DÉCRYPTAGE – Netanyahu face aux urnes : Les limites de la guerre permanente

DÉCRYPTAGE – Netanyahu face aux urnes : Les limites de la guerre permanente

lediplomate.media — imprimé le 20/10/2026
Réalisation Le Lab Le Diplo
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)

À l’approche des élections israéliennes, la tentation de convertir la puissance militaire en avantage politique rencontre les intérêts américains, les calculs saoudiens et le coût économique des conflits prolongés.

Le scrutin israélien est prévu le 27 octobre. Dans une chronique satirique, Zvi Bar’el décrit Benjamin Netanyahu comme un dirigeant à court de guerres susceptibles de lui offrir une victoire électorale. L’ironie vise une question politique sérieuse : comment un gouvernement construit autour de la sécurité peut-il accepter que l’urgence militaire cesse de dominer le débat public ? 

Cette lecture relève de l’analyse politique. Les éléments cités n’établissent ni un plan de guerre arrêté ni une décision d’annuler le vote. Ils invitent à examiner les intérêts d’un pouvoir qui peut faire de la confrontation une ressource politique.

L’urgence protège parfois le pouvoir

Une crise extérieure peut déplacer l’attention, resserrer une coalition et permettre au gouvernement de présenter ses adversaires comme insuffisamment déterminés. Elle peut aussi retarder la discussion sur ses responsabilités, ses échecs et les choix qui ont conduit le pays à la guerre.

Cet avantage reste incertain. Des pertes militaires, l’épuisement des réservistes, l’insécurité persistante ou des objectifs sans issue peuvent nourrir le rejet du pouvoir. La guerre peut produire un rassemblement temporaire ; elle peut également rendre plus exigeante la demande de comptes.

Le problème stratégique apparaît lorsque les intérêts électoraux se mêlent aux décisions militaires. Le calendrier politique peut favoriser la recherche d’un résultat spectaculaire, alors que la sécurité durable exige des objectifs précis, des moyens proportionnés et une possibilité de sortie. Une opération victorieuse sur le terrain ne fournit pas automatiquement une solution politique.

Washington et Riyad ont leurs propres priorités

Israël doit composer avec des partenaires dont les intérêts ne se confondent pas avec ceux de son premier ministre. Washington doit considérer ses forces engagées dans la région, ses relations avec les monarchies du Golfe et les conséquences énergétiques d’une nouvelle escalade.

Les États-Unis peuvent soutenir Israël tout en cherchant à limiter certaines initiatives. Les garanties de sécurité et les livraisons d’armes ne suppriment pas ces divergences.

Le calcul saoudien est tout aussi autonome. Riyad lie depuis longtemps la normalisation avec Israël à une perspective d’État palestinien. Cette condition possède une dimension diplomatique et une dimension intérieure : un rapprochement affiché engage la crédibilité du royaume dans le monde arabe et musulman. 

Mohammed ben Salmane doit aussi protéger les infrastructures et les investissements sur lesquels repose sa diversification économique. Une coopération sécuritaire peut présenter des avantages ; une guerre élargie peut accroître les risques pour les transports, l’énergie et la confiance des investisseurs. Une offre israélienne d’assistance ne suffit donc pas à rendre leurs priorités identiques.

Les fragilités saoudiennes ne prouvent pas un coup d’État

Alastair Crooke, dans un texte publié par l’Institut Ron Paul, reprend les analyses d’Edward Luttwak sur les tensions que peuvent produire la concentration du pouvoir et l’organisation des forces saoudiennes. Il évoque également un risque de révolte militaire à partir de témoignages indirects. 

Ce sont des scénarios d’analyse, pas la preuve d’un renversement en préparation. Les griefs de groupes tribaux, de religieux ou de militaires ne démontrent pas, à eux seuls, leur capacité à agir ensemble.

Le point géopolitique reste important : un dirigeant peut refuser une initiative extérieure parce qu’il en juge le coût intérieur excessif. La stabilité du pouvoir et les équilibres économiques peuvent expliquer la prudence de Riyad sans annoncer l’effondrement de la monarchie.

Le modèle spartiate face à une économie ouverte

La référence de Netanyahu à une « super-Sparte » vient d’un discours de septembre 2025 sur l’isolement international et la nécessité de renforcer l’autonomie de la production d’armements. Elle pose une question plus concrète que les rapprochements historiques : quelle place la mobilisation militaire doit-elle occuper dans l’organisation de la société ? 

Développer certaines capacités industrielles nationales peut réduire des dépendances. Une autonomie accrue dans l’armement n’équivaut toutefois pas à l’autosuffisance de l’économie. Recherche, financement, exportations et circulation des compétences restent liés à l’extérieur.

Une mobilisation prolongée retire des travailleurs aux entreprises, accroît les besoins budgétaires et peut différer des investissements civils. L’isolement diplomatique peut ajouter des obstacles commerciaux et scientifiques. Les gains de sécurité doivent être confrontés aux coûts durables des opérations.

Trois trajectoires se dessinent : une stabilisation qui redonne de la place à la reconstruction ; une confrontation intermittente qui entretient l’incertitude ; une escalade régionale qui alourdit simultanément les charges militaires et économiques.

La question posée aux électeurs dépasse ainsi la capacité de Netanyahu à remporter une nouvelle bataille. Elle concerne la sécurité que cette bataille laisserait derrière elle, les relations qu’elle rendrait possibles et les ressources qu’elle préserverait. Un gouvernement doit pouvoir expliquer comment sa stratégie permettra au pays de vivre durablement avec moins de guerre.


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gagliano

Giuseppe Gagliano

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE)
 
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
 
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Intelligence Geopolitica
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