particulièrement délicates : isoler les auteurs de violences sans exposer les autres manifestants exige du renseignement, de la mobilité et une coordination rigoureuse.

La question d’éventuels militants venus de l’étranger mérite également d’être examinée. Les réseaux anarchistes européens entretiennent historiquement des relations transfrontalières, et certains rassemblements internationaux favorisent leur circulation.

Mais aucun bilan public suffisamment précis ne permet, à ce stade, de quantifier la présence de militants étrangers parmi les auteurs des violences du 17 octobre. La dimension internationale d’une mouvance ne démontre pas, à elle seule, l’existence d’une opération organisée depuis l’étranger.

Qui finance les Black Blocs ? Entre réseaux militants, soupçons et accusations américaines

L’absence d’organisation centrale complique considérablement l’identification des ressources financières des Black Blocs.

Certains militants s’appuient sur des moyens personnels, des collectes, des réseaux de solidarité ou des structures locales. D’autres peuvent bénéficier d’un soutien matériel ponctuel. Mais ces situations ne permettent pas de conclure à l’existence d’une caisse internationale unique finançant les violences.

Aux États-Unis, le débat s’est cristallisé autour de l’antifascisme radical, généralement désigné sous le terme « Antifa ».

Le 22 septembre 2025, Donald Trump a signé un décret présentant Antifa comme une organisation terroriste intérieure et demandant aux agences fédérales d’enquêter sur ses activités illégales ainsi que sur leurs financements.

Cette décision constitue un tournant politique important. Sa portée juridique demeure néanmoins discutée, le droit américain ne prévoyant pas un mécanisme de désignation des organisations terroristes intérieures comparable à celui applicable aux organisations étrangères.

Les accusations visant à juste titre le milliardaire George Soros et ses Open Society Foundations ont également alimenté les controverses américaines.

Il existe une documentation publique sur les financements accordés par ces fondations à des organisations de défense des droits civiques et à des initiatives de la société civile. En revanche, ces financements ne constituent pas une preuve que Soros aurait financé les Black Blocs, Antifa ou des émeutes violentes.

Open Society Foundations conteste ces accusations mais le doute est largement permis…

La question du financement de violences politiques reste légitime. Mais elle exige des éléments précis : bénéficiaires identifiés, transferts financiers documentés, dépenses liées à des infractions et, idéalement, constatations judiciaires.

Une accusation spectaculaire n’est pas une enquête financière.

En France, le même principe doit prévaloir. Les investigations peuvent rechercher d’éventuels soutiens logistiques, des collectes destinées à préparer des violences ou des liens entre individus et structures organisées. Elles ne sauraient cependant transformer automatiquement toute association radicale, tout syndicat contestataire ou tout parti de gauche en financeur d’émeutes.

L’enjeu est de remonter les réseaux lorsqu’ils existent, sans inventer une organisation centrale là où les militants fonctionnent précisément de manière décentralisée.

Interdire, dissoudre, sanctionner : Comment l’État peut-il reprendre l’initiative ?

Face aux violences du 17 octobre, plusieurs pistes reviennent dans le débat public : durcir les sanctions, empêcher les casseurs connus de participer aux manifestations, dissoudre certains groupements ou s’inspirer de la politique américaine envers Antifa.

La France dispose déjà d’un arsenal juridique important.

Le Code pénal réprime notamment les dégradations, les violences contre les forces de l’ordre et la participation à un groupement constitué en vue de préparer des violences ou des destructions. Le fait de dissimuler volontairement son visage dans certaines manifestations peut également être sanctionné.

La loi du 10 avril 2019, souvent appelée « loi anti-casseurs », a renforcé plusieurs dispositifs. Mais le Conseil constitutionnel a censuré la mesure permettant aux préfets de prononcer certaines interdictions individuelles de manifester, jugeant l’atteinte aux libertés insuffisamment proportionnée.

Il serait donc inexact de prétendre que toute la loi anti-casseurs a disparu : plusieurs de ses dispositions demeurent applicables.

Les juridictions peuvent par ailleurs prononcer des interdictions de manifester dans les conditions prévues par la loi. Quant à la dissolution administrative, elle peut viser des associations ou groupements de fait répondant aux critères légaux, notamment lorsqu’ils provoquent à des agissements violents… ou pas. Le problème est que les groupes d’extrême-gauche sont étonnamment et rarement inquiétés… Car notons au passage qu’à contrario, les groupes et mouvements d’ultra-droite ne bénéficient pas du même laxisme et de la même largesse des pouvoirs actuels…

Toute la difficulté réside dans la nature des Black Blocs : on peut dissoudre un groupement identifiable, mais on ne dissout pas une méthode d’action.

La qualification terroriste pose une autre question. En droit français, elle suppose des éléments constitutifs précis, notamment une entreprise individuelle ou collective visant à troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. Or lorsque l’avenir même d’un pays est en jeu, toute violence politique, même grave, peut relever du terrorisme…

Reste enfin l’hypothèse la plus dérangeante : les gouvernements auraient-ils parfois intérêt à laisser prospérer des violences pour discréditer un mouvement social ?

La question a notamment été posée pendant la crise des Gilets jaunes, lorsque certains manifestants ont accusé les autorités de laisser agir les casseurs afin de ternir l’image de leur mobilisation.

Il existe effectivement un effet politique possible : lorsque les images de destructions remplacent les revendications dans le débat public, le gouvernement peut retrouver un terrain plus favorable en se présentant comme le garant de l’ordre.

Mais cet effet ne prouve pas une stratégie délibérée.

Pour établir une instrumentalisation volontaire, il faudrait démontrer des instructions, des décisions conscientes de non-intervention ou une coordination destinée à favoriser les violences. À défaut, plusieurs explications concurrentes demeurent possibles : erreurs de renseignement, effectifs insuffisants, mauvaises anticipations ou arbitrages opérationnels contestables.

Confondre un bénéfice politique éventuel avec une intention secrète reviendrait à remplacer l’analyse par le soupçon.

Le véritable défi est ailleurs.

Les Black Blocs prospèrent dans les failles de la sécurité publique, mais également dans les fractures politiques et sociales qui rendent possibles les confrontations. Leur violence peut détourner une mobilisation de son objet, exposer des manifestants pacifiques et placer les forces de l’ordre dans des situations particulièrement dangereuses.

La République n’a pas besoin de choisir entre le droit de manifester et le droit à la sécurité. Elle doit garantir les deux.

Cela suppose des enquêtes efficaces, des sanctions individualisées, un renseignement adapté, une meilleure prévention des violences et des décisions politiques assumées.

Car si l’État doit savoir résister aux casseurs, il doit également éviter de leur offrir la victoire qu’ils recherchent parfois : transformer chaque manifestation en affrontement général entre la société et ses institutions.

Sources et références

Violences du 17 octobre 2026

Histoire et organisation des Black Blocs

Financement et politique américaine

Droit français


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